"Mémoire vive" : l'abbaye d'Orval célèbre son jubilé par l'art contemporain
À l'occasion du centenaire du retour des moines trappistes en 1926, l'abbaye d'Orval accueille jusqu'au 8 novembre 2026 une exposition collective intitulée "Mémoire vive". Sculpture, peinture, photographie, art textile : des artistes d'aujourd'hui investissent l'abbaye pour faire dialoguer foi, création et spiritualité.
©ArtesioC'est dans une vallée en ruine que les moines trappistes sont arrivés en 1926. Ils venaient du monastère de Séfon, en France, après une tentative de fondation au Brésil qui n'avait pas abouti. C'est ce groupe qui a lancé la reconstruction d'Orval, célébrant d'abord leurs offices dans un crypte (les caves du XVIIIe siècle), seul espace disponible. Cent ans plus tard, c'est précisément dans une autre partie de ces mêmes caves que prend place l'exposition "Mémoire vive", comme un écho sobre et éloquent à cette histoire.
"Mémoire vive, le titre en lui-même explique déjà que non seulement nous célébrons la mémoire, mais elle est toujours vive", explique Philippe Marchal, commissaire de l'exposition, invité par frère Xavier il y a plus d'un an et demi à concevoir ce projet pour l'année jubilaire. Le parc de l'abbaye abrite déjà des œuvres d'artistes modernes du début du siècle dernier. L'exposition vient prolonger ce geste en y ajoutant la voix des créateurs d'aujourd'hui.
Art et vie monastique : un rapport au temps partagé
Ce qui réunit artistes et moines, selon frère Xavier, c'est d'abord une même manière d'habiter le temps. "Pour faire une œuvre artistique, il faut du temps. Beaucoup de temps, que ce soit le temps de la réflexion ou celui de l'exécution. Et le rapport au temps est très différent dans une abbaye que dans le reste du monde." Le moine y voit un point de contact profond avec la pratique artistique, où le geste créateur naît d'une longue maturation intérieure.
Cette parenté n'est pas abstraite. Philippe Marchal confie que de nombreux artistes avec lesquels il est en contact viennent régulièrement à Orval, non pas dans le cadre d'un cycle œcuménique, mais simplement pour "prendre la paix du temps." Une paix que l'on retrouve, dit-il, dans l'ensemble des œuvres présentées.
Une création originale face aux ruines
Pour marquer l'année jubilaire d'une empreinte particulière, Philippe Marchal a invité l'artiste français Emmanuel Bayon à créer une œuvre sur place, une semaine avant le vernissage. Le résultat : une croix en bois très contemporaine, entièrement façonnée à partir de bois de récupération, souvent du bois de palette récupéré devant des commerces, désossé et réassemblé pour lui donner une forme singulière. La couleur, elle, est invariable dans le travail de Bayon : un rouge vif caractéristique, le RAL 3002.
"J'ai voulu inviter Emmanuel à construire face justement à ces ruines du XIIe et XVIIIe siècle, et montrer qu'il y a une certaine intemporalité au niveau créatif", explique le commissaire. La confrontation entre les pierres anciennes et cette croix résolument contemporaine dit quelque chose d'essentiel sur l'ambition de l'exposition : non pas muséifier la foi, mais montrer qu'elle continue de nourrir la création.
Une diversité de supports et de regards
L'exposition réunit une grande diversité de formes artistiques : sculpture sous différents matériaux, peinture, photographie, art textile, installation. Un choix délibéré de Philippe Marchal, qui a souhaité montrer l'étendue des manières dont la spiritualité peut irriguer une pratique artistique contemporaine. "J'ai voulu vraiment montrer que des artistes avec la spiritualité au quotidien s'inspirent toujours dans des lieux comme celui-ci."
Parmi les œuvres présentées, certaines abordent les gestes de foi avec une légèreté assumée. "Un peu humoristique, toujours respectueuse", précise le commissaire, pour montrer que la spiritualité n'est pas une affaire solennelle et distante, mais bien une réalité du quotidien. D'autres œuvres sont plus directement ancrées dans les textes fondateurs, comme une pièce intitulée "Entre terre et ciel", directement inspirée du récit du songe de Jacob dans la Genèse.
"Mémoire vive" est à découvrir à l'abbaye d'Orval jusqu'au 8 novembre 2026.


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