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No kids : pourquoi ce phénomène interroge-t-il la société ?

No kids : pourquoi ce phénomène interroge-t-il la société ?

Un article rédigé par Madeleine Lafont et Melchior Gormand - RCF, le 30 janvier 2026 - Modifié le 30 janvier 2026
Je pense donc j'agisNo kids : pourquoi ce phénomène interroge-t-il la société ?

Peut-on imaginer des espaces sans enfants comme les espaces non-fumeurs ? La polémique a éclaté après l’annonce de la SNCF d’une classe TGV haut de gamme “calme”, interdisant les moins de 12 ans. Au-delà du débat, cette tendance “no kids” questionne la place des enfants dans l’espace public et révèle une société tiraillée entre vivre ensemble ou séparément.

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Plus qu’une simple question de confort dans les TGV, le débat autour des enfants dans l’espace public interroge la capacité de la société à transmettre des règles communes. Entre démission éducative et disparition de cadres collectifs, c’est l’avenir même du vivre-ensemble qui semble aujourd’hui fragilisé.

Des wagons sans enfants, une société qui déraille ?

Le début d’une fragmentation générale. Une annonce de la SNCF concernant une nouvelle offre “haut de gamme” sur certaines lignes TGV, présentée comme un espace calme où les moins de 12 ans ne seraient pas admis, fait polémique. La SNCF a souligné que la classe Optimum avait été conçue pour répondre aux besoins spécifiques de clients professionnels et que l’interdiction des enfants de moins de 12 ans n’était pas une nouveauté car elle existait déjà depuis plusieurs années dans l’offre Business Première. 

Mais pourquoi cette tendance “no kids” fait-elle polémique ? Claire, auditrice dans Je pense donc j’agis pense que “ce qui choque certains, c’est de passer par l’interdiction, et surtout d’en faire la publicité. Contrairement à Trenitalia, principal concurrent de la SNCF qui met à disposition des wagons “Silencio” qui fonctionnent très bien, sans aucune incitation à ne pas avoir d’enfant”.

Le phénomène “No kids” apparait au nom du confort des adultes. “L’enfant vient avec une gêne intrinsèque dont les autres générations aimeraient bien d’une façon ou d'une autre se débarrasser”, explique Louis Chauvel, sociologue, professeur à l’Université du Luxembourg. Mais il souligne l’ambivalence qu’il y a dans ce projet de wagon “no kids” : “d’un côté, tous les enfants ne sont pas turbulents , et de l’autre, ça ne ferait qu’accentuer leur monopole de la gêne que de leur consacrer un wagon entier.” Le malaise est de chaque côté et la question de la tolérance à l’autre s’impose. 

La SNCF, un ancien lieu de rencontre. Louis Chauvel met en lumière la notion de “paniques morales", c'est-à-dire de moments où quelque chose devient une information sur laquelle tous les yeux se rivent. Dans l’histoire de la SNCF, c’est souvent le cas sur la gestion des réductions et de la diversité de l’offre. “Dans les années 1980, il existait ce train où il y avait quelques fenêtres qu’on pouvait ouvrir, et à côté des wagons où on fumait, des wagons avec des jeux, des agrès, c’était tout à fait expérimental”, raconte t-il.

Éducation des enfants : une démission permanente ?

Les jeunes générations dépassées par l'éducation bienveillante. Une auditrice dans Je pense donc j’agis résume l’un des enjeux majeurs actuels : "À force de faire d’un enfant un projet, on le sacralise, on le fait roi, alors qu’un enfant, c’est un enfant." Cette sacralisation du projet parental conduit parfois à une difficulté à poser un cadre clair, tant dans la sphère privée que dans l’espace public.

Il est devenu presque impossible de faire des remarques d’un côté aux enfants, de l’autre côté à leurs parents. 

Le respect n’est plus à la mode dans l’éducation d’aujourd’hui. Comme le souligne un second auditeur, "l’usage du téléphone a aussi modifié les habitudes de telle sorte que des gens qui pouvaient être respectueux des autres ne le sont plus". Cela rend toute remarque délicate : "Il est devenu presque impossible de faire des remarques d’un côté aux enfants, de l’autre côté à leurs parents", ajoute-t-il.

Pour le sociologue Louis Chauvel, ces tensions ne relèvent pas uniquement d’un manque d’autorité parentale, mais d’une transformation de la société. Il évoque "une transformation complète de la démographie en lien avec les besoins sociaux des différentes génération", marquée par la disparition progressive des lieux de socialisation. "Les offres municipales ou institutionnelles d’éducation populaire se sont effondrées", rappelle-t-il, soulignant que les anciennes colonies de vacances ont été "revendues pour créer des cités pavillonnaires de vacances au bord de la mer".

Cette disparition des espaces du vivre-ensemble fragilise la capacité à gérer les conflits sociétaux du quotidien. Le sociologue observe aussi que "toute suggestion ou interaction susceptible de rappeler les règles vire très rapidement à la violence directe, avec différents niveaux d’intensité, dès qu’on se trouve enfermés dans des lieux publics". Le train, le restaurant ou l’église deviennent alors des lieux de "crispation", révélateurs d’un malaise plus profond.

On voit la radicalisation du mal vivre-ensemble. Il y a une intolérance systémique, que partage assez bien les offres différenciées de la SNCF. 

Derrière cette polémique des espaces "no kids", c’est réellement une "radicalisation" du mal-vivre ensemble qui se dessine. Le sociologue parle "d’ une intolérance systémique", que l’on retrouve dans certaines offres différenciées de la SNCF, mais aussi dans une société de plus en plus fragmentée. L’enfant, autrefois au cœur de la vie sociale, devient une gêne dans des pays à faible natalité, ce qui illustre un modèle collectif en perte de repères.

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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