« L'Iran va renaître de ses cendres » : à Lyon, des chrétiens iraniens gardent espoir
Plusieurs milliers de morts selon les ONG et des manifestations contre la vie chère qui se transforment en soulèvements durement réprimés : depuis la fin de l'année 2025, l'Iran vit une nouvelle fois sous les coups de feu, sous le regard du monde entier. Depuis la chute du Shah en 1979, le peuple iranien réclame sa liberté, dénonce le régime théocratique des mollahs, et des milliers de femmes et d'hommes sont contraints de fuir leur pays. Étudiants, réfugiés politiques, exilés… ils tentent aujourd’hui de reconstruire leur vie ailleurs. Timothée Amini et Maedeh Khansari, deux chrétiens iraniens installés depuis plusieurs années à Lyon, vivent la situation entre inquiétude, foi et espérance.
Timothée Amini - © RCF LyonEn France depuis respectivement 2011 et 2018, Timothée Amini et Maedeh Khansari vivent le nouveau soulèvement iranien à distance, à plus de 4 000 km de leur pays d'origine. Autrefois présents lors des manifestations en Iran, c'est désormais depuis Lyon, accrochés à leurs téléphones et à leurs réseaux sociaux, qu'ils vivent l'embrasement des rues iraniennes.
Nous sommes physiquement ici, mais dans le cœur nous sommes là-bas
« Moi, j'ai heureusement eu quelques appels de mes parents. Ça n'a pas duré plus d'une minute parce que ce n'était pas possible, c'est très cher et en plus tous les appels sont surveillés, si je peux dire ». Après quelques jours de blackout, Maedeh Khansari a pu prendre des nouvelles de sa famille : « Est-ce que vous allez bien, est-ce que la santé va bien et c'est tout », confie la jeune femme qui travaille dans l'informatique depuis quelques années à Lyon.
Si des contacts ont pu être établis, elle reste néanmoins sur le qui-vive, scrutant le moindre signe de vie : « Tout le temps, moi j'étais sur les réseaux sociaux, sur mon téléphone, j'avoue que je n'avais pas vraiment l'air de travailler comme il faut, c'est vraiment difficile [...] Nous sommes physiquement ici, mais dans le cœur nous sommes là-bas ».
Une situation et un sentiment que partage Timothée Amini. Lui qui a participé à plusieurs manifestations en Iran dans les années 2010 mène « une vie normale ici », mais est sans cesse entre deux mondes : « C'est un sentiment de culpabilité du survivant qui vit la diaspora iranienne. Nous sommes là, en sécurité, il n'y a pas de problème dans les rues ici ».
Réfugiés politiques, ils ont tous les deux quitté l'Iran pour des raisons religieuses. Condamné à 10 ans de prison, Timothée Amini raconte : « Je retournais en Iran pour voir d'abord ma famille, et aussi un peu pour gérer ce qui se passe dans les églises clandestines qu'on avait créées à Téhéran ou ailleurs dans notre ville. Donc une fois, en 2017, on m'a arrêté. J'ai été incarcéré pendant quelques mois [à la prison d'Evin, ndlr], puis une fois libéré sous caution, j'ai laissé tomber la caution et j'ai fui le pays. Je rends grâce au Seigneur, parce que ce n'était pas très évident que je pourrais peut-être fuir ou pas ».
Lors des manifestations, tu es beaucoup plus perméable à être arrêté et être plus durement traité en prison, juste parce que tu es chrétien
Présente lors de l'arrestation, Maedeh Khansari se rappelle : « Je n'étais pas arrêtée, mais j'étais interrogée deux fois. Et ensuite, il est devenu de plus en plus difficile pour les chrétiens, parce que le gouvernement a commencé à fermer les églises, les églises qui parlaient en persan. Ils ont dit c'est interdit, il faut que ça soit en arménien, en anglais, en n'importe quelle langue à part de persan, qui est la langue officielle du pays ». Elle fuira elle aussi l'Iran quelques mois plus tard.
« L'Iran libre naîtra, l'Iran libre vivra »
Selon l'ONG Portes Ouvertes, l'Iran est aujourd'hui classé 10e sur les 50 pays où les chrétiens sont le plus persécutés au monde en raison de leur foi. « Lors des manifestations, tu es beaucoup plus perméable à être arrêté et être plus durement traité en prison, juste parce que tu es chrétien », explique Timothée Amini. Une situation également vécue par les autres minorités religieuses.
Alors que le peuple iranien demande la fin du régime des mollahs, incarné aujourd'hui par le guide suprême Ali Khamenei, certains Iraniens en appellent au retour du Chah d'Iran, monarque chassé du pouvoir en 1979. Timothée Amini veut un changement de fond, et appelle son peuple à être attentif pour qu'une autre dictature n'arrive après ce régime-là : « On veut la séparation des pouvoirs, on veut la liberté d'expression et un certain sécularisme. Le peuple iranien, la première chose qu'il veut après 47 ans à vivre sous un régime théocratique, c'est de se libérer d'un pouvoir religieux. Ça ne veut pas dire que les Iraniens sont devenus tous athées ou contre la religion en Iran, contre l'islam, etc. Non, c'est juste qu'ils ne supportent plus de vivre sous un État théocratique. Il y a une unanimité dans toutes les partis d'opposition iraniens ».
« La deuxième chose, poursuit-il, c'est de pouvoir vivre en démocratie, en démocratie avec tout ce qui va avec, les partis politiques, et surtout le système de justice et une égalité qui doit venir, qui n'existe pas en ce moment. Les gens sont bien différents selon leur religion, selon leur ethnie, donc il y a quand même un deux poids et deux mesures dans le traitement des gens ». Tout en restant lucide sur la situation, il veut garder espoir : « L'Iran va renaître de ses cendres ».


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