"L'OTAN ne prépare pas la guerre, elle la dissuade", analyse le chercheur Cyrille Bret
Réunis à Ankara pour le 36ème sommet de l'OTAN, les États membres ont affiché leur unité face aux grandes crises internationales. Des soutiens massifs à l’Ukraine, aux tensions autour de Donald Trump et la question du réarmement européen, l’Alliance atlantique cherche un nouvel équilibre.
Le 36ᵉ Sommet de l'OTAN s'est achevé à Ankara après deux journées de discussions stratégiques © Martin Dlugolinský / PixabayDepuis sa création en 1949, l’OTAN repose sur un principe central : la défense collective de ses membres. Mais face à la guerre en Ukraine et la multiplication des crises internationales, l’Alliance est aujourd’hui confrontée à de nouveaux défis, entre renforcement militaire et recherche d’un nouvel équilibre entre alliés.
Pour décrypter les décisions prises à Ankara et leurs conséquences sur la sécurité internationale, Cyrille Bret, enseignant à Science Po et chercheur associé à l’Institut Jacques Delors, était l’invité de RCF Notre Dame dans le 18/19 de l'été.
Un soutien militaire majeur à l’Ukraine
Parmi les principales annonces du sommet figure une aide militaire de 140 milliards d’euros à Kiev sur 2 ans, ainsi que l'autorisation donnée à l’Ukraine de produire elle-même des missiles Patriot américains. Une décision particulièrement importante alors que l’armée ukrainienne fait face à un manque de moyens, notamment dans le domaine de la défense antiaérienne. Pour Cyrille Bret, cette autorisation constitue un véritable changement de dimension dans le soutien occidental à Kiev : "c’est un acte de délégation de souveraineté très important". Jusqu’ici, la production de ces équipements était largement contrôlée par les États-Unis et quelques alliés proches.
Cette décision ne représente pas seulement un apport militaire supplémentaire mais aussi une reconnaissance croissante du rôle de l’Ukraine qui, selon le chercheur, "est en train de devenir une puissance des industries de défense". La production locale de missiles Patriot pourrait permettre à Kiev de gagner en autonomie tout en renforçant la protection des populations civiles face aux frappes russes qui se poursuivent depuis le début du conflit.
Une Alliance entre tensions américaines et volonté de dissuasion
Si le 36e sommet de l'OTAN a envoyé un message d’unité, il n’a pas effacé les tensions internes de l’Alliance, notamment autour des prises de position de Donald Trump. Ses critiques sur les dépenses militaires européennes ou ses déclarations concernant le Groenland ont ravivé les interrogations sur la solidité du lien transatlantique. Pour Cyrille Bret, la stratégie américaine actuelle repose sur une double logique : mettre la pression sur les alliés européens tout en maintenant l’engagement des États-Unis au sein de l’OTAN. "La confrontation avec les Européens n'exclut pas la réaffirmation de la solidarité", explique-t-il.
Cette situation relance également le débat sur le réarmement européen. Si plusieurs pays ont annoncé une hausse de leurs investissements militaires, le chercheur estime que l’Europe reste encore loin d’une véritable autonomie stratégique. "Ce qui fait une puissance militaire, ce n’est pas seulement le réarmement, ce sont les finances, c'est l'effort budgétaire dans la durée, c'est aussi l'aguerrissement des troupes", rappelle-t-il. Pour Cyrille Bret, l’OTAN entre donc dans une nouvelle phase : il ne s’agit plus de préparer un conflit mais de renforcer sa capacité à l’empêcher. "Elle se prépare, non pas à faire la guerre, mais à être dissuasive", souligne l'enseignant à Science Po. La cohésion affichée lors du sommet vise ainsi à envoyer un message clair aux adversaires potentiels de l’Alliance : une attaque contre l’un de ses membres provoquerait une réponse collective.


Chaque soir dans le 18/19 de l'été, un entretien avec un invité qui fait l'actualité.




