Municipales 2026 - Lyon : Nathalie Perrin-Gilbert veut incarner « une autre voix pour Lyon »
Qui sera le ou la prochaine maire de Lyon ? Ancienne adjointe à la Culture de Grégory Doucet démise de ses fonctions après quatre années à ses côtés, ex-maire du 1er arrondissement et conseillère municipale depuis 30 ans, déjà candidate à la mairie centrale en 2020, Nathalie Perrin-Gilbert retente sa chance cette année : la candidate à la mairie de Lyon aux élections municipales des 15 et 22 mars nous présente son projet.
Nathalie Perrin-Gilbert veut prendre la place de Grégory Doucet qui l'avait nommée adjointe à la culture en 2020, avant de la congédier quatre ans plus tard - © RCF LyonRCF Lyon : Pourquoi prendre une nouvelle fois place sur la ligne de départ en 2026 ?
Nathalie Perrin-Gilbert : Parce que je pense que je peux porter la voix des Lyonnais et des Lyonnaises que je consulte au quotidien sur le terrain. Je peux proposer une autre voix pour Lyon entre, d'un côté, la voix d'un ultra-libéralisme porté par le candidat Aulas, et de l'autre côté celle du maire sortant Grégory Doucet, un maire sans doute arrivé à la Ville de Lyon avec de bonnes intentions, mais qui n'a pas su comprendre la ville et n'a pas su embarquer avec lui les Lyonnais et les Lyonnaises. Je veux proposer cette autre voix pour Lyon.
RCF Lyon : Vous qui incarnez à la fois une partie du bilan de Grégory Doucet, mais aujourd'hui aussi une candidature dissidente, quel est votre constat sur la ville, votre regard sur la vie de la cité notamment depuis le dernier scrutin de 2020 ?
NPG : Lyon est toujours une ville aimée, par ses habitants, par les visiteurs qui viennent la voir. C'est une ville magnifique, à la fois une grande ville avec pléthore de propositions culturelles, patrimoniales et événementielles.
C’est une ville où il est de plus en plus difficile de vivre au quotidien, de plus en plus difficile de se loger, de plus en plus difficile de se déplacer, de faire garder ses enfants, de pouvoir travailler dans Lyon intramuros quand on habite à l'extérieur. Donc une ville de moins en moins simple à vivre.
Lyon est une ville qui exclut parce qu'il faut globalement être plutôt aisé pour y habiter, parce que le pouvoir d'achat, c'est compliqué à Lyon. Donc à la fois une ville attirante, une ville que l'on aime, mais c'est aussi une ville qui, petit à petit, exclut des populations. Et ça, je le regrette.
RCF Lyon : Après le constat, place aux solutions. Vous dites incarner une ligne, un projet sérieux face aux empilements de promesses, notamment celles du duo de tête annoncé (Grégory Doucet et Jean-Michel Aulas). Comment votre ligne se traduit-elle concrètement en termes de mesures ? À quoi ressemble votre Lyon ?
NPG : Mon Lyon ressemble à un Lyon où il fait bon vivre, quel que soit son âge, son quartier, sa catégorie sociale, son appartenance culturelle. Nous allons avoir un certain nombre de priorités, très clairement, qui vont concerner la vie quotidienne. Le logement, tout d'abord, c'est la vraie question sur Lyon. C'est beaucoup une compétence de la Métropole, mais nous allons travailler ensemble avec la Métropole, avec l'État, avec le secteur associatif aussi, très important sur les questions du logement et de l'hébergement à Lyon.
J'ai des propositions très précises. Premièrement, héberger l'ensemble des enfants sans toit. Aujourd'hui à Lyon, en 2026, il n'est pas possible que des enfants dorment à la rue. Je prends donc cet engagement-là de mobiliser notre patrimoine pour mettre à l'abri les enfants et leurs familles. C'est aujourd'hui environ 200 enfants et familles dont 18 bébés qui sont sans toit à Lyon. C'est donc résorber tout de suite ce qu'on appelle le sans-abrisme infantile. Ensuite, c'est mettre en place un fonds de rénovation pour les bailleurs sociaux. Aujourd'hui, les bailleurs sociaux sont étranglés. L'État a asséché leur financement. On leur demande de construire davantage. Ça, c'est le dialogue avec la métropole. Moi, je veux les accompagner sur la rénovation des logements. Très régulièrement, je vais à la rencontre des habitants et des habitantes, y compris à leur domicile, quand ils me le proposent, ils me disent « Madame, venez voir mes conditions d'habitat ». Et je vois des conditions d'habitat indignes.
L'autre sujet, c'est la petite enfance.
Un grand plan pour que dans cinq ans, chaque famille qui a un enfant ou des enfants de moins de trois ans ait une solution de garde, soit en crèche, soit dans un relais d'assistante maternelle, une solution de garde adaptée et sécure.
Je veux mettre aussi en place un fonds pour la vie associative. La vie associative à Lyon est très importante, mais elle va mal. Là aussi, parce que des fonds ont disparu venant de l'État, venant de la Région, mais la Métropole aussi a fait des coupes budgétaires vis-à-vis des associations. Et donc, je veux à la fois mieux accompagner les associations par des prêts de locaux, par des salles de réunion, mais aussi pour que la ville se porte garante pour un certain nombre d'emprunts. C'est-à-dire que les associations ont souvent un problème de trésorerie. Et donc, comme on le fait d'ailleurs pour les bailleurs sociaux où on est garant des emprunts faits par eux, quand une association a besoin d'emprunter pour remettre en place sa trésorerie (évidemment, il y a la question de la subvention), que la ville se porte aussi garante de ses emprunts auprès des banques.
Un autre grand sujet transversal, c'est la question de la santé. La ville de Lyon, les villes d'une manière générale sont la bonne échelle pour mettre en place des plans de santé publique. Là aussi, ça part de la femme enceinte, ça parle de la petite enfance avec des mesures de prévention dans nos PMI, dans nos crèches, et ça va jusqu'à l'accompagnement de nos seniors, des personnes âgées, et puis c'est lutter contre les déserts médicaux. À Lyon aujourd'hui, nous avons des déserts médicaux (des milliers de Lyonnais n'ont pas de médecin généraliste, de médecin référent), et nous devons rouvrir, parce que certaines ont fermé, des maisons de santé sur tous les arrondissements, sur un certain nombre de quartiers.
RCF Lyon : Pour notre média, et d'ailleurs pour une ville comme Lyon, la place des différentes communautés religieuses dans la cité est une spécificité. Se présenter à ces élections-là, c'est se présenter aussi à ces électrices et ces électeurs-là. Quel est votre regard autour de ce caractère propre lyonnais ?
NPG : Je suis très attachée à la pluralité, à la diversité. Je remercie d'ailleurs RCF pour son invitation et le temps long donné à tous les candidats pour pouvoir exposer leur projet. En ce qui me concerne, je veillerai à l'indépendance et au soutien de l'ensemble des médias lyonnais, et de ne pas choisir tel ou tel en fonction de mes propositions ou de mes lubies du moment. Donc, garantir la liberté et le respect des différents médias.
Sur la question des religions, je suis pour la laïcité, je crois à la laïcité, mais une laïcité qui protège. Une laïcité qui protège toutes celles et ceux qui croient, quelles que soient leurs croyances, qui protège toutes celles et ceux qui ne croient pas, et qui respectent ces choix-là, ces choix d'intimité, cette foi intime, ou alors ce choix de ne pas croire. Je crois que le Vœu des Échevins [traditionnelle cérémonie catholique du "renouvellement du Vœu des Échevins" chaque 8 septembre, ndlr], plus qu'une dimension religieuse, a aussi à Lyon une dimension culturelle importante. Et je crois que le maire de Lyon, ou la maire de Lyon que je souhaite être demain, a le devoir de respecter cette histoire culturelle et sociale lyonnaise. Mais il ou elle a aussi le devoir de le faire justement avec ce souci-là de la laïcité et de ne pas imposer une religion par rapport à d'autres. Moi, je suis persuadée que nous arriverons à nous entendre avec l'archevêché sur la bonne forme et la bonne manière pour la Ville de Lyon d'être aux côtés de cette tradition culturelle sans trahir cet objectif de laïcité. Là aussi, c'est un dialogue à entretenir.


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