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« L’islam politique nous a pris en otage depuis 47 ans » le témoignage d’une Franco-Iranienne

« L’islam politique nous a pris en otage depuis 47 ans » le témoignage d’une Franco-Iranienne

Un article rédigé par THOMAS CAUCHEBRAIS - RCF Anjou, le 15 janvier 2026 - Modifié le 16 janvier 2026
Le grand entretienIran : entre répression, espoir et fractures du régime

Répression, coupures d’Internet, peur pour les proches restés au pays, rejet massif de l’islam politique et espoir d’un basculement historique. Invitée sur RCF Anjou, la Franco-Iranienne Maryam Desset, enseignante à l’UCO d’Angers, livre une analyse argumentée et un témoignage personnel sur la situation intérieure en Iran et ses implications géopolitiques

© RCF Anjou - Maryam Desset© RCF Anjou - Maryam Desset

Depuis plusieurs semaines, l’Iran est de nouveau secoué par une vague de contestation d’une ampleur inédite, accompagnée d’une répression décrite comme massive par de nombreuses sources. 

Invitée du Grand Entretien sur RCF Anjou, Maryam Desset, 40 ans, franco-iranienne, née et ayant vécu en Iran jusqu’à l’âge de 35 ans, aujourd’hui enseignante en anglais des affaires et relations internationales à l’Université catholique de l’Ouest à Angers, dresse un constat sombre et inquiet.

« Internet a été coupé pendant plusieurs jours. Nous, les Iraniens à l’étranger, nous ne pouvons pas appeler nos proches. Ce sont eux, parfois, qui peuvent nous joindre. De façon très sporadique. »

Selon la chaîne iranienne en exil Iran International, jusqu’à 12 000 personnes auraient été tuées en quelques jours.

« Les gens qui nous appellent décrivent des scènes terribles. À Karadj, des blessés auraient été exécutés dans les hôpitaux. À Ispahan, des médecins auraient été arrêtés pour avoir soigné des manifestants. À Mashhad, des snipers tiraient depuis les toits. À Rasht, des personnes ont été abattues alors qu’elles tentaient de fuir un incendie dans le bazar. »

Des informations qu’elle affirme recoupées par des journalistes iraniens et franco-iraniens spécialisés sur la région.

« Toute ma famille est là-bas »

Derrière l’analyse politique, l’émotion affleure. Car l’enjeu est intime.

« Toute ma famille est en Iran. Mes amis sont en Iran. Je n’ai aucune nouvelle depuis plusieurs jours. Quand je vois les vidéos de corps étendus dans la rue, je me demande si ce n’est pas quelqu’un que je connais. »

La peur est permanente. Mais elle refuse le silence.

« Aujourd’hui, on ne peut plus être prudents. Des gens vont dans la rue les mains vides et prennent une balle. Parler, c’est le minimum que je puisse faire. »

« Ce n’est pas une contestation, c’est une révolution »

Pour Maryam Desset, les événements actuels ne relèvent pas d’un simple mouvement social.

« Ce n’est pas une contestation économique. Dès le premier jour, les slogans étaient clairs : “Mort au dictateur”. C’est une révolution. »

Ce qui la frappe particulièrement, c’est l’ampleur sociologique du mouvement.

« Avant la coupure d’Internet, on voyait tout le monde dans la rue : jeunes, familles, enfants, femmes voilées, femmes non voilées. Même des femmes en tchador manifestaient. C’est une révolte transclasse, transgénérationnelle. »

Autre élément inédit selon elle : l’apparition d’un leadership.

« Pour la première fois, les Iraniens se rassemblent derrière une figure : Reza Pahlavi. »

Reza Pahlavi, figure de la transition

Fils du dernier Shah d’Iran, Reza Pahlavi est aujourd’hui perçu par une partie de l’opposition comme une figure de transition.

« Les slogans disent “Vive le roi”, mais cela ne signifie pas un retour à la monarchie. Ce que les gens veulent, c’est retrouver une trajectoire de progrès interrompue en 1979. Lui-même dit qu’il ne veut pas être roi, mais conduire une transition vers des élections libres. »

Lucide, elle reconnaît que l’unanimité n’existe pas.

« On n’est jamais d’accord à 100 % dans une démocratie. Mais aujourd’hui, il faut un leader. Sans leadership, une révolution échoue. »

Une critique sévère de la diplomatie française

Devenue française il y a deux ans et demi, Maryam Desset ne cache pas sa déception face à la prudence européenne.

« Je suis fière d’être française. Mais je suis profondément triste de voir que la France n’a plus de poids géopolitique, notamment au Moyen-Orient. »

Elle déplore notamment que les Gardiens de la Révolution ne soient toujours pas classés organisation terroriste.

« C’est le minimum. Pourquoi ce n’est pas fait ? On parle d’un régime qui fournit des drones pour tuer des civils en Ukraine. »

L’appel assumé à une intervention américaine

Sur ce point, sa position est sans ambiguïté et tranche avec la prudence diplomatique.

« Nous pensons que ce régime tombera de deux façons : soit par un soulèvement armé interne, soit par une intervention extérieure. Or les Iraniens ne peuvent pas s’armer seuls. Donc oui, beaucoup d’entre nous appellent à une intervention américaine. »

Un propos fort, assumé, qu’elle justifie par l’urgence humanitaire.

« Chaque jour d’attente, ce sont des centaines, peut-être des milliers de morts supplémentaires. »

« Les Iraniens ne sont pas contre la religion, ils sont contre l’islam politique »

Maryam Desset insiste sur un point qu’elle juge fondamental et souvent mal compris en Occident : le rejet massif de l’islam politique par une grande partie de la population iranienne.


« Un Iran libre sera un Iran séculier. Les Iraniens ne sont pas anti-musulmans, ils sont contre l’islam politique, celui qui nous a pris en otage depuis 47 ans », affirme-t-elle. Selon elle, cette rupture est profonde dans la société : « Nous avons notre propre culture, notre propre identité. Beaucoup de jeunes se sont détournés de la religion imposée par le régime. »


Elle évoque également des gestes symboliques forts, comme l’incendie de plusieurs dizaines de mosquées, qu’elle interprète non comme un rejet de la foi, mais comme un rejet du pouvoir : « Ce sont des symboles du régime, pas de la spiritualité. »


Pour elle, les conséquences d’un changement de régime dépasseraient largement les frontières iraniennes : « Un Iran démocratique cessera de financer le Hamas, le Hezbollah ou les Houthis. Il cessera aussi, selon plusieurs rapports, de soutenir des réseaux visant à déstabiliser certains pays européens. » 

Et de conclure : « Nous ne nous battons pas seulement pour un Iran libre, mais pour un monde plus sûr. Nous essayons de faire comprendre aux Américains que ce combat est aussi dans leur intérêt. »

Un message aux Français : « Appréciez votre liberté »

En conclusion, Maryam Desset refuse de se présenter comme victime.

« Les Iraniens ne sont pas des victimes. Nous sommes un peuple qui se bat. Et nous réussirons. »

Son message aux auditeurs français est d’une sobriété désarmante.

« Appréciez votre liberté. C’est tout ce que je veux dire aux Français. Appréciez votre liberté. »

© RCF Anjou
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Le grand entretien
© RCF Anjou
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