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Mgr Kalist : "Le développement des soins palliatifs est une voie préférable"

Mgr Kalist : "Le développement des soins palliatifs est une voie préférable"

Un article rédigé par Stéphane Marcelot - RCF Puy de Dôme, le 20 janvier 2026 - Modifié le 20 janvier 2026
L'invité actu AuvergneLoi fin de vie au Sénat : Mgr Kalist nous répond

Entretien avec l'archevêque de Clermont, au moment où la loi sur la fin de vie arrive ce mardi 20 janvier dans l'hémicycle du Sénat, six mois après son adoption par l'Assemblée nationale.

Mgr Kalist dans le studio de RCF Puy-de-Dôme, le 19 janvier 2026 © RCF Mgr Kalist dans le studio de RCF Puy-de-Dôme, le 19 janvier 2026 © RCF

Nous avions assisté à des débats plutôt sereins, apaisés à l'Assemblée Nationale l'an dernier. Vous demandez le même engagement, la même cohérence aux représentants de la Haute Assemblée ? 

Oui, on ne peut pas passer son temps à fluctuer d'une opinion à l'autre. Je crois que ce sont des sujets qui appellent une position ferme. Et c'est ce que les évêques ont essayé d'exprimer pour ceux qui les regardent, c'est-à-dire au nom de l'Évangile, la défense de la vie. Et là-dessus, je pense que la ligne qu'ils ont essayé de tenir depuis longtemps, depuis toutes ces dernières années en tout cas, où ces questions de fin de vie étaient en débat, c'est que la vie doit être respectée. Or aujourd'hui, c'est la question de la fin de vie qui est remise en cause.  C'est une question qui me semble avoir une incidence directe sur la vie de chacun, même si peut-être il y a des échéances inconnues…

… Revenons justement sur ce contexte politique incertain, instable en ce moment. Ça change beaucoup de choses dans la tenue de ce débat, regrettez-vous que ce texte arrive à ce moment-là ?

Ce n’est pas le meilleur moment, mais je ne crois pas que le contexte général, politique, économique, international, finalement, influe beaucoup sur ces questions. Quel est le moment opportun ? Je pense qu'il faut traiter la question quand elle arrive, c'est tout. 

Il y a quand même un contexte qui est plus favorable pour un débat public, vous en conviendrez…

Oui, il y a un contexte, en général, qui n'est pas favorable au débat, que ce soit sur les questions de fin de vie, mais sur toutes les autres questions. C'est-à-dire que nous sommes dans un contexte de vie sociale où chacun campe sur ses positions, où le débat devient quand même très difficile. Non pas parce que les arguments appellent une réflexion complexe, mais parce qu'on a de plus en plus de mal à s'entendre dans une société comme la nôtre, où chacun, finalement, affirme un peu sa propre vérité.

Vos concitoyens, les paroissiens, ici dans le Puy-de-Dôme, ces derniers temps, ils vous ont interpellés sur le sujet ? 

Relativement peu, il faut dire. La question se pose lorsqu’une famille est directement concernée par l'accompagnement d'un proche en fin de vie, par la maladie grave, quand la question a une résonance existentielle. C'est là qu'on entre en réflexion et qu'on peut espérer entrer en débat. 

La balle est donc dans le camp des sénateurs. Vous les avez rencontrés, vous, personnellement, ceux du Puy-de-Dôme ? 

J'ai eu l'occasion d'avoir une conversation avec l'un d'entre eux. Je n'ai pas fait de visite systématique. Nous avons plutôt l'habitude de procéder par écrit, un peu à distance. Sur ces questions-là, je n'ai pas directement eu de grands débats avec les élus. 

Humainement, tout ne peut pas se résoudre dans un seul acte létal

Avant d'arriver dans l'hémicycle ce mardi, le texte est passé sur le grill de la commission des affaires sociales du Sénat au début du mois, qui l’a légèrement modifié. Par exemple, seuls les patients qui ont un pronostic vital engagé à court terme pourraient demander l'aide à mourir. L'Assemblée nationale avait adopté, elle, un texte qui ouvrait ce doigt à des patients atteints d'une maladie incurable en phase terminale ou avancée. Pour le dire plus directement, le Sénat semble plus réticent sur cette loi. Vous vous dites que la Chambre peut sortir une version qui pourrait, au final, vous convenir ? 

Nous convenir absolument, je l'ignore. Je crois en tout cas que l'état de la réflexion à laquelle nous étions parvenus au moment de la loi Claeys-Leonetti, il y a une dizaine d'années, arrivait à peu près au consensus. Et beaucoup disent finalement pourquoi vouloir toujours aller au-delà. Bien sûr, cette réflexion et cette position s'assortit d'un grand respect pour les personnes souffrantes, pour les soignants, pour les familles qui accompagnent. Il ne s'agit pas de statuer d'une manière arbitraire et sans tenir compte des réalités de la vie des gens. Mais il s'agit de rappeler un certain nombre de principes fondamentaux. C'est-à-dire que si maintenant on associe aux soins la possibilité d'administrer un élément à conséquence létale pour la personne qui le reçoit, c'est quand même un pas vers ce qu'on appelle l'euthanasie. Alors on pourra dire que la personne a pu demander, donner des directives... C'est tout à fait respectable. Encore qu'au moment où le souhait est émis, où les directives sont données, et au moment où l'acte lui-même avec ses conséquences létales est posé, il peut y avoir toute une évolution dans la position et le mental de la personne ou de ses proches. J'ajouterais que dans la perspective d'un droit absolument égalitaire, qu'en est-il des personnes qui ne sont pas en état de prendre elles-mêmes une décision ou d'émettre des souhaits, des recommandations ?

Mais que répondez-vous à celles et ceux et à leurs familles pour qui cette évolution législative est importante, ceux atteints d'une maladie incurable comme la maladie de Charcot, qui peuvent vivre une agonie insupportable et qui demandent finalement un dernier espace de liberté, le choix de la fin de vie ? 

Ce que nous préconisons tout en refusant l'euthanasie, c'est le développement des soins palliatifs, le développement d'un accompagnement qui permet aux personnes de vivre dans les moins mauvaises conditions possibles ce temps de grande souffrance, de grande épreuve. La question n'est pas de se complaire dans la souffrance ou de lui trouver une valeur rédemptrice. La question est de dire qu'humainement, tout ne peut pas se résoudre dans un seul acte létal. Nous pouvons avoir confiance dans un progrès du soin, nous pouvons aussi avoir une préférence pour l'accompagnement palliatif, qui demande beaucoup plus d'efforts sans doute, qui est à beaucoup plus long terme, et qui demande aussi des investissements d'une autre importance, que notre société n'est peut-être pas prête à consentir. Mais il nous semble que cette voie est somme toute préférable, parce qu'elle est respectueuse de la dignité de toute personne et de toute vie humaine. 

 

 

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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