Normandie réunifiée : le bilan, 10 ans après
Il y a 10 ans, suite à la loi du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions, la Normandie redevenait une et même entité régionale. Au moins sur le papier… Dans les faits, les 50 années de séparation ont durablement orienté les politiques de coopération plutôt vers les pays de Loire pour l’ex-Basse-Normandie et Paris et le nord de la France pour la Haute-Normandie. Où en est-on 10 ans plus tard ? Résumé d’analyses du chercheur et responsable du département de géographie à l'université de Rouen : Arnaud Brennetôt.
Le Pont de Normandie ©Franck Barske - PixabayEn 1956 le commissariat général au plan (devenu depuis 2006 le Haut commissariat à la stratégie et au plan) décide de découper la France en une vingtaine de régions pour répondre à des objectifs urgents de développement économique des territoires. La Normandie fut ainsi coupée en deux, la Haute-Normandie reconnue plus urbaine et industrielle et la basse, plus rurale et proche des régions de l’Ouest. Mais "ce découpage n’avait pas vocation à durer dans le temps", explique Arnaud Brennetôt. C'est la question de la reconnaissance de la capitale qui va ensuite cristalliser les tensions durant des décennies et empêcher de retrouver le sens d’un projet régional commun. Où situer la capitale de la Normandie ? À Rouen, à Caen ?
Une très longue période de blocage
Malgré la décision du législateur en 2016 de regrouper les régions (de 22 à 13 régions) “le caractère polycentrique de la Normandie demeure”, selon Arnaud Brennetôt. Les fonctions de commandement politique entre les deux grandes villes Caen et Rouen ont pourtant été clairement définies : le chef-lieu sera à Rouen et le siège du conseil régional installé à Caen. “Un partage qui n’a jamais été remis en question”, constate Arnaud Brennetôt et dont peut se réjouir l'homme fort de cette ambition d'unité régionale, Hervé Morin, élu depuis 2015 à la tête de la région.
Exister en dehors de Paris
L’enjeu réside désormais dans le fait de réussir à faire travailler les différents territoires, les trois grandes villes : Rouen, Caen et Le Havre mais aussi les villes moyennes, Dieppe Evreux, Cherbourg, Alençon... Or il existe de nombreux freins à ces coopérations liés en grande partie à l’organisation de l’espace régional. La situation géographique de la Normandie s’est en effet historiquement définie dans son rapport à la région parisienne. Que l’on songe au réseau ferroviaire structuré autour des dessertes de chaque grande ville à Paris et non pour relier les villes normandes entre elles. "L’héritage de la centralisation", pour Arnaud Brennetôt… Les régions ont aujourd'hui encore, peu de moyens pour mettre en mouvement leur caractère régionaliste. Autre exemple significatif pour Arnaud Brennetôt : l’enseignement et la recherche qui ne bénéficient pas de synergies communes.
Le dynamisme du département de la Manche
Malgré de nombreux efforts pour fédérer les entreprises normandes, Arnaud Brennetôt constate que la croissance économique de la Normandie reste modeste. Un phénomène qui n'épargne pas les autres régions du nord de la France, et qui s’explique par des grandes logiques de marché qui privilégient les régions du sud-ouest notamment. Cependant un département normand ressort très nettement en matière de dynamisme économique, et ce malgré son enjeu d’accessibilité : la Manche ! La raison tient en grande partie à l’implication de l’état dans les grandes filières stratégiques comme le nucléaire (Orano-La Hague) ou la défense (Naval Groupe). À noter également dans ce département : une forte attractivité résidentielle des séniors.

Réunis autour de l’histoire normande
Au plan culturel, les coopérations sont plus naturelles. L’identité normande a vocation à rayonner bien au-delà des frontières nationales à travers sa longue histoire. Celle de Guillaume le Conquérant (dont on fêtera le millénaire de la naissance en 2027), sans oublier le tourisme de mémoire ou encore les sites emblématiques de tourisme (Honfleur, Etretat,...) qui battent chaque année des records de visiteurs.


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