Malaise dans la génération Z, les jeunes à la recherche d'un absolu
Dépression, anxiété, solitude, perte de repères... Jamais une génération n'a autant souffert de santé mentale. Née avec les smartphones, façonnée par les réseaux sociaux, marquée par les attentats, les confinements et les incertitudes géopolitiques, la génération Z semble traverser une crise. Comment expliquer ce mal-être générationnel ? Analyse de Pierre Valentin, essayiste et auteur de Malaise dans la génération Z.
Pierre Valentin ©DRUn quart des 15-29 ans souffrirait aujourd'hui de dépression selon plusieurs études. Mais derrière les chiffres, que relève réellement ce malaise ? La numérisation des relations, l'isolement hérité du Covid, la difficulté à se projeter dans l'avenir, l'effacement du collectif ou encore la quête de sens : autant de pistes pour comprendre les fragilités d'une jeunesse souvent décrite comme anxieuse, désengagée ou désenchantée. Pourtant, cette génération porte aussi en elle des aspirations nouvelles, notamment un retour inattendu vers la spiritualité et la recherche de racines.
Pierre Valentin, âgé de 25 ans, fait le diagnostic des souffrances d’une génération qui est la sienne. Faisant le constat d’une crise de la santé mentale chez les jeunes, son ouvrage Malaise dans la génération Z décrypte les différents facteurs de cette crise du sens à laquelle fait face une majorité de la jeunesse. Malgré tout, ce sentiment de perte de repères, de désengagement et de solitude est transformé par une partie des jeunes en une profonde quête de spiritualité.
Une crise de la santé mentale chez les jeunes : quels en sont les facteurs ?
Les instituts Montaigne et Terram estiment qu’un quart des 15-29 ans de notre pays souffre de dépression. Pierre Valentin est parvenu à identifier certains facteurs susceptibles d’avoir causé une telle détresse psychologique au sein de sa génération.
L’avènement des réseaux sociaux apparaît, selon lui, comme l’un des facteurs ayant favorisé le déclin de la santé mentale des jeunes. Pierre Valentin suppose que les réseaux sociaux peuvent, dans certains cas, entraver la socialisation des jeunes entre eux. Pour lui, se suffire de relations virtuelles « comme pansement contre la solitude » peut assurément entraver la santé mentale.
Cet aspect de la vie sociale des jeunes, considéré comme relativement solitaire, a été accentué par la crise du Covid-19. Le comportement autarcique des jeunes, alors devenu « comportement vertueux » d’après l’expression de Pierre Valentin, s’est vu justifié. Le Youth Risk Behavior Survey a d’ailleurs mesuré que, dans les lycées américains au temps du Covid, 10 % des élèves envisageaient le suicide comme solution à leur malheur. Le contexte géopolitique actuel, ou encore la progression du domaine de l’IA, rend aussi leur avenir « illisible », souligne-t-il. Les jeunes ne sont plus capables de se projeter dans un avenir stable et rassurant. Mais cette situation ne les pousse pas pour autant à s’engager massivement dans des causes collectives. Les jeunes, de plus en plus individualiste, perdent confiance en l’avenir.
Pierre Valentin précise néanmoins qu’il s’agit de « la responsabilité collective des générations précédentes que de constater l’état et l’ampleur du mal-être de la mienne ». En s’efforçant de remonter aux causes les plus profondes de ce mal-être, l’auteur considère nécessaire d’analyser l’héritage générationnel de ces jeunes en souffrance.
La spiritualité comme porte de sortie
Pierre Valentin remarque une fascination naissante des jeunes envers ceux qui s’engagent véritablement. Alors devenue source d’inspiration, la figure du prêtre est évoquée par l’auteur comme celle de quelqu’un qui s’engage « pour toute la vie » et de manière irréversible.
Il souligne en effet l’un des paradoxes de cette génération Z, « qui combine à la fois une sorte de matérialisme, et une quête de spiritualité plus prononcée que les générations précédentes ». En effet, les sondages effectués par Jérôme Fourquet précisent que les 18-24 ans ont une opinion « moins péjorative » de l’Église catholique que les générations précédentes. Débarrassée d’une partie de ses préjugés, l’Église deviendrait pour les jeunes une sorte d’objet de curiosité. Pierre Valentin explique cette tendance nouvelle par la possibilité de réenracinement qu’elle représente. On observe en effet une nette augmentation du nombre de catéchumènes parmi les jeunes, qui demandent le baptême par eux-mêmes.
Ces aspirations spirituelles de la jeunesse sont soutenues par les mots du pape Léon XIV : « Face au vide de l'indifférence et du conformisme, face à la violence et à de la guerre et du mensonge, soyez vous-même l'étincelle d'une humanité nouvelle. Vous pouvez changer l’histoire. », a-t-il prononcé devant la jeunesse madrilène ce week-end. Cette prise de parole est, selon Pierre Valentin, particulièrement significative : la génération Z, qui a le sentiment de ne pas avoir son destin individuel entre les mains, est exhortée par le pape à reprendre le contrôle de son avenir, à s’affirmer et à s’engager.


Chaque jour, Louis Daufresne apporte convivialité et regard positif, dans un esprit critique, sur l'actualité au sens large, en compagnie d'une personnalité reconnue et issue du monde intellectuel, religieux, etc.




