Municipales : le maire face au "millefeuille territorial"
À quelques semaines des élections municipales des 15 et 22 mars, une question traverse de nombreux débats locaux : que peut encore décider un maire aujourd’hui ? Entre communes, intercommunalités, départements et régions, les compétences se sont empilées au fil des réformes. Un fonctionnement souvent qualifié de "millefeuille territorial".
Pour mieux comprendre cette répartition des pouvoirs, Aurélia Troupel, maître de conférences en sciences politiques à l’Université de Montpellier et membre du CEPEL, répond aux questions de RCF Maguelone Hérault pour le deuxième volet de notre décryptage sur les enjeux des municipales.
Intercommunalités, transferts de compétences, moyens en baisse… que peut encore décider un maire ? © Pix4freeDes compétences de plus en plus partagées
Lorsqu’on évoque la décentralisation, on pense souvent à un renforcement du pouvoir des communes. Mais dans les faits, les derniers transferts de compétences ont surtout profité aux intercommunalités, aux départements et aux régions, plus qu’aux mairies elles-mêmes.
"La loi MAPTAM de 2015 a clairement renforcé les métropoles et le couple intercommunalité–région, au détriment du duo plus traditionnel commune–département", explique Aurélia Troupel. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement engagé dès 1982, marqué par des rivalités anciennes entre niveaux de collectivités.
L’intercommunalité, un échelon devenu central… mais flou
Avec la création des régions en 1982, puis l’essor de l’intercommunalité au début des années 2000, l’organisation territoriale française s’est complexifiée. À l’origine, ces regroupements de communes se faisaient souvent par affinités locales.
Mais entre 2013 et 2015, une nouvelle étape est franchie avec l’instauration de tailles minimales obligatoires pour les intercommunalités. Résultat : "Aujourd’hui, la plupart des habitants sont incapables de dire à quelle intercommunalité ils appartiennent ", constate la politiste.
Depuis plus de quinze ans, l’espace local est en reconfiguration permanente, avec des institutions qui interviennent parfois sur des champs proches, donnant le sentiment de doublons, alors que chacune dispose de compétences spécifiques.
Un rôle de maire de plus en plus exigeant
De nombreux élus dénoncent une décentralisation sans moyens suffisants. Et le constat est partagé : le rôle du maire est devenu plus lourd, plus complexe.
Moins de compétences directes, moins de ressources financières, mais davantage d’attentes de la part des citoyens, qui peinent à distinguer ce qui relève de la mairie ou de l’intercommunalité.
À cela s’ajoutent des normes toujours plus nombreuses, des exigences administratives croissantes, et parfois un manque de personnel pour épauler les élus, en particulier dans les petites communes. "C’est un cocktail difficile à gérer", résume la chercheuse.
Un impact sur l’engagement municipal
Ces évolutions ne sont pas sans conséquences sur les élections municipales à venir.
La France traverse une crise de l’engagement local, dans un contexte de recentralisation financière. Les collectivités disposent de moins en moins de ressources propres et ont perdu la capacité de lever certains impôts.
Aurélia Troupel cite notamment le cas d’anciennes taxes liées à des activités polluantes, qui bénéficiaient directement aux communes concernées. Aujourd’hui, ces recettes sont souvent transférées à l’échelle intercommunale. "Une agglomération peut décider d’implanter une déchetterie sur une commune sans que les compensations financières ne reviennent réellement aux habitants concernés", explique-t-elle.
À l’approche du scrutin, ces enjeux interrogent le sens même de l’action municipale et la capacité des élus locaux à répondre aux attentes de leurs administrés dans un paysage institutionnel toujours plus complexe.


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