Municipales 2026 : “la figure du maire est une figure familière” pour Christian Le Bart
À quelques semaines des élections municipales, les radios RCF de Bretagne vous proposent chaque semaine une analyse sur ce scrutin. Pour ce second épisode, nous nous intéressons aux maires, à leur rôle et aussi à ce rapport de proximité avec les habitants de leurs communes et villes. Éclairage de Christian Le Bart, professeur de sciences politiques à l'Institut d'études politiques de Rennes, auteur de l'ouvrage Les Maires. Sociologie d'un rôle aux Presses universitaires du Septentrion, paru en 2003.
L'hôtel de ville de Quimper © Christophe Pluchon- Est-ce que, dans le paysage politique finalement, les maires font figure d'exception ?
Christian Le Bart : “Il y a quelque chose d'assez exceptionnel dans le mandat municipal, qui tient au sentiment, souvent fondé, qu'ont les citoyens d'avoir affaire à une autorité proche, une autorité de proximité qu'ils connaissent. La figure du maire est une figure familière, historiquement en place depuis très longtemps.
On sait aussi que les maires font souvent plusieurs mandats donc on sait qui c'est. Les maires ne sont pas forcément des professionnels de la politique au sens parfois problématique du terme. Il peut donc y avoir le sentiment que le maire, c'est un peu une autorité familière, familiale, proche. Les maires sont, à peu près, épargnés par l'hostilité à l’encontre de la classe politique qui, depuis quelques années, marque notre culture politique.
Mais même s'ils ne sont pas assimilés à cette classe politique souvent très impopulaire, on trouve quand même des traces de cette culture que l'on peut considérer comme populiste, en particulier dans des phénomènes récents de défiance, voire d'hostilité aux élus en place, y compris les maires.”
Pas un maire mais des maires
- Est-ce une erreur de parler du maire, et pas des maires?
Christian Le Bart : “Les maires sont très différents selon qu'on a affaire à des petites communes ou à des grandes communes. Au village, le maire est souvent quasiment bénévole, il est à la tête d'une petite équipe. Il est au four et au moulin, il doit être disponible, corvéable à merci, etc.
En revanche, dans les grandes villes, on a plus affaire à des quasi professionnels de la politique qui parfois peuvent avoir des ambitions de devenir député. Ce n’est plus possible de cumuler les deux en même temps maintenant, mais nous sommes quand même plutôt sur des logiques de carrière politique, avec des entourages très professionnalisés, des responsabilités assez considérables, des budgets imposants et des responsabilités intercommunales à l'échelle d'agglomérations ou de métropoles. Pour dire les choses un peu rapidement, c'est un autre monde.”
Une prime aux sortants?
- Un mot sur le poids des sortants dans une élection municipale, est-ce qu'on peut le comparer à des élections législatives, départementales, voire présidentielles ou c'est autre chose?
Christian Le Bart : “C'est quand même autre chose, parce qu’on sait que dans la réalité, beaucoup d'élus font plusieurs mandats. La logique, de leur point de vue, et on peut la comprendre, consiste à dire que pour mener à bien des projets, un mandat ne suffit pas, que six ans c'est trop court. Même s'il peut y avoir de la lassitude, il y a aussi de l'attachement à achever le travail commencé.
Côté électeurs, ils ont tendance à faire confiance aux gens qui sont déjà là parce qu'on les connaît, parce qu'on a pu échanger avec eux, parce qu'ils ont fait leurs preuves d'une façon ou d'une autre. Alors évidemment, la limite de cela, c'est qu'il y a des maires impopulaires, il y a des équipes qui ratent leur coup, il y a des projets qui n'aboutissent pas ou qui font polémique.
Et puis, il y a aussi, dans les villes, même si ça n'est pas le cas dans les communes rurales, un vote sur étiquette qui peut être dépendant des mouvements d'opinion au niveau national. Mais j'observe que souvent, même dans les villes, les maires sortants ont tendance à jouer de leur bilan plus que de l'étiquette. C'est plutôt les opposants qui vont mettre en avant l'étiquette précisément parce qu'ils ne sont pas très connus. Mais pour les sortants, la tendance est plutôt à jouer la carte du notable. La prime au sortant, qui est un élément assez structurel de la vie politique française, existe assez fortement aux élections municipales.”
Les municipales, un premier tour avant les présidentielles
- A un an de l'élection présidentielle, est-ce que la politisation et la nationalisation des municipales est forcément plus forte que si les échéances avaient été plus lointaines ?
Christian Le Bart : “Il faut rappeler que le calendrier est aléatoire puisque les présidentielles c'est tous les cinq ans, les législatives également, les élections municipales, c'est six ans. Ce calendrier, il est imprévisible. Alors là, il se trouve qu'on est face à une situation particulière, à savoir donc des élections municipales qui vont précéder une élection présidentielle. Certains parlent de tour de chauffe.
Il est clair que pour les grandes formations politiques qui ont des ambitions présidentielles, il est difficile de ne pas considérer les municipales comme une sorte de premier tour ou d'anticipation, en particulier à la France insoumise, au Rassemblement national. Ils sont confrontés à l'obligation de lire les résultats de ces élections, un peu comme un test en amont des présidentielles. Ce mouvement-là joue plutôt dans le sens de la politisation de cette élection municipale. Mais il y a aussi la tendance des sortants à plutôt être discrets sur l'étiquette. Et puis la traditionnelle dépolitisation de la vie politique locale en milieu rural, qui fait que la politisation ne sera que partielle cette fois-ci encore.”


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