Municipales : les maires ont-ils la main sur l'emploi ?
À l’approche des municipales les 15 et 22 mars prochain, l’emploi local est une nouvelle fois au cœur des enjeux communaux. Qualifiés dans certaines communes de derniers recours politiques, les maires font pourtant face à une impossibilité de décider seuls.
© FreepikDispositifs d’insertion, aide à l’installation de commerces ou même simplement à l’écoute, les casquettes sont nombreuses pour les maires. Une étiquette d’ailleurs inégale selon la typologie de la commune dont ils ont la charge. Pourtant, une dimension semble relier les élus des Français : le rapport à l'emploi. Comment fonctionne la création d'emploi local ? Les maires sont de véritables décisionnaires, mais à quelle échelle ?
Sur quoi peuvent vraiment agir les maires ?
Les maires agissent, mais rarement là où on les attend. Leurs actions se dirigent souvent dans des éléments moins visibles : soutien aux structures d’insertion, aide à l’installation de commerces, etc. Toutefois, ces actions prennent du temps et sont difficiles à quantifier et sont également peu valorisables politiquement. "Les maires peuvent agir, mais surtout de manière indirecte, en créant un environnement favorable", souligne Philippe Semenowicz, maître de conférence en sciences économiques à l'Université Paris-Est Créteil, membre du LIRTES - Laboratoire interdisciplinaire de recherche sur les transformations des pratiques éducatives et des pratiques sociales. Pour Corinne, auditrice, "le maire a aussi un rôle à jouer pour donner aux jeunes une vision concrète du monde du travail".
Les maires peuvent agir, mais surtout de manière indirecte, en créant un environnement favorable.
Les jeunes et les seniors : un public oublié. En réalité, les maires agissent surtout sur les « angles morts » du marché du travail. Dans cette catégorie, on retrouve par exemple les jeunes sans qualification, les seniors exclus des recrutements, ou encore les personnes éloignées de l’emploi. Avec ces publics, le maire agit par le biais d’actions concrètes, qui peuvent y remédier. On retrouve des initiatives comme les missions locales, les dispositifs d’insertion, voire certaines coopérations avec France Travail. Pour Michel Abhervé, consultant, blogueur, professeur associé à l'Université Gustave Eiffel, "les missions locales montrent que les collectivités peuvent agir efficacement sur l’insertion des jeunes". D’une certaine manière les maires ne créent pas l’emploi, mais empêchent certaines exclusions.
Il n’y a pas un maire type : entre une métropole et un village de 50 habitants, les leviers n’ont rien à voir.
Quand le maire devient dernier recours. Dans beaucoup de territoires, le maire est le seul interlocuteur accessible. Il oriente, met en relation, et débloque des situations individuelles. Son rôle est donc parfois informel, mais décisif pour certains parcours. D’autant que dans certains cas, le maire ne peut se permettre d’embaucher des adjoints, en particulier dans les communes rurales avec une faible démographie. "Il n’y a pas un maire type : entre une métropole et un village de 50 habitants, les leviers n’ont rien à voir", rappelle Michel Abhervé.
Les maires ne sont pas les seuls décideurs
Le mythe du maire créateur d'emplois. Pour Philippe Semenowicz, il faut déconstruire l’idée très répandue selon laquelle un bon maire ferait baisser le chômage. "Le pouvoir des maires sur l’emploi reste limité : la compétence emploi est avant tout nationale", affirme le chercheur. Il existe en effet un décalage entre attentes électorales et réalité institutionnelle. Le maire est souvent jugé sur l’indicateur du chômage, qu’il ne maîtrise pas : "les maires peuvent maintenir des commerces, soutenir l’insertion, mais pas créer des emplois industriels", explique de son côté Michel Abhervé.
Le pouvoir des maires sur l’emploi reste limité.
Une confusion institutionnelle entre commune et intercommunalité. Le développement économique est majoritairement intercommunal. Mais le paradoxe demeure dans la mesure où les élections restent, elles, communales. En découle alors des maires qui « portent » des politiques qu’ils ne peuvent pas piloter seuls. Céline (auditrice) partage le même ressenti : "recruter coûte trop cher aujourd’hui, pour les entreprises comme pour les collectivités".
Mobilité, logement, transports : l’emploi par ricochet. L’emploi local ne se joue pas uniquement sur les offres, mais découle de conjectures externes et bien municipales, cette fois-ci. Christophe, auditeur, dénonce un manque d’employabilité : "on parle de métiers en tension, mais sur le terrain, les recrutements ne suivent pas". Sans logement, le recrutement est par exemple plus compliqué d’accès. De même, le manque de véhicule et la dépendance aux transports - parfois difficiles - impactent inévitablement le rapport au travail. Or, Michel Abhervé dresse un constat mitigé : "on valorise plus facilement un bâtiment inauguré, qu'une personne réinsérée dans l'emploi". L'impulsion ne serait pour lui, pas systématiquement fournie au bon endroit.


Cette émission interactive présentée par Melchior Gormand est une invitation à la réflexion et à l’action. Une heure pour réfléchir et prendre du recul sur l’actualité, et pour agir, avec les témoignages d’acteurs de terrain pour se mettre en mouvement et s’engager dans la construction du monde de demain.
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