"On a tout fait pour se rendre vulnérable" : la France face à une sécheresse inédite
Alors que 99 départements sont concernés par des restrictions d’eau et que 43 ont atteint le niveau de crise, la France connaît un épisode de sécheresse exceptionnellement précoce en ce mois de juillet 2026. Malgré des précipitations globalement normales au printemps, les sols et les cours d’eau se retrouvent sous pression.
La sécheresse s'intensifie en France, poussant plusieurs départements à renforcer les restrictions d'usage de l'eau © Jiří Dočkal / PexelsDepuis le début du mois de juillet, la France fait face à une situation inhabituelle pour cette période de l’année. La sécheresse s’est installée rapidement, avec près d’un mois d’avance selon le gouvernement. Un phénomène qui interroge alors que l’hiver et le printemps ont été marqués par des précipitations importantes, et qui révèle les évolutions profondes de notre rapport à l’eau.
Ingénieure hydrologue et autrice du livre Eaux vives ! Pour une hydrologie régénérative, publié aux éditions Actes Sud, Charlène Descollonges analyse les causes de cette situation et défend une nouvelle approche de la gestion de l’eau, fondée sur la restauration des écosystèmes et une meilleure capacité des territoires à retenir naturellement cette ressource.
Une sécheresse rapide, conséquence d’un climat qui change
La sécheresse actuelle ne s’explique pas seulement par un manque de pluie. Pour Charlène Descollonges, c’est surtout l'enchaînement rapide de plusieurs phénomènes qui a fragilisé les sols. “On se rend compte que la sécheresse a commencé à s’installer dès ce mois d’avril, le moins pluvieux depuis 1959, avec un déficit de 70 %” , explique-t-elle. À cela se sont ajoutées des températures élevées et une vague de chaleur précoce au mois de mai.
On est passé d’un extrême à un autre, dans un laps temps absolument inédit.
Cette combinaison a provoqué ce que l’hydrologue appelle une “sécheresse éclair, une combinaison de températures anormalement élevées, des sols très secs, des vents très forts qui ont asséché les sols et provoqué la chute de débits dans les rivières”. Cette situation illustre, selon elle, une nouvelle réalité climatique : des épisodes de précipitations intenses peuvent désormais coexister avec des périodes de sécheresse importantes. “On est passé d’un extrême à un autre, dans un laps temps absolument inédit”, précise l'ingénieure hydrologue.
Au-delà du climat, Charlène Descollonges estime que cette vulnérabilité est aussi liée aux transformations des territoires. Disparition des haies, artificialisation des sols, recul des zones humides ou encore modification des cours d’eau ont réduit leur capacité à stocker l’eau. “On a tout fait pour se rendre vulnérable à ces extrêmes hydriques, tant dans les précipitations abondantes que les sécheresses”, dénonce-t-elle.
Vers une nouvelle manière de gérer l’eau
Face à la multiplication des restrictions, Charlène Descollonges appelle à dépasser une simple logique de gestion de crise. Selon elle, les arrêtés préfectoraux sont indispensables pour limiter les prélèvements en temps de sécheresse, mais ils ne s'attaquent pas aux causes profondes du problème. “C’est un outil de gestion de crise qui vient en réaction. Il ne vient pas en prévention, il ne vient pas résoudre tous ces problèmes structurels”.
Pour éviter que ces épisodes ne se répètent, l'ingénieure hydrologue défend le concept d'hydrologie régénérative. L’idée est de restaurer la capacité naturelle des territoires à retenir l’eau, plutôt que de chercher uniquement à la stocker artificiellement. “Plutôt que de l’accélérer, de l’évacuer en surface, on cherche à la ralentir en s’inspirant du vivant qui, depuis 400 millions d’années, a cultivé l’eau pour la garder au plus proche”. Concrètement, cette approche passe par la restauration des sols, des haies, des zones humides ou encore des forêts, qui constituent de véritables réservoirs naturels.
Au-delà des aménagements, Charlène Descollonges estime que c’est notre vision de l’eau qui doit évoluer. Pour elle, cette ressource ne peut plus être considérée uniquement comme un bien à exploiter : “Il faut plutôt se demander comment entretenir une relation de soins vis-à-vis de l’eau”.


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