Mgr Yves Le Saux sur le G7 : "Nos actes ont le pouvoir d'élever ou d'abaisser le monde"
À la veille de l’arrivée des chefs d’états à Évian pour le G7, Mgr Yves Le Saux, évêque du diocèse d'Annecy, a invité tous les catholiques et les 38 paroisses de Haute-Savoie à s’associer à l’événement en priant. Une prière, qui, pour l’évêque, va de pair avec l’action. Car, même sans être chef d'Etat, nous pouvons participer à changer le monde.
Photo d'archive Mgr Yves le Saux ©SEDICOMCe texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur le player pour l'écouter en intégralité.
RCF : Vous avez adressé un message aux catholiques de Haute-Savoie. Vous les invitez à prier pour que nos dirigeants servent le bien commun, la paix, la raison, la justice, le droit, la transparence, la dignité humaine, les plus pauvres. C'est ce à quoi nous invite le Christ. Est-ce que l'Évangile est une utopie ?
Mgr Yves le Saux : Non, par contre il ne faut pas se tromper. Le but, ce n'est pas de faire le royaume de Dieu sur Terre au sens de parvenir à une société idéale. Mais nous y travaillons. L'Evangile nous invite à mettre la personne humaine, sa grandeur, sa dignité, au centre de nos préoccupations. L'autorité publique, qui est représentée par les chefs d'État, doit être au service de cela, et non au service des intérêts individuels ou de l'argent. On ne doit pas se tromper d'objectif.
RCF : Vous invitez les catholiques à prier. Comment garde-t-on confiance et continue-t-on à croire en la force de la prière, quand nos vœux ne sont pas exaucés ?
Mgr Yves le Saux : C'est le mystère de la souffrance. Quand on dit que la prière ne marche pas, je ne suis pas tout à fait d'accord. Nous croyons que Dieu entre dans le mystère de la souffrance. Maintenant, quand on regarde l'histoire, des moments très heureux ont pu succéder à des moments terribles. Je pense par exemple à la réconciliation entre la France et l'Allemagne. D'ailleurs, le pape Léon se rendra sur la tombe de Robert Schuman, à Metz. Ces bâtisseurs de l'Europe, qui étaient des chrétiens, avaient tous vécu les drames des camps et d'autres souffrances. Et ils ont pris conscience que la paix n'était possible que par le pardon. Il y a un lien étroit entre la prière, supplier que Dieu agisse dans l'histoire, mais aussi notre comportement.
Le temps que nous donnons, la sobriété de notre propre vie, le refus de rentrer dans des systèmes de vengeance participent à la paix
RCF : Vous invitez aussi justement les catholiques à l'action, à raviver leur vocation et à incarner cette espérance, notamment en vivant les Béatitudes. Est-ce que vous avez des exemples d'initiatives de chrétiens témoins de cette espérance ?
Mgr Yves le Saux : Oui, à mon avis ils sont innombrables. Et parfois, on ne les voit pas. Je pense à tous ces gens qui rendent service et qui sont des agents de paix ou de réconciliation dans leur famille. C'est un art de vivre différent ! Je me rappelle d'une dame qui était en pleine détresse familiale et financière. Son mari était mort, et elle avait une dette de 800 €. Je raconte cette histoire à table. Une heure après, sur mon bureau, je trouve une enveloppe de la part d'une des personnes avec qui j'avais déjeuné. Il était inscrit : "Pour la personne dont vous avez parlé tout à l'heure". Il y avait 800 euros dans l'enveloppe. Elle avait les moyens de le faire, certes. Mais elle l'a fait, et de manière anonyme ! Des gestes comme celui-ci, il y en a beaucoup plus qu'on ne le croit. Les gens sont prêts à perdre quelque chose, à renoncer à de petites choses de leur vie pour simplement aider, même très modestement ou ponctuellement. Je pense que c'est le chemin. C'est ce que je comprends dans les Béatitudes. Je suis persuadé que notre vrai sujet, c'est ce que nous-mêmes nous acceptons de vivre autrement. C'est très concret : le temps que nous donnons, la sobriété de notre propre vie, le refus de rentrer dans des systèmes de vengeance. Et c'est là que ça se joue. Vous me direz : quel est le rapport avec les drames du monde, la guerre en Iran, les gens détruits en Afrique ou les abus ? Et bien, je crois que nos actes peuvent abaisser le monde, mais nos actes peuvent aussi l'élever. Je pense que la transformation passe par nos propres conversions. C'est une petite lumière à côté d'une autre, puis d'une autre, qui finissent par faire un incendie !
Nous les chrétiens, ne sommes pas hors du monde
RCF : Le pape Léon se rendra en France au mois de septembre. Vous le disiez : il saluera notamment la mémoire de Robert Schuman. Léon XIV continuera ainsi d'envoyer son message pour la paix. Est-ce qu'avec la prière et l'action, notre mission de chrétiens est aussi d'interpeller nos contemporains, comme le Pape ?
Mgr Yves le Saux : Oui ! Même si j'avoue que je n'y avais pas pensé, au début, pour le G7. Et de fait : ma petite déclaration ne changera rien, au fond, à ce qui se vivra au G7. Mais je me suis dit que j'avais un devoir de rendre les chrétiens du diocèse attentifs à cet événement. Nous ne sommes pas hors du monde. Le pape, dans son fameux message du début de son pontificat parle de la paix désarmée et désarmante. Mais quelle est cette paix ? Staline disait : "Le Pape, combien de divisions ?". Staline n'est plus là et son système a disparu. Mais les pauvres chrétiens, malgré leur misère, sont toujours là ! Parfois, ce sont les plus fragiles qui changent le monde. Si en plus, nous pouvons influencer des choix plus justes au niveau économique, faisons-le ! Mais, je reviens à l'intuition des pères de l'Europe : le pardon est la clé. Nous en sommes capables individuellement et des Etats ont su le faire. Renoncer à la violence comme moyen pour acquérir la paix : c'est peut-être ça, la paix désarmée et désarmante.


Chaque jour de la semaine à 8h08 et à 12h10, la rédaction de RCF Savoie Mont-Blanc approfondit un sujet d'actualité locale ou s'intéresse à un événement en donnant la parole à un acteur du territoire.
