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Noël : "Un sourire peut s'accrocher à nouveau à nos visages" selon Mgr Eychenne

Noël : "Un sourire peut s'accrocher à nouveau à nos visages" selon Mgr Eychenne

RCF Isère, le 24 décembre 2025 - Modifié le 15 janvier 2026
Focus sur l'actualité en IsèreNoël : "Un sourire peut s'accrocher à nouveau à nos visages" selon Mgr Eychenne

En ce 24 décembre, Jean-Marc Eychenne, évêque du diocèse de Grenoble-Vienne, adresse son message de Noël et revient sur une année jubilaire placée sous le signe de l'espérance.

 

Jean-Marc Eychenne, évêque du diocèse de Grenoble-Vienne appelle à  l'espérance pour ces fêtes de fins d'année (Photo : RCF Isère)Jean-Marc Eychenne, évêque du diocèse de Grenoble-Vienne appelle à l'espérance pour ces fêtes de fins d'année (Photo : RCF Isère)
RCF Isère : C'était le jubilé des prisons et vous êtes allé à la prison de Saint-Quentin-Falavier (Isère) pour vivre ce temps avec les détenus. Comment s'est passé cette rencontre ? 

Jean-Marc Eychenne : C'était une belle rencontre, comme souvent avec les détenus qui représentent ceux et celles pour lesquels le Seigneur vient. Tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, sont pris dans des esclavages, dans des chaînes, dans des logiques d'enfermement. Eux, ils sont enfermés physiquement, mais y a des gens qui sont enfermés psychologiquement : dans des dépendances, des habitudes… Et qui veulent se libérer même s'ils ne sont pas entre les murs d'une prison. Celui qui vient, vient pour nous libérer de ces esclavages-là, nous libérer parfois aussi des injustices. Si on est sur un lit d'hôpital, si on dort dans la rue, si on est emprisonné, si on vit une rupture de couple… là finalement on se dit "j'ai besoin de celui qui vient"

A Noël, avec Jésus dans la crèche, on met en avant la fragilité, la fragilité d'un enfant.

 
RCF Isère : En quoi cette fragilité peut devenir aujourd'hui une force pour notre monde inquiet, une invitation à avancer ? 

Jean-Marc Eychenne : Parfois dans notre monde, on se dit "quand l'humanité sortira-t-elle de ces oppositions violentes, de ces injustices flagrantes?". Parfois on croit que c'est quelqu'un de très puissant qui va nous libérer de cela, des gens avec une grande influence sociale, une grande intelligence. Mais Dieu vient nous dire, en Jésus-Christ, que c'est à travers des choses modestes et fragiles qu'on trouvera finalement des moyens, des chemins pour sortir de ces grandes difficultés. Et cela nous rassure aussi : on pourrait se dire "mais qui suis-je, moi, avec mes petits bras, pour espérer changer le monde ?". Mais Dieu vient ouvrir un horizon totalement nouveau sur la base d'une fragilité assumée mais mise au service du bien commun

 
RCF Isère : L'année jubilaire sur le thème "Pèlerins de l'espérance" se termine. Cela rejoint totalement votre message de Noël. Ce message d'espérance peut-il être accueilli au-delà du monde chrétien ? Est-ce que l'Église peut avoir cette parole-là ? 

Jean-Marc Eychenne : Oui, je le crois. Il y a une "désinstitution", et l'Église en est une. Cela nous dit que ça vaut la peine de tout remettre sur le métier à tisser, et de croire que le monde peut changer. C'est vraiment porteur d'espérance. Non seulement pour les croyants, mais aussi plus largement. D'ailleurs, le soir de Noël est sans doute le jour de l'année où il y a le plus de monde dans les églises.

Croyants, non-croyants et croyants d'autres religions se  disent : "Je ne partage pas la foi des chrétiens, mais cette espérance un peu folle qui les habite dans cette nuit, qui les aide à penser que c'est la lumière, l'amour, la justice et la paix qui vont être victorieuses, nous on veut bien s'associer à ça"

 
RCF Isère : Comment faire pour que Noël soit aussi un point de départ pour vivre autrement le reste de l'année ? 

Jean-Marc Eychenne : Dabs cette logique de cycle on se dit : "bon, je n'y suis pas parvenu l'année précédente, mais c'est le temps de commencer quelque chose de nouveau". On avance, parfois on retombe dans les mêmes travers d'une année sur l'autre… Mais peut-être avec une conscience renouvelée, avec une énergie nouvelle qui va nous permettre d'aller un peu plus loin ou d'essayer de grandir. J'aime bien cette image de Rûmî, un sage de l'islam qui disait : "Quand j'étais jeune, je voulais changer le monde. Maintenant, je suis sage et je me change moi-même".

Changer le monde, le transformer pour qu'il devienne un peu plus un monde d'amour, de justice et de paix, c'est s'efforcer de changer déjà soi-même, dans sa relation au monde, aux autres, à l'environnement.

Cet enfant qui vient à Noël nous dit :"Je suis faible, donc je compte sur vous". Dieu nous dit : "Je ne vais pas faire les choses à votre place, mettez-vous ensemble, je vous donnerai ma grâce, une force intérieure, mais c'est à vous de transformer ce monde". L'espérance n'est pas passive dans l'attente d'un jour nouveau. C'est une espérance active et qui passe par des engagements

 
RCF Isère : Une des dimensions de la fête de Noël, c'est l'accueil du Christ en soi. Est-ce que le préalable pour que ce message d'espérance soit aussi un message pour l'ensemble de l'humanité, c'est d'abord le recevoir pour soi?

Jean-Marc Eychenne : Oui. C'est le préalable sur lequel on est revenu aussi dans nos orientations diocésaines : la primauté de la vie spirituelle. On n'est pas des adhérents d'une culture chrétienne, d'une sorte de patrimoine mais qui serait un vestige du passé. On est vraiment dans cet accueil aujourd'hui et maintenant, dans cette actualité de la présence de Dieu en nous. C'est ce foyer de vie spirituelle qui peut potentiellement transformer l'humanité de manière beaucoup plus large, y compris ceux et celles qui n'adhèrent pas à la foi chrétienne mais qui, à un certain moment, vont être aspirés par ce courant de vie et de grâce et peut-être par le témoignage modeste que l'on rendra. C'est un appel aux communautés de ne pas se satisfaire d'une appartenance ecclésiale extérieure, mais qu'il y ait vraiment un puissant souffle spirituel intérieur qui, potentiellement, embrase le monde. 

RCF Isère : Pour des auditeurs qui seraient un peu loin de cela, est-ce que vous auriez une parole à leur adresser, une invitation pour entrer, chacun avec son histoire, à sa mesure, dans cette dynamique-là de Noël ? 

Jean-Marc Eychenne : Moi j'inviterais volontiers chacun et chacune à être attentifs à quelque chose d'extraordinaire qui se passe dans le monde au moment du solstice, ce moment où les jours commencent à rallonger : il y a quelque chose de très mystérieux qui se passe au cœur de l'humanité qui nous sort du désespoir. 

Il y a vraiment un sourire qui peut s'accrocher à nouveau à nos visages, quelques éclats dans nos yeux, parce que tout n'est pas perdu, parce qu'il y a cet enfant qui vient. Tâchons de le percevoir chacun à notre mesure, en y mettant une adhésion de foi ou pas 

RCF Isère : Donc une invitation aussi pour les croyants à rayonner?

Jean-Marc Eychenne : Oui, il ne faut pas juste avoir des "faces de carême", des visages tristes. Il faut sourire, pas d'un sourire commercial, d'un sourire vrai, qui vient de l'intérieur. Mais ce sourire-là, il peut sauver des personnes. Celle qu'on croise dans la rue, mais qui sont désespérées. En les gratifiant simplement d'un sourire, peut-être qu'on leur sauve la vie. C'est aussi simple que ça la vie. Témoigner comme chrétien, même s'il y a des difficultés dans chacune de nos vies, des tentations, des épreuves parfois très dures, témoigner de cette joie intérieure. 

 

 

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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