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Loi d'urgence agricole : "le gouvernement rate son objectif", juge Sophie Taillé-Polian

Loi d'urgence agricole : "le gouvernement rate son objectif", juge Sophie Taillé-Polian

Un article rédigé par Alexis Mercier - RCF, le 18 mai 2026 - Modifié le 18 mai 2026
L'Invité de la Matinale« L'audiovisuel public est sous-financé depuis 15 ans », dénonce la députée Sophie Taillé-Polian

Invitée de la matinale de RCF Notre Dame, Sophie Taillé-Pollian estime que la loi d'urgence agricole ne répond pas aux attentes du monde agricole. La députée "Écologiste et Social" du Val-de-Marne dénonce un modèle productiviste. Elle appelle à une réorientation totale de l'agriculture française. 

Sophie Taillé-Polian, députée "Écologiste et Social" du Val-de-Marne ©RCF Notre DameSophie Taillé-Polian, députée "Écologiste et Social" du Val-de-Marne ©RCF Notre Dame

Après la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, la députée Sophie Taillé-Polian est de retour cette semaine sur les bancs de l'hémicycle pour le projet de loi d'urgence agricole. Cette loi portée par le gouvernement est présentée comme une première réponse aux difficultés du secteur. Pour la députée du Val-de-Marne, le compte n'y est pas. Elle reconnaît certaines avancées ciblées, notamment sur la question du foncier, mais juge le texte globalement insuffisant pour traiter une crise structurelle. «  Il y a des choses, mais globalement, le gouvernement rate son objectif qui devrait être de réformer en profondeur le modèle agricole français », souligne-t-elle, pointant un système « à bout de souffle ».

Un modèle agricole contesté

Au cœur de sa critique, la députée vise un modèle agricole qu'elle considère dominé par la recherche de rendement et l'usage massif d'intrants chimiques. Elle dénonce une logique d'ultra-productivité qui fragilise à la fois les agriculteurs et la qualité de l'alimentation. « C'est un modèle à bout de souffle, sous perfusion des intrants chimiques, [...] sous l'injonction de l'ultra-productivité », affirme-t-elle, estimant que cette orientation se fait « au mépris de la santé des agriculteurs, de l'environnement et de la qualité dans nos assiettes », insiste-t-elle. 

Cette lecture est loin de faire consensus dans le monde agricole. Certains syndicats mettent en avant les efforts de modernisation déjà engagés. Les contraintes économiques pesant sur les exploitations françaises sont fortes, dans un contexte international très concurrentiel. 

Pesticides et santé publique, un point de tension

Car pour la députée, l'autre point central concerne l'usage des pesticides. Si elle salue certaines mesures contenues dans la loi, comme la possibilité d'interdire des importations contenant des substances interdites en Europe, Sophie Taillé-Polian considère ces avancées comme limitées. Le problème reste systémique, avec une utilisation toujours élevée de produits phytosanitaires. 

« La part des pesticides utilisés est en augmentation alors même qu'on sait que les liens avec les cancers sont très forts et qu'on fait face à une véritable épidémie », souligne la députée écologiste, en référence aux alertes de plusieurs acteurs de santé publique. Une position en contradiction avec d'autres analyses. 

Certaines organisations agricoles - notamment la FNSEA, souvent critiquée par les mouvements écologistes pour son approche productiviste - et certains experts insistent sur la baisse globale des usages et sur les normes déjà strictes en France par rapport à d'autres pays. Aux États-Unis et au Brésil par exemple, certaines substances interdites dans l'Union européenne restent encore utilisées.  

Libre-échange et souveraineté alimentaire

Autre défi : la situation agricole française aux accords de libre-échange et à la concurrence internationale. Pour Sophie Taillé-Polian, les agriculteurs sont placés dans une situation déséquilibrée face à des productions étrangères soumises à des règles moins strictes. Elle appelle à « protéger les agriculteurs de cette concurrence déloyale », tout en plaidant pour une réorientation de la production vers les besoins intérieurs. 

Dans ce débat, deux visions s'opposent : celle d'une souveraineté alimentaire recentrée sur des exploitations plus locales et celle d'un modèle exportateur jugé nécessaire par une partie du secteur pour maintenir les revenus agricoles. Entre les deux, la loi d'urgence agricole apparaît comme un compromis encore loin de faire l'unanimité. Les débats commencent le 19 mai à l'Assemblée. 

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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