Lundi Mairie : à Grenoble, Laurence Ruffin trace sa voie entre héritage et renouveau
Parmi les candidats à la mairie de Grenoble, Laurence Ruffin, tête de liste de “Oui Grenoble”, groupement d’union de la gauche écologiste et citoyenne, qui regroupe les écologistes, Génération.s, le parti animaliste, le Parti communiste français, les insoumis unitaires, le Parti socialiste ainsi que des collectifs citoyens. Nous l’avons rencontrée.
Laurence Ruffin Ce qu'il faut retenir :
- Temps de lecture : 10 minutes
- Laurence Ruffin est annoncée en tête du premier tour avec 34% des voix.
- "Nous, ce qu'on porte, c'est d'ouvrir une nouvelle page pour Grenoble"
- Sa priorité ? La santé pour tous.
RCF Isère : Vous êtes en tête du sondage Ipsos pour le Dauphiné libéré avec 34% des voix pour le moment. Mais dans ce même sondage, la majorité des grenoblois est mécontente du mandat précédent.Comment vous le voyez-vous, cet héritage que vous laisse votre allié politique, Éric Piolle ?
Nous, ce qu'on porte, c'est d'ouvrir une nouvelle page pour Grenoble. A la fois, on s'inscrit sur une trajectoire longue de Grenoble : on a bénéficié de démocratie avec Dubedout, puis d'une première ville écologiste en 2014 avec Éric Piolle. Aujourd'hui, l'idée, c'est d'avoir un projet qui soit nouveau pour Grenoble, qui s'articule autour d'un collectif que vous venez de citer, qui est à la fois des partis d'union de la Gauche, neuf partis politiques qui se sont alliés, mais aussi pour moitié des citoyens qui s'engagent d'autres manières dans la ville de Grenoble, dans la vie associative, dans la vie économique, qui sont autant des soignants que des AESH, des ingénieurs, des employés…
RCF Isère : Vous avez fait 33 propositions pour 2033, si vous deviez en choisir qu'une, ce serait laquelle ?
Je pourrais vous parler d'un centre de santé non lucratif par secteur. Alors, pourquoi celle-ci ? Parce que je pense que la santé, c'est une bonne manière de parler de notre projet pour Grenoble. D'abord, parce que ça parle aux gens, les grenobloises et grenoblois nous parlent souvent de la santé, ça fait partie des trois premières préoccupations dans leur vie.
C'est à la fois une question d'avoir un accès aux soins. Aujourd'hui, on sait qu'il est difficile de trouver des médecins traitants et ça va être de plus en plus difficile, donc il nous semble important que la ville travaille sur ce sujet pour permettre l'accès aux soins des grenoblois. Et là, en l'occurrence, aujourd'hui, on est bien maillé, il y a déjà eu un gros investissement fait par la ville de Grenoble sur le sujet avec des centres AGECSA, avec de la santé scolaire, on est l'une des dix seules villes de France à avoir de la santé scolaire. On veut aller encore plus loin en mettant des centres de santé dans deux secteurs qui aujourd'hui ne sont pas couverts.
Porter le projet de la santé, c'est aussi symboliquement une manière de parler des différentes politiques qu'on a envie de mener à Grenoble, de l'accès aux soins jusqu'à des questions d'inégalité, de pollution de l'air et de questions écologiques.
RCF Isère : Grenoble, c'est aussi une ville où les enjeux sécuritaires et en particulier du trafic prennent beaucoup de place. Vous, quelle place occupe la sécurité et toutes ces questions-là dans vos priorités pour les municipales ?
On prend la sécurité comme une des priorités. Pour moi, il y a trois enjeux.
La première chose, c'est de rappeler que la sécurité au sens ordre public, c'est du périmètre de l'État. Donc, on doit avoir la meilleure coordination possible avec la police nationale. La police nationale, aujourd'hui, est en sous-effectif sur le territoire. Il manque, et c'est eux qui le disent, une centaine de policiers nationaux judiciaires pour améliorer la sécurité sur Grenoble. C’est aussi mettre en place une cellule de coordination opérationnelle tous les mois pour être plus efficace. On veut aussi entrer dans le réseau des villes contre le narcotrafic. Ça sera l'une de nos premières décisions quand on sera élu.
Le deuxième volet, c'est de considérer que prévention et sécurité doivent marcher de pair. Ça a été dit dans le rapport Bonnemaison, ça a été rappelé dans le rapport du Sénat en 2024… C'est de considérer que pour améliorer durablement les questions de sécurité dans une ville, il faut associer et marcher sur nos deux jambes : prévention et sécurité. C'est travailler sur la prévention contre les addictions, c'est investir sur le soin.
Le troisième pilier de la sécurité, c'est : qu'est-ce que peut faire la ville ? Là, on va toucher plus à la question de la police municipale. On souhaite renforcer la police municipale avec le recrutement de 50 policiers. Mais la particularité, c'est qu'on veut mettre en place une police municipale de quartier, comme c'est le cas aujourd'hui au village olympique et qui fonctionne bien, et de dire, on voudrait la dupliquer dans un certain nombre de quartiers de Grenoble pour une police qui soit au plus près des habitants, qui crée du lien. Parce qu'on sait que c'est ça qui amène de l'efficacité.
RCF Isère : Vous avez 33 propositions pour 2033. Or, on sait aussi que les villes manquent de plus en plus de budget. Comment on finance toutes vos propositions ?
Alors, nos projets sont relativement sobres d'un point de vue budgétaire.
Le deuxième volet, c'est de travailler sur l'efficacité. Moi, je suis issue d'un monde aussi entrepreneurial, j'ai géré une structure qui va très bien d'un point de vue économique et où aussi les gens vont très bien. Et je pense que les deux vont de pair. Donc, c'est de dire comment on fait de l'efficacité en travaillant aussi sur l'engagement, le sens de l'engagement pour les agents, mais aussi pour les habitants.
Le troisième sujet, c'est d'être imaginatif. Ça va toucher la partie coopérative. Les villes qui ont des baisses budgétaires, mais qui restent très ambitieuses d'un point de vue projets de solidarité et environnementaux, ce sont les villes italiennes. Pour moi, c'est un exemple.
RCF Isère : La ville est membre du Conseil interreligieux. Et là aussi, il y a à Grenoble des débats autour de la laïcité, une montée de l'antisémitisme et de l'islamophobie. Là encore, comment apaiser les tensions à Grenoble ?
Alors, je pense que la ville, c'est le bon niveau à la fois pour faire des choses très concrètement avec les gens, mais c'est aussi le bon niveau pour porter une vision de vie commune. C'est ça que je trouve intéressant, et ce qu'on veut porter, c'est cette idée que la ville reste un endroit du vivre ensemble, quelle que soit sa croyance, quelle que soit sa culture, et c'est ça la richesse de Grenoble, c'est qu'on a eu des migrations progressives, on a des gens qui vivent de façon différente dans notre ville. Plus on portera cette idée de tolérance et moins on acceptera le racisme, l'antisémitisme, les discriminations de tout type. Il faut avoir zéro tolérance sur le sujet et considérer qu'à chaque moment, il nous faut rappeler le vivre ensemble.
Moi, je suis très à l'aise avec la laïcité telle que définie par la loi, elle définit très clairement le fait qu'on a une liberté de croyance dans l'espace public et dans sa vie, et que la vie commune passe par ce respect d'être en harmonie et de respecter l'autre dans sa différence et dans sa croyance. En tout cas, c'est ce que j'ai envie de porter à Grenoble, parce que notre histoire aussi nous le permet.
Retrouvez l'interview complète dans notre podcast : Ici
Également candidats à Grenoble : Alain Carignon pour l'Union des Républicains, Renaissance et le Modem; Alan Brunon de la France Insoumise ; Romain Gentil est le candidat de Place publique, Equinoxe et le Parti radical de gauche; Valentin Gabriac représente le Rassemblement National; Hervé Gerbi Horizon; Thomas Simon est candidat de la liste citoyenne Grenoble Alpes Collectif; Baptiste Anglade du NPA révolutionnaire et Catherine Brun de lutte ouvrière.


Chaque jour, une personnalité de la vie locale présente un événement ou revient sur une question d'actualité.


