Mgr F. Touvet sur loi fin de vie au Sénat : "nous devons rester mobilisés"
Après les députés, les sénateurs se sont penchés à leur tour sur le projet de loi fin de vie. A l'issue des débats, qui ont été plutôt mouvementés, la proposition de loi créant un dispositif d'aide à mourir a été rejetée par 181 voix contre 122. Faut-il être rassuré pour autant ? Quelles perspectives à venir ? On en parle avec Mgr François Touvet, évêque de Fréjus-Toulon.
Mgr François Touvet dans le studio RCF Méditerranée à Toulon pour En toute Bonne FoiLes sénateurs ont rejeté, mercredi 28 janvier 2026, la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir. Le texte sur les soins palliatifs est adopté. Faut-il pour autant être rassuré ?
Non. Répond Monseigneur François Touvet, évêque de Fréjus-Toulon "je reste très très préoccupé et nous devons rester mobilisés parce que cette loi qui a été refusée par le vote des sénateurs, c'était un texte qui avait été largement modifié et vidé de sa substance. Et donc on est là devant des contradictions".
Au Sénat, le texte avait en effet était remanié pour être proposé au vote, vidé de sa substance et notamment de la possibilité d'ouvrir ce qu'on appelle l'aide à mourir.
C'est don ce texte modifié qui a été rejeté par les sénateurs.
Les députés vont donc reprendre leur propre texte, le texte de l'Assemblée nationale qui avait été adopté en première lecture. Le texte sera étudié à partir du 16 février 2026.
"Qu'est-ce que c'est que cette fraternité qu'on nous propose qui consisterait à donner la mort au prochain parce qu'il est trop âgé ou trop malade ?"
Comme ses frères évêques de France, mais aussi comme le pape Léon XIV, Mgr Touvet s'inquiète de la volonté d'aller vite sur ce texte: "Il faut des semaines, des mois pour enfin espérer avoir un budget et que la France fonctionne. C'est-à-dire pour la vie courante de tous les jours des Français, on n'est même pas capable de s'entendre.
Et là, on serait capable de s'entendre en quelques semaines parce qu'apparemment, il faudrait aller très très vite pour légaliser la mort donnée à autrui. C'est incompréhensible. Pour moi, il y a des incohérences très graves."
L'évêque de Fréjus-Toulon rappelle également à quel point le sujet divise les Français et pas seulement les catholiques.
"Les soignants sont en très grand nombre opposés à cette légalisation de l'euthanasie n'ayons pas peur des mots. Il y a quand même un jeu sur les mots. L'aide à mourir, franchement".
Et d'ajouter "Ce que tout le monde souhaite, et d'ailleurs les sénateurs l'ont voté à très grande majorité, c'est l'accompagnement de tous dans les derniers moments de la vie."
"La fraternité c'est de permettre à tout le monde d'être accompagné dignement jusqu'à son dernier souffle"
Pour Mgr François Touvet les idées de mort arrivent si l'on n'est pas accompagné, si l'on n'est pas entouré, si l'on est très seul, très isolé.
"La fraternité, elle est là. C'est de permettre à tout le monde d'être accompagné dignement jusqu'à son dernier souffle. Mais ce n'est pas de recevoir une injection létale. Il faut que nous soyons raisonnables. Ce serait un changement tout à fait dramatique dans notre civilisation, dans notre compréhension de la personne humaine, de la vie humaine, et donc de la vie en société, cette fraternité."
Et il revient sur ce consensus autour des soins palliatifs. "cette possibilité doit être offerte à tous. Alors oui, c'est onéreux, ça demande beaucoup de monde. Mais enfin, ça serait la grandeur de notre société que de légiférer là-dessus, de mettre cela en place et que tout le monde puisse y avoir accès. Et que personne ne soit là à l'hôpital en disant « j'ai envie de mourir ». Non. Quelqu'un qui dit « aidez-moi à mourir, je veux mourir », c'est parce qu'il n'en peut plus, parce que la détresse, la souffrance est telle."
Pour lui nous avons les moyens, " l'expérience le montre dans toutes les unités de soins palliatifs, ce travail remarquable qui est fait pour éviter l'acharnement, mais pour apaiser la souffrance et ne pas abandonner. Ne pas abandonner, c'est ça. La loi actuelle permet cela, c'est cela qu'il faut mettre en œuvre".
La mobilisation
Comment rester mobilisés ?
"Chacun est libre bien sûr de faire ce qu'il convient mais beaucoup ont déjà interpellé les sénateurs ces derniers jours. D'ailleurs les évêques de France avaient invité à le faire et je pense qu'il faut le faire maintenant auprès des députés." dit l'évêque de Fréjus-Toulon et d'ajouter : "Moi-même je l'ai fait, moi-même je l'ai fait à l'automne et les députés du Var m'ont répondu, je sais comment ils se comportent et comment ils se comporteront, en tout cas je compte sur eux".


Chaque semaine, Mgr François Touvet, évêque du Diocèse de Fréjus-Toulon aborde au micro d'Audrey Souriau une thématique d'actualité, des questions pastorales ou ecclésiales, et s'interroge sur les missions de l'Eglise.
