Municipales 2026 : Que proposent les candidats strasbourgeois pour les cultes ?
Les enjeux liés aux cultes sont importants à Strasbourg qui compte d’importantes communautés juives, protestantes et musulmanes. Comment les candidats envisagent-ils leur relation avec les cultes et qu’en attendent-ils ?
RCF AlsaceCe qu'il faut retenir :
- Trois candidats sur 12 proposent de créer un comité réunissant les représentants des cultes pour discuter avec la municipalité.
- Interrogés par RCF, 9 candidats se disent "très favorables" à la promotion du dialogue interreligieux.
Strasbourg est l’une des 7 villes comptant le plus de protestants en France. La capitale de l’Alsace accueille en outre la deuxième plus grande communauté juive française, derrière Paris. C’est également là qu’a été inaugurée en 2012 le premier cimetière public musulman dans l’Hexagone. Les 12 prétendants à la mairie de Strasbourg vont donc devoir faire avec ces administrés croyants. Parmi eux, trois proposent la création d’un conseil réunissant les représentants des différents cultes présents dans la ville de 293 000 habitants.
Créer un conseil des représentants des cultes au-delà du Concordat
Cette instance de dialogue pourrait prendre différentes orientations selon les candidats. Ainsi le centriste Pierre Jakubowicz propose de réunir “un conseil de la concorde et l’interreligieux”. Le candidat investi par Horizon envisage de réunir en début de mandat pour établir “un budget d'accompagnement sur le bâti” et dresser “des objectifs communs”.
Dans “le comité interculturel et interculturel” imaginé par la socialiste Catherine Trautmann, il s’agirait surtout de faire dialoguer les religions dans un climat “laïc, apaisé et constructif." L’ancienne maire de Strasbourg envisage de s’inspire d’un conseil similaire qui aurait été mis en place sous le mandat de Roland Ries.
Quant à Fahad Raja Muhammad, le candidat de “Strasbourg sans frontière”, il estime que la prochaine municipalité pourrait “consulter régulièrement un conseil réunissant les cadres des différents cultes” sur différents sujets. Il pourrait servir à inclure une vigilance sur les discriminations antimusulmanes pour "compléter" la veille concernant le racisme et antisémitisme.
Renforcer le dialogue interreligieux
Lors de son accession à la mairie de Strasbourg en 2019, Jeanne Barseghian a mis en place un délégué des relations avec les cultes, mais pas d’instance dédiée de dialogue entre les cultes et la municipalité. “Ce qui m’importe, c’est que chaque personne, croyante ou non croyante puisse vivre et pratiquer les cultes dignement dans notre ville” affirmait-elle à notre micro début février. La maire écologiste, candidate à sa réélection avait fait voter en janvier 2023, non sans peine, une délibération-cadre pour clarifier l’enveloppe allouée aux différents cultes dans le cadre du droit local qui s’applique en Alsace, et ce, contre l’avis de la préfète du Bas Rhin. Désormais, les subventions accordées par la Ville pour tout nouvel édifice religieux à Strasbourg ne pourront excéder 1 million d’euros.
Elle se dit “fière” de la tenue du Forum des religions… inauguré en 2019 sous le socialiste Roland Ries son prédécesseur à la mairie strasbourgeoise, en partenariat avec l’Université de Strasbourg et la Région Grand Est, et renouvelée après son arrêt précoce durant le confinement sanitaire de 2020. La candidate promet de “développer davantage le dialogue interreligieux, une des forces de notre territoire”. Ce discours est quasiment unanime chez les autres candidats.
S’engager à veiller sur le droit local
Pour Florian Kobryn aussi, “renforcer le dialogue interreligieux contribue à ‘faire commun’, un projet phare des Insoumis”. Parmi les 10 premiers colistiers du candidat investi par LFI se trouve d’ailleurs Lahcen Sarrou, qui se présente comme “un citoyen engagé dans le vivre-ensemble et le dialogue interreligieux”. Une posture qui nuance celle de Jean-Luc Mélenchon, le fondateur de la France Insoumise remettant régulièrement en cause le droit local incluant le Concordat, base du dialogue avec les cultes en Alsace. Il est également questionné par la liste de Lutte Ouvrière conduite par Louise Fève, opposée à “ce que de l’argent public soit donné aux cultes.”
A contrario, le candidat strasbourgeois insoumis promet de respecter “la spécificité de Strasbourg à ce niveau-là du fait de son histoire, au carrefour des empires et des religions". Si les programmes d’autres candidats ne mentionnent pas de propositions spécifiques liées aux religions, la plupart affirment leur attachement aux mesures du droit local concernant les cultes concordataires, comme le républicain Jean-Philippe Vetter ou le candidat Utile Mohamed Sylla. "Encore faut-il le connaitre, remarque Isabelle Gerber, présidente de l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL) que quelques candidats ont rencontré durant la campagne. Les élus ne le connaissent pas forcément et ils doivent se mettre à l'écoute de ce droit local. Celui-ci ne décline pas juste une liste de privilèges du passé, mais il nous oblige à inventer quelque chose de tout à fait singulier.”
Virginie Joron affirme même vouloir “défendre ce droit ” contre ses détracteurs. La candidate RN souhaite aussi associer les cultes autour des questions de sécurité : “Ils ont un rôle dans l’éducation et la prévention, notamment autour de l’islam radical.”
Qu’en pensent les responsables d'Église chrétienne ?
L’instauration d’un conseil interculturel paraît “une bonne idée” selon l’archevêque de Strasbourg Mgr Pascal Delannoy, qui atténue cependant sa portée : “les responsables religieux n'attendent pas que les responsables politiques les convoquent pour agir. Nous nous rencontrons déjà régulièrement, mais c’est toujours une bonne idée que de promouvoir la rencontre. J'attends également que notre point de vue puisse être entendue sur des questions de société.”
La présidente de l'UEPAL voit elle aussi d’un bon œil la création d’une instance de dialogue dans un lieu tiers “qui permet la distribution égale de la parole, sans force accueillante qui serait prééminente.” Isabelle Gerber estime que cette instance pourrait même servir de modèle pour les prochains élus : “Dans ces espaces de dialogue, les religions peuvent témoigner que l’on peut toujours discuter même si nous ne sommes pas d’accord, que nous pouvons même nous enrichir en nous confrontant, sans rester campés sur nos positions. on pourrait faire école sur ce que j’attends des conseils municipaux où parfois le ton monte, ce qui est préjudiciable pour toute la communauté ”.
De son côté, le pasteur Michel Schneider, président du Conseil national des Évangéliques de France (CNEF) dans le Bas Rhin s’engage à soutenir les futurs élus. “Je me prête à encourager volontiers ceux et celles qui endossent la responsabilité de maire. Ils ont besoin de notre soutien. La Parole nous encourage d’ailleurs à prier pour les autorités, ceux qui sont placés en position de responsabilité et de les soutenir de toutes les manières possibles et au travers d'échanges et de dialogues constructifs.”
Tous les propos des candidats sur le sujet ont été recueillis par RCF Alsace tout au long de la campagne municipale à Strasbourg.


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