Mgr Cador : « Les catéchumènes doivent être intégrés dès le début de leur démarche »
Dans le diocèse de Coutances, 90 adultes et adolescents seront baptisés à Pâques en 2026, presque deux fois plus que l’année dernière. Mgr Cador, l’évêque de Coutances et Avranches, revient sur le parcours de ces catéchumènes et ce qu’ils apportent aux communautés chrétiennes.
90 adultes et adolescents seront baptisés à Pâques 2026 dans le diocèse de Coutances ©Diocèse de CoutancesRCF : Ils seront 90 adultes et adolescents baptisés à Pâques cette année dans le diocèse de Coutances. L'année dernière, ils étaient 55. La progression du nombre de catéchumènes se retrouve dans la Manche comme dans tous les diocèses français. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Mgr Cador : Je voudrais aussi associer les très nombreux adultes qui demandent la confirmation. Ils sont aussi de plus en plus nombreux. C’est un signe tout à fait intéressant, d'autant plus que, ce sont des gens qui sont venus sans qu'on aille les chercher, ils ne sont pas le fruit de stratégies missionnaires. Ce sont des gens qui à travers leur histoire, à travers des rencontres, à travers des épreuves qu'ils ont vécues, sentent qu’il y a quelque chose de plus grand dans leur vie que ce qu'on leur a proposé jusqu'à présent. C'est d'autant plus édifiant que notre communauté n'est pas très alléchante. Elle est vieillissante, fatiguée, entachée par un certain nombre de scandales... Et les gens, à travers notre pauvre Église, veulent rencontrer le Christ. Comme je le dis souvent, un personnage qui intervient beaucoup dans le cursus de ces catéchumènes, c’est la grand-mère ! Et cette année, j'avais aussi pas mal de grands-pères ! Près de 75 % des courriers évoquent le souvenir de la grand-mère ou du grand-père.
RCF : Justement, selon une étude réalisée par la Conférence des évêques de France sur les catéchumènes, près d'un catéchumène sur cinq a été touché par le témoignage de vie chrétienne d’une personne de son entourage. À côté de ça, cette étude montre que l'influence des réseaux sociaux est plus modeste. Seulement 11 % des personnes sondées affirment avoir demandé le baptême après avoir suivi des influenceurs. Le lien humain, le témoignage direct reste primordial ?
Mgr Cador : Moi-même, j'ai été surpris quand j'ai vu ces chiffres. Dans leur lettre, il y en a quelques-uns qui évoquent les réseaux sociaux et les influenceurs, mais c'est vraiment minoritaire. Souvent, ils ont été touchés, soit par une rencontre, soit par un événement, un événement douloureux, la mort qui a frappé autour d'eux, une maladie. J'ai même entendu des gens dire « Sans cette maladie, je n'aurais pas eu cette joie de pouvoir rencontrer le Christ ». Certains ont commencé une quête sur les réseaux sociaux, ils y ont trouvé des choses, puis à un moment, ils se sont dit « Il y a un peu de tout là-dedans, il faudrait quand même avoir un contact plus humain. » Et c'est là qu'ils viennent frapper à la porte de nos communautés. Et souvent, les gens qui les accompagnent se sentent démunis, ils n’ont pas réponse à tout comme certains influenceurs. Eh bien, justement, je pense que cette qualité d'accompagnement humble qui reconnaît que nous aussi nous sommes en chemin et que nous avons besoin de nous écouter mutuellement pour pouvoir entendre Dieu nous parler, ça touche les catéchumènes. Parce qu'il y a quelque chose de concret, ce n’est pas du virtuel, ce n’est pas du transhumain. On a une très grande action de grâce à faire, et un travail de disponibilité et d'écoute.
Ils n'ont pas le vocabulaire chrétien, mais ils sont saisis par le Christ
RCF : Vous parlez d’écoute. Sur quels points les catéchumènes interpellent l'Église ?
Mgr Cador : Leurs courriers expriment d'abord les raisons qui les ont mis en marche avant de poser des questions et de refaire le monde. En revanche, quand j'ai l'occasion de les rencontrer, que ce soit le jour de l'appel décisif ou récemment lors d'une visite pastorale à Avranches, j’ai trouvé extrêmement intéressante la façon dont ils posaient leurs questions. Ils n'ont pas le vocabulaire chrétien, mais ils sont saisis par le Christ. Ils nous font découvrir l'Évangile pour ce qu'il est, c'est-à-dire une vraie bonne nouvelle. La question n’est pas « On a toujours fait comme ça. On ne sait plus comment faire », mais « Que devons-nous faire ? Comment faire pour répondre à l'Évangile ? » Non pas pour assurer et assumer ce qu'on a fait autrefois puisqu'ils ne l'ont jamais fait, mais sur les questions de pauvreté, de maladie, de la mort, qu'est-ce que l'Évangile nous dit ? C'est très intéressant pour nous parce que ça nous réveille, ça nous remet face à notre première responsabilité.
RCF : Après leur baptême, la question est toujours de savoir comment les accompagner au mieux ensuite pour qu’ils persévèrent. Sur quels points êtes-vous attentif pour la suite ?
Mgr Cador : Moi, j'insiste beaucoup auprès des équipes de catéchuménat et d'accompagnement pour que les personnes soient intégrées à la communauté chrétienne dès qu’elles commencent la démarche de catéchuménat. Elles sont venues frapper à la porte. Donc il faut les intégrer à la communauté, ne pas attendre qu'elles soient lisses, impeccables, propres, avoir bien répondu aux questions, puis qu'on les ait baptisées pour se dire « Maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? » Non, il faut les intégrer dès qu'elles sont en marche. Si on attend le baptême, elles vont vivre un temps de cocon catéchuménal assez fort et se retrouver d’un coup dans la vie courante sans savoir où elles en sont. Alors que si on les accompagne et on les forme, en les intégrant dans la vie toute simple de la communauté à travers des rencontres, à travers une petite responsabilité qu'on leur donne en fonction de leurs compétences, elles apprennent à faire partie d'un corps.
À travers une petite responsabilité qu'on leur donne, les catéchumènes apprennent à faire partie d'un corps
Ce qui les intéresse, elles, c'est comment l'Évangile va les aider à vivre pleinement leur vie d'enfant de Dieu, et pas seulement dans la communauté, mais aussi au quotidien. Comment cette communauté qu'elles ont rencontrée va les nourrir pour les aider à vivre leur vie quotidienne ? La façon dont elles nous posent des questions, nous permet de prendre conscience que l'Église n'existe pas pour elle-même. L'Église existe pour annoncer les merveilles de Dieu au cœur de notre monde. La question que je pose à nos communautés chrétiennes et aux vieux chrétiens, aux vieux briscards que nous sommes, c'est : aurons-nous le courage de nous laisser questionner par ces catéchumènes ou bien allons-nous être tentés de les formater à notre image au lieu de les former ? Va-t-on prendre le temps de les écouter et de réfléchir avec eux sur comment leur présence peut être une chance pour nos communautés ? Allons-nous avoir la simplicité de nous asseoir ensemble autour de la table afin de découvrir ce que Dieu attend de nous pour que son règne vienne ici et maintenant, avec ces personnes qu'il nous envoie pour nous aider à être pleinement chrétien ? Nos communautés commencent à bien comprendre ça et ça leur permet d'assumer leurs responsabilités.


Chaque semaine, l'un des évêques de Normandie se penche sur l'actualité de l'Eglise, de la France et du monde. Une interview réalisée par les journalistes de la rédaction normande et suivie d'une question posée par les auditeurs.
Chaque vendredi à 13h30 et 18h15


