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Mgr Yves le Saux : "Etre chrétien, ça doit se voir dans notre emploi du temps"

Mgr Yves le Saux : "Etre chrétien, ça doit se voir dans notre emploi du temps"

Un article rédigé par Vanessa Sansone - RCF Savoie-Mont-Blanc, le 4 septembre 2026 - Modifié le 4 septembre 2026
Paroles d'évêques - RCF Savoie Mont-BlancMgr Yves le Saux : "Etre chrétien, ça doit se voir dans notre emploi du temps"

Mgr Yves Le Saux, évêque d'Annecy évoque la rentrée 2026 de son diocèse : la publication de ses orientations pour le catéchuménat, la prochaine visite du Pape Léon. Il nous partage aussi ses préoccupations et son regard de pasteur sur nos choix de vie : comment discerner nos engagements et passer une année "en lien avec le Christ" ? 

Mgr Yves Le Saux, évêque d'Annecy ©SEDICOM Mgr Yves Le Saux, évêque d'Annecy ©SEDICOM

Ce texte correspond à une partie de l'interview ci-dessus. Cliquez sur le player pour l’écouter en intégralité.

RCF :  Vous célébrez, ce dimanche 6 septembre 2026, la messe de rentrée diocésaine au sanctuaire de la Bénite Fontaine. Dans quel état d'esprit revenez-vous de votre pause estivale ?

Mgr Yves Le Saux : Je suis confiant ! La question qui m'accompagne : qu'est-ce que Dieu attend de nous ?  C'est une question individuelle, mais aussi pour notre diocèse. "Vers où nous conduis tu, Seigneur ?". Je prie pour que les rencontres, les événements nous aident à mieux comprendre, cette année encore, ce que Dieu attend de nous.

La vie chrétienne n'est pas seulement un acte privé : elle nous intègre à un corps 

 

RCF :  Pendant un semestre, de janvier à juin 2026, les assistes du catéchuménat du diocèse d'Annecy ont impliqué toutes les communautés. Nous voilà à l'issue de cette démarche, vous publiez ce week-end des orientations pour le catéchuménat. Vous identifiez des tentations, des défis et vous proposez des mises en œuvre autour de l'accueil et de la vie communautaire de ces adultes qui se tournent vers l'Eglise. Est-ce que vous êtes heureux de la manière dont s'est vécue toute cette démarche ? 

Mgr Yves Le Saux : Oui, je pense que, petit à petit, il y a une forme de prise de conscience et de travail commun sur l'accueil de tous ces gens qui arrivent. Quand on parle des catéchumènes, il y a les jeunes et adultes qui demandent effectivement un sacrement de l'initiation chrétienne. Mais il y a aussi tous les autres ! Des personnes baptisées bébé, mais qui n'ont rien reçu ensuite. C'est le même phénomène. C'est à la fois un défi et un appel à la conversion, personnelle et communautaire. Le Seigneur nous envoie des frères. Ce n'est pas nous qui avons été les chercher. Et je n'arrête pas de me dire qu'il va me demander : "Qu'as-tu fait de tes frères ?". Il y a un enjeu d'accueil et de discernement : une personne va être prête à recevoir un sacrement en un an et une autre au bout de sept ! Il y a un enjeu de formation : leurs questions nous obligent à nous réapproprier les données de la foi. Et puis, la question majeure, c'est comment les intégrer à une vie fraternelle. Une fraternité réelle, dès avant le baptême, pour qu'elle puisse perdurer après. La vie chrétienne n'est pas seulement un acte privé, mais nous intègre à un corps qui est bien plus vaste que nous-mêmes. Je suis lucide : il faudra du temps pour que nos paroisses s'approprient tout cela. 

RCF : Justement, comment s'assurer que toutes les communautés de Haute-Savoie adoptent la voie que vous tracez, suite à cette consultation à laquelle beaucoup ont participé ?

Mgr Yves Le Saux : C'est en train de se réfléchir. L'idée, c'est de circuler et de relire ces orientations et de les travailler en local avec les chrétiens. Nous allons faire un agenda sur l'année qui vient et peut-être sur les deux années qui viennent. Il y a des tas de textes qu'on trouve géniaux... Et puis on les range sur l'étagère ! Mais est-ce qu'ils modifient notre emploi du temps, notre manière de penser, les priorités que l'on se donne ? C'est une appropriation qui va démarrer à partir de maintenant. 

 

La visite du Pape Léon en France est assez providentielle 

 

RCF : Un mois de septembre qui va être marqué par la visite apostolique du pape Léon XIV en France. Que représente t-elle pour vous, en tant qu'évêque ? 

Mgr Yves Le Saux : D'abord, une joie de la communion ecclésiale. Ensuite : le Pape vient à un moment où l'Église de France, vit une étape étonnante, assez paradoxale. Nous sommes dans un monde chaotique, où certains prédisaient la mort de l'Eglise. Et finalement, l'Eglise suscite un  intérêt beaucoup plus grand qu'on ne l'imaginait. Le contexte sociopolitique est aussi compliqué. Et donc, je pense que cette visite est un peu providentielle. Il s'agira d'être très attentifs à ce que le Pape va dire.  

RCF : On a vu dans le passé des visites de papes marquantes : Jean-Paul II, à Annecy, en 1986, par exemple. On a vu aussi des jeunes partir à des Journées Mondiales de la Jeunesse et en revenir vraiment transformés. Une parole de Pape, ça peut changer les choses ! 

Mgr Yves Le Saux : Oui, tout à fait. On ne peut le constater qu'avec du recul. Je pense par exemple à Jean-Paul II aux JMJ de Paris. On disait que c'était fini, qu'il n'y avait plus de jeunes. Et tout à coup, on a vu émerger des gens, une "génération". Je ne peux pas présumer de ce qu'il va se passer. Mais je crois véritablement que ce type d'événement concourt à l'œuvre de Dieu. Et à ces occasions, Dieu parle à des gens, de manière parfois très inattendue.  

 

Notre relation avec le Christ et avec nos frères : les priorités ! 

 

RCF : Alors, il y a des événements comme ceux là : une rentrée diocésaine, une visite de pape. Et puis, il y a l'ordinaire de nos vies familiales, spirituelles, personnelles, communautaires, associatives, etc. Je reviens sur ce que vous nous disiez au début : quel serait votre conseil de pasteur pour nous aider à discerner nos engagements, nos choix. Comment passer une année en relation avec le Christ et pas toujours la tête dans le guidon ? 

Mgr Yves Le Saux : Effectivement, ce sujet de l'union personnelle au Christ est très important, pour moi. Quel moyen on se donne, à la fois personnellement et ensemble, pour permettre que notre amitié avec le Christ s'approfondisse, grandisse ? C'est une priorité absolue. La seconde chose, c'est la vie fraternelle, la charité entre nous. Comment je parle, est-ce que j'ai des préjugés, est-ce que j'ai une attention envers l'autre, est-ce que je les connais ? Est-ce que je sais que tel voisin a une personne malade à la maison ?  J'aime à dire que la pastorale de l'apéritif à la fin de la messe, c'est pas mal, mais nettement insuffisant ! L'autre enjeu, pour moi, c'est comment on participe à l'éducation, à la structuration des personnes. J'en prends la mesure chez les catéchumènes, chez les enfants, chez les parents : on ne sait plus trop qui on est. Beaucoup de gens retrouvent une vie chrétienne ou une vie spirituelle, mais si elle se fonde sur une humanité déstructurée, c'est extrêmement compliqué. Et tout cela, c'est concret ! Qu'est-ce que ces priorités impliquent dans nos emplois du temps et dans notre manière de vivre ? Je pense que si la vie chrétienne ne modifie pas notre emploi du temps, il y a un problème ! Alors, ce sont des choix. Tant pis si l'on ne fait pas tout, si l'on abandonne des trucs ! Je me permet de le dire aux prêtres autant qu'à moi-même.

 

L'identité chrétienne ne se défend pas : elle se vit. Et alors elle peut avoir une influence sur l'humanité tout entière 

 

RCF : Pour finir, une carte blanche. Est-ce que vous avez envie de nous partager une parole, un thème, quelque chose qui vous touche ? 

Mgr Yves Le Saux : C'était le texte à messe du jour, alors ça m'a peut-être marqué : "On ne met pas de vin nouveau dans les vieilles outres" (Lc 5, 33-39). Dans l'Évangile, souvenez-vous de Cana, c'est le nouveau vin qui est meilleur que l'ancien. Nous voulons tout sécuriser. Mais sommes-nous disposés à changer les outres ? A nous laisser déplacer dans nos manières de vivre, sachant que nous sommes aimés inconditionnellement ? La vérité ne se défend pas : elle se vit. Elle se défend par elle-même. La vie chrétienne, l'identité chrétienne ne se défend pas : elle se vit. Vivons-la librement, avec exigence. Et alors on peut imaginer que cela aura une influence sur l'humanité tout entière. Et, comme le disait Saint-Paul : ne nous lassons pas de faire le bien (Galates 6:9). 

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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