Municipales 2026 en Normandie : quels enseignements tirer du second tour ?
Le deuxième tour des élections municipales, dimanche 22 mars 2026, aura été marqué en Normandie par la stabilité. La région ne déroge pas à sa réputation de tempérance, avec cependant des surprises dans le Cotentin et dans l’Orne. Décryptage avec Cyril Crespin, politologue.
Municipales en Normandie : la droite crée la surprise à Alençon et Cherbourg. © RCF OrneEntre stabilité et surprises, les élections municipales ont rendu leur verdict dimanche 22 mars 2026 en Normandie. Les maires de Rouen, du Havre, d’Evreux et de Caen ont tous été réélus. Quatre primes au sortant mais des scores et des enseignements différents. Et c’est la grande surprise de ces municipales en Normandie : Cherbourg et Alençon ont basculé à droite. Entretien avec Cyril Crespin, politologue et professeur à l’université de Caen.
RCF : Quel bilan tirez-vous des résultats de ce second tour des élections municipales en Normandie ? Les sortants semblent avoir bénéficié d'une prime avec deux surprises importantes à Cherbourg et Alençon.
Cyril Crespin : Comme au premier tour, il y avait une prime aux sortants assez forte. Au second tour, plusieurs sortants réussissent à s'en sortir, quelquefois avec très peu de voix. François-Xavier Priollaud à Louviers par exemple, qui a une centaine de voix d'avance, ou Guy Lefrand à Evreux. Ça passe également au Havre, à Rouen et à Caen. Puis nous avons deux surprises : Cherbourg et Alençon, dans des contextes différents. Cherbourg bascule à droite, Camille Margueritte réussit à prendre la mairie qui était à gauche depuis 1977. À Alençon, Sophie Douvry réussit à reprendre la mairie alors qu'elle était à gauche depuis 2008. Avec des contextes différents : à Cherbourg, on sent que les reports de voix ont été un peu plus compliqués du côté de la gauche, alors que la droite réussit bien ces reports de voix. On a donc des sortants qui s'en sortent bien et quelques bascules.
RCF : Est-ce qu'on peut dire que le second tour est plutôt favorable à la droite, qui prend Cherbourg et Alençon notamment ?
Cyril Crespin : La droite réussit bien, même si le RN est plutôt en retrait en fonction des territoires, c’est le paradoxe. On pense à Louviers par exemple où il perd 5 points, aux Andelys où il perd 2 points même s'il est très élevé. Alençon fait figure d'exception puisque le candidat du RN y réussit un peu mieux.
RCF : Vous évoquez le Rassemblement national qui était très haut en Normandie, peu poreuse historiquement au Front national, au Rassemblement national. Aux dernières législatives, il avait été très haut, notamment dans l'Eure, mais aussi dans l'Orne. Et là, il se tasse. Est-ce dû au scrutin local qui est moins porteur pour lui ?
Cyril Crespin : Il faudrait regarder « les Normandies ». On a une Normandie qui, depuis plusieurs années, est très favorable au Rassemblement national : c'est l'Eure et une partie de l'Orne. Puis, un peu plus à l'ouest, vers le Calvados et la Manche, on a un RN qui est un peu plus en difficulté.
Ça reste quand même une séquence positive puisque le RN va sortir avec environ 75 conseillers municipaux, ce qui est considérable.
Au premier tour, il a réussi à monter 27 listes, pour une moyenne de 22%. Et sur ce second tour, il est davantage en retrait. Ça reste quand même une séquence positive puisque le RN va sortir avec environ 75 conseillers municipaux, ce qui est considérable. Il va les multiplier par quatre. Cela veut dire que, dans la suite de cette longue séquence électorale, il a des élus qu'il pourra continuer à former et qu'il pourra présenter pour les futurs scrutins. Mais on touche aux limites du Rassemblement national. Et vous avez parfaitement raison de reprendre l'exemple des législatives, c'est-à-dire un rassemblement qui est national, qui fait des bons scores au premier tour et qui a du mal à transformer l'essai au second tour. C'est là-dessus que le RN doit travailler en perspective des futures élections.
RCF : Peut-on dire qu'il y a un recul de la gauche à l'occasion de ces municipales en Normandie, même si elle conserve Rouen et Dieppe notamment ?
Cyril Crespin : On a une gauche, et notamment une gauche socialiste et ses alliés historiques, PC, Europe Écologie Les Verts, qui se porte bien dans l'agglomération rouennaise et dans la vallée de la Seine. Mais quand on quitte cette géographie-là pour aller un peu plus à l'Ouest, elle est en difficulté. Le socialisme municipal est vraiment attaqué à Alençon, à Cherbourg, à Caen où la gauche est complètement divisée. La suite pour la gauche va être de savoir comment réussir à se rassembler et renouer des liens, parce que la campagne a été dure, parfois violente. On a le cas à Rouen entre Nicolas Mayer-Rossignol et Maxime Da Silva par exemple, ça va laisser des traces. On voit déjà, sur les plateaux nationaux, comment les deux gauches qui étaient jugées irréconciliables, comment vont-elles se réconcilier en vue de l'élection présidentielle.


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