L'invité politique du 21 septembre 2026 : Sarah El Haïry, Haut Commissaire à l’enfance
Dans son manifeste "Changez d’air", Sarah El Haïry appelle à remettre l’humain au cœur du progrès. Invitée de RCF Notre-Dame, la haute commissaire à l’enfance alerte sur les nouveaux risques liés à l’intelligence artificielle pour les plus jeunes et défend une mobilisation collective, de la famille aux géants du numérique, jusqu’aux pouvoirs publics.
Nathanaël de Rincquesen RCF Notre Dame ©Sabine de RozieresRepenser le progrès pour remettre l’humain au centre
Une rencontre avec le pape Léon XIV, autour de l’encyclique Magnificat Humanitas, a servi de déclencheur à la réflexion de Sarah El Haïry. Face à un monde marqué par les tensions internationales, le retour de la guerre et l’accélération technologique, elle pose une question simple : dans quel monde voulons-nous voir grandir nos enfants ?
Pour l’ancienne ministre, l’enjeu dépasse largement les clivages politiques. Elle revendique une réflexion nourrie par différentes traditions — doctrine sociale de l’Église, démocratie chrétienne, social-démocratie, gaullisme social ou personnalisme — et défend une conception du progrès qui préserve la dignité humaine.
Le progrès est galopant, il nous dépasse même, il dépasse ses propres créateurs.
L’IA, une nouvelle frontière pour la protection des enfants
Sarah El Haïry s’inquiète particulièrement de la relation que les adolescents développent avec les intelligences artificielles. Certains leur confient désormais leurs secrets, leur sexualité, leur mal-être ou leurs problèmes familiaux. Le risque, selon elle, est renforcé par l’anthropomorphisme : des outils qui dialoguent comme des humains peuvent brouiller la frontière entre machine et relation véritable.
Isolement, manipulation, hallucinations ou encore collecte de données personnelles : la haute commissaire à l’enfance appelle à anticiper ces dangers. Elle propose notamment de travailler à la création d’un bouton d’urgence, facilement accessible, permettant à un enfant de basculer vers une aide humaine.
Tout le monde" doit prendre sa part
Pour Sarah El Haïry, également porte-parole nationale du MoDem, la protection des enfants ne peut pas reposer uniquement sur les parents. Elle souhaite mobiliser les entreprises du numérique, les États, l’Union européenne, les enseignants et les citoyens. Sa coalition rassemble notamment des associations de protection de l’enfance, des experts du numérique et des concepteurs d’IA, avec une ambition internationale.
Elle insiste aussi sur la nécessité de préserver un équilibre : il ne s’agit pas de bannir les enfants du numérique, mais de les accompagner et de leur garantir des protections adaptées à leur âge.
Un enfant, qu’il soit français, gabonais, marocain, espagnol ou canadien, il a le droit à la même protection.
Dans l’interview, Sarah El Haïry assume enfin la dimension politique de son manifeste. Pour elle, la politique retrouve sa noblesse lorsqu’elle se met au service du bien commun. Elle évoque également l’idée d’une primaire du centre, conçue comme un possible espace de rassemblement entre différentes sensibilités démocrates.


Tous les jours à 7 h 38, Nathanaël de Rincquesen reçoit un invité politique pour décrypter l’actualité.
