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"Ne rien dire, c'est faire un choix politique": entre rejet de l'extrême-droite et quête de lumière, Emily Loizeau conclut sa tournée aux Francofolies

"Ne rien dire, c'est faire un choix politique": entre rejet de l'extrême-droite et quête de lumière, Emily Loizeau conclut sa tournée aux Francofolies

Un article rédigé par Tanguy Sanlaville - RCF Charente-Maritime, le 12 juillet 2026 - Modifié le 12 juillet 2026
Au coeur des Francofolies Emily Loizeau aux Francofolies : un engagement politique toujours plus présent

Pour la dernière de sa tournée, Emily Loizeau est aux Francofolies. Elle se produit le dimanche 12 juillet au Théâtre Verdière, dans un spectacle consacré à son dernier album, "La Souterraine". Rencontre avec une artiste dont l'engagement politique est impossible à manquer.

Pour la dernière de sa tournée autour de l'album "La Souterraine", Emily Loizeau partagera la scène avec plusieurs artistes : Yaël Naïm, Sandra Nkaké, Mathias Malzieu, Florent Marchet. ©Yann RabanierPour la dernière de sa tournée autour de l'album "La Souterraine", Emily Loizeau partagera la scène avec plusieurs artistes : Yaël Naïm, Sandra Nkaké, Mathias Malzieu, Florent Marchet. ©Yann Rabanier

C'est presque un symbole : après une tournée débutée en novembre 2024 avec deux dates à La Rochelle pour son deuxième et troisième concert, Emily Loizeau est de retour en Charente-Maritime pour conclure son tour de France. Elle se produit en effet au Théâtre Verdière, à la Coursive, pour cette édition 2026 des Francofolies. Nous avons pu la rencontrer quelques heures avant qu'elle ne monte sur scène. 

RCF : Vous connaissez bien les Francofolies, puisque vous étiez artiste du Chantier des Francofolies au début des années 2000. Quel est votre lien avec le festival ? 

Emily Loizeau : C'est le festival qui m'a vu démarrer, qui m'a mis le pied à l'étrier. J'ai d'abord rencontré Jean-Louis Foulquier, puis l'équipe du Chantier, et je leur dois énormément. L'édition à laquelle je devais participer à l'origine, [en 2003, NDLR], il y a eu une grande grève des intermittents. Elle était absolument nécessaire, mais cela m'a un peu désespérée sur le moment ! L'année d'après, Jean-Louis a tenu parole et j'ai fait un changement de plateau entre Patricia Kaas et Jean-Jacques Goldman sur la grande scène. C'était un moment magique et cela a déclenché plein de choses pour moi. 

Vous tournez votre album "La Souterraine" depuis novembre 2024. Vous le décrivez comme "un disque qui tente de tracer le chemin d'une longue quête d'amour au milieu d'un monde en vrac". Qu'entendez-vous par là ? 

Je crois que l'amour est la clé, que le monde va très mal et de plus en plus mal. On vit un moment charnière et je crois qu'il faut faire le choix entre quelque chose de morbide et quelque chose lié à l'amour, pour préserver l'avenir de nos enfants et l'équité. Mon choix est fait, mais c'est du boulot. Je crois qu'on ne peut pas dire que l'art ne doit pas être politique : ne rien dire, c'est faire un choix politique. Aujourd'hui, je me sens un peu investie d'une mission, à travers le vecteur des mots qui est très puissant. 

Les mots que je choisis, c'est une grande responsabilité. A ma petite échelle, évidemment ! Ce n'est pas vrai qu'on est tous prêts à épouser le fascisme. On a bien plus envie de paix que ce qu'on nous raconte, mais les médias d'extrême-droite et les réseaux sociaux nous racontent des choses sur nous qu'on finit par croire. Le rôle de l'artiste et du spectacle vivant, c'est précisément d'aller dire autre chose. C'est ce que cherche à dire ce disque, mais avec de la lumière, de la joie de la célébration. On a besoin de se retrouver, il faut regarder à tout prix vers la lumière... Sans pour autant mettre la tête dans le sable. 

Cet engagement, vous l'exprimez également à côté de la musique, avec le collectif trans-artistique "L'Art de Dire Nous" (ADN). 

Tout à fait, c'est un collectif qui est né dans l'entre-deux tours des législatives, à un moment où on a cru que l'extrême-droite allait arriver au pouvoir. J'ai eu ce sentiment qu'on allait perdre beaucoup de gens sur la route, parce que c'est un métier qui nous pousse à être assez individualistes. 

Je me suis dit qu'il fallait à tout prix faire attention à nous, à veiller les uns sur les autres, et à rassembler nos engagements individuels pour devenir une caisse de résonnance. On a notamment créé un podcast, "Le Mégaphone", pour être ce mégaphone des enjeux culturels, sociaux, écologiques et aussi de notre métier. 

En 1998, le rappeur Calbo, membre d'Ärsenik, disait : "qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ?". Pour vous, cette phrase s'applique à l'ensemble des acteurs culturels ? 

Complètement. Je crois que ne pas prendre position, c'est la neutralité, et je pique cette phrase à une jeune femme vue sur les réseaux : est-ce que la neutralité ne serait pas un autre mot pour la lâcheté ? Je ne donne de leçons à personne, mais je crois qu'on a une grande responsabilité en ayant la parole, en utilisant les mots. On n'a plus le choix ! 

Au coeur des Francofolies
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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