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Loi d'urgence agricole : "on ne prépare pas l'avenir", alerte le biologiste Marc-André Selosse

Loi d'urgence agricole : "on ne prépare pas l'avenir", alerte le biologiste Marc-André Selosse

Un article rédigé par Mathias Servouze & Melchior Gormand - RCF, le 21 juillet 2026 - Modifié le 21 juillet 2026
L'invité du 18/19Loi d'urgence agricole : "on ne prépare pas l'avenir", alerte le biologiste Marc-André Selosse

Adoptée définitivement par l'Assemblée nationale, la loi d'urgence agricole continue de diviser, notamment autour de la réintroduction dérogatoire de certains pesticides interdits en France. Ses opposants dénoncent un recul environnemental et alertent sur les conséquences à long terme pour les sols, l'eau et la biodiversité.

La loi d’urgence agricole concerne notamment les pesticides, l’irrigation et la transition écologique © Mirko Fabian / PexelsLa loi d’urgence agricole concerne notamment les pesticides, l’irrigation et la transition écologique © Mirko Fabian / Pexels

La loi d’urgence agricole vient d’être adoptée définitivement par l’Assemblée Nationale dans la nuit du 20 au 21 juillet par 296 voix pour, majoritairement issues de la droite et de l’extrême droite et 224 contre. Elle reste cependant au cœur de controverses, notamment sur la question des pesticides

Marc-André Selosse, biologiste, membre de l'Académie d'agriculture de France et auteur du livre De la biodiversité comme un humanisme, publié aux éditions du Seuil, défend que cette loi constitue une mauvaise réponse aux difficultés actuelles du monde agricole : elle fragilise les écosystèmes sans régler les problèmes économiques auxquels les agriculteurs sont confrontés.

"Cette loi détruit les fondements productifs de nos écosystèmes"

Pour Marc-André Selosse, la réautorisation de substances comme l’acétamipride ou le flupyradifurone constitue une erreur stratégique autant que écologique. Le scientifique rappelle que ces molécules sont toxiques pour la biodiversité, en particulier pour les insectes pollinisateurs et les organismes vivant dans les sols, pourtant essentielles à la fertilité des terres agricoles. Selon lui, loin de sauver l'agriculture, cette orientation affaiblit les mécanismes naturels dont dépend la production. "Ce n'est pas très bon pour les écosystèmes, ce n'est pas très bon pour l'agriculture non plus", estime-t-il, "c'est une vision au service d'une certaine partie de l'agriculture, mais qui détruit les fondements productifs de nos écosystèmes".

Ce n'est pas très bon pour les écosystèmes, ce n'est pas très bon pour l'agriculture non plus. 

Il souligne également les coûts indirects de ces choix : pollution de l’eau, risques sanitaires encore mal connus autour des PFAS, ou encore baisse des services rendus par les écosystèmes. Concernant le flupyradifurone, il alerte sur le fait qu’il s’agit d’un PFAS, “un polluant éternel, dont on ignore s' il s’agit d’un perturbateur endocrinienCette loi augmente les coûts à venir sans préparer l'avenir”, résume-t-il. Marc-André Selosse estime également que l’argument de la compétitivité ne tient pas. À ses yeux, la France ne pourra jamais rivaliser sur les coûts de production de certains pays exportateurs et doit plutôt miser sur une agriculture plus qualitative et plus résiliente. “Dans le tout venant, nous ne sommes pas compétitifs, ne serait-ce que pour des raisons salariales”, affirme-t-il. Selon lui, “soit on continue et on autorise des pesticides, puis on baisse les revenus agricoles, pour être compétitifs, soit on change de gamme”

Une transition agroécologique plutôt qu’un retour en arrière

Loin de considérer que le monde agricole soutient unanimement ce texte, Marc-André Selosse rappelle que plusieurs organisations paysannes contestent également certaines mesures, comme le développement des retenues d’eau ou la réintroduction des pesticides. Il rappelle notamment que certains agriculteurs s'opposent au système de bassines qu’il décrit comme un possible “accaparement de la ressource en eau”, certains agriculteurs devenant propriétaires d’une ressource "à laquelle les autres n’ont pas accès"

Le revenu agricole, oui, c'est un scandale. 

Le biologiste regrette que le débat politique privilégie les réponses immédiates au détriment des solutions déjà identifiées par la recherche : régénération des sols, agriculture de conservation, plantation de haies ou restauration des zones humides. Marc-André Selosse critique aussi d'autres dispositions du projet de loi, notamment l'assouplissement des règles concernant les zones humides et l'augmentation des volumes d'eau destinés à l'irrigation. Ces mesures risquent d'affaiblir des protections essentielles face au changement climatique : “ce sont ces zones qui empêchent les inondations”, rappelle-t-il. Marc-André Selosse estime également que le débat devrait davantage se concentrer sur le revenu des agriculteurs. Il rappelle que 43 % d'entre eux vivent avec un revenu inférieur au SMIC, malgré des semaines de travail très longues. “Le revenu agricole, oui, c'est un scandale”, affirme-t-il. Pour lui, la priorité est de mieux rémunérer une agriculture qui préserve les écosystèmes, notamment grâce à des pratiques comme la plantation de haies : “Vous stoppez l'érosion et vous stockez 100 tonnes de carbone par km²”.

L'invité du 18/19© RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
L'invité du 18/19
L'invité du 18/19© RCF
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