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Mercosur, Trump, souveraineté : quand l’Europe doute d’elle-même

Mercosur, Trump, souveraineté : quand l’Europe doute d’elle-même

Un article rédigé par THOMAS CAUCHEBRAIS - RCF Anjou, le 13 janvier 2026 - Modifié le 13 janvier 2026
Le face à face politiqueMercosur, Trump, souveraineté : l’Europe à l’épreuve du réel

Libre-échange et colère agricole d’un côté, tensions internationales et rapport de force américain de l’autre : le Face-à-Face Politique de RCF a réuni Catherine Deroche, ancienne sénatrice LR, et Arash Saeidi, eurodéputé LFI. Un échange dense qui met en lumière une même inquiétude : l’Europe a-t-elle encore une boussole politique ?

© RCF Anjou© RCF Anjou

Accord UE–Mercosur : un jeu de dupes pour les agriculteurs ?

Premier thème du débat : l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, vivement contesté par le monde agricole. Barrages filtrants, mobilisations locales, colère persistante : la contestation ne faiblit pas.

Pour Catherine Deroche, le malaise agricole dépasse le seul Mercosur, mais cet accord en est devenu un symbole.

« Certaines filières vont être gagnantes, d’autres très pénalisées. L’élevage, notamment, est clairement menacé. »

L’ancienne sénatrice estime qu’Emmanuel Macron n’a jamais réellement combattu cet accord, qu’il jugeait initialement favorable, avant de prendre ses distances sous la pression politique.

« Aujourd’hui, on donne l’impression de temporiser, mais à mon sens, c’est plié : l’accord finira par passer. »

Arash Saeidi, eurodéputé LFI, dénonce de son côté un « jeu de dupes » de l’exécutif. Selon lui, les fameuses clauses de sauvegarde mises en avant par l’Élysée sont inopérantes.

« Ce sont des mesures internes à l’Union européenne qui n’ont aucune valeur juridique pour les pays du Mercosur. Même nos interlocuteurs brésiliens nous l’ont dit. »

Le député européen met en garde contre une logique de spécialisation excessive des productions qui affaiblirait la souveraineté alimentaire européenne.

« À force d’accords de libre-échange, on fragilise notre capacité à nourrir nos populations en cas de crise. »

Sur ce point, les deux invités se rejoignent largement : l’Europe a perdu sa vision stratégique.

« Le marché est devenu une fin en soi », regrette Catherine Deroche.
« L’Union européenne a été pensée pour la paix et la souveraineté, pas pour la concurrence permanente », ajoute Arash Saeidi.

Face aux États-Unis, une Europe trop timide ?

Le second volet du débat portait sur la scène internationale, marquée par le retour de Donald Trump et ses prises de position sur le Venezuela, l’Iran, Cuba ou encore le Groenland.

Interrogé sur la situation iranienne, Arash Saeidi, d’origine iranienne, estime que les sanctions et les pressions extérieures renforcent les régimes autoritaires au lieu de les affaiblir.

« Les embargos font souffrir les peuples, pas les dirigeants. »

Il rappelle également que le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, décidé par Donald Trump lors de son premier mandat, a contribué à durcir le régime.

« Quand l’accord existait, on sentait un frémissement. Après son abandon, la répression est repartie de plus belle. »

Catherine Deroche partage en partie ce constat et pointe l’absence de vision humaniste dans la politique étrangère américaine actuelle.

« Aujourd’hui, il n’est même plus question de démocratie ou de droits de l’homme. Tout semble dicté par des intérêts économiques. »

Toutes deux s’accordent aussi sur la faiblesse de la réponse européenne.

« L’Europe dénonce, mais reste extrêmement timide », estime l’ancienne sénatrice.
« On se fait marcher dessus », tranche plus durement Arash Saeidi, qui regrette que l’Union n’utilise pas le poids de son marché pour imposer ses normes et défendre ses intérêts.

Une Europe à refonder ?

Au fil des échanges, une même interrogation traverse le débat : l’Union européenne peut-elle encore retrouver son ambition politique ?
Pour Catherine Deroche, la priorité est de rééquilibrer le rapport entre technocratie bruxelloise et volonté politique.

« On a besoin d’une reprise en main du politique. L’Europe ne peut pas être dirigée uniquement par la Commission. »

Arash Saeidi appelle, lui, à rompre avec la primauté donnée au marché.

« Tant qu’on raisonnera uniquement en termes de concurrence et d’échanges commerciaux, on sacrifiera l’agriculture, l’industrie, les services publics. »

Un constat partagé : l’Europe à la croisée des chemins

Sur des sensibilités politiques opposées, Catherine Deroche et Arash Saeidi convergent pourtant sur un point essentiel : l’Union européenne traverse une crise de sens.

Entre libre-échange et souveraineté, entre alignement atlantiste et autonomie stratégique, les choix à venir pèseront lourdement sur l’avenir économique, agricole et diplomatique du continent.

Un débat qui révèle moins un affrontement gauche-droite qu’une question centrale : l’Europe veut-elle redevenir une puissance politique, ou rester un simple espace de marché ?

© RCF Anjou
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Le face à face politique
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