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L'INJS de Chambéry multiplie les échanges internationaux

L'INJS de Chambéry multiplie les échanges internationaux

Un article rédigé par Élodie Fayard - RCF Savoie-Mont-Blanc, le 29 avril 2026 - Modifié le 26 juin 2026
Journal Local · RCF Savoie Mont-BlancEdition du mardi 28 avril 2026 à 07h01

La France compte quatre Instituts nationaux de jeunes sourds, dont l’un se trouve depuis deux siècles à Cognin, près de Chambéry. 284 élèves y sont scolarisés, de la maternelle au CAP, majoritairement en inclusion. Cet institut a multiplié les rendez-vous européens en avril dernier, en recevant une délégation slovène et une délégation lituanienne. 

Sept jeunes et sept professeurs du Deaf Center de Vilnius en Lituanie ont été reçus par l'Institut national de jeunes sourds de Chambéry. © RCF Savoie Mont BlancSept jeunes et sept professeurs du Deaf Center de Vilnius en Lituanie ont été reçus par l'Institut national de jeunes sourds de Chambéry. © RCF Savoie Mont Blanc

L'Institut national de jeunes sourds (INJS) de Chambéry est un acteur historique et majeur dans l'accompagnement des jeunes sourds. Fondé en 1840 à Cognin, dans l'agglomération chambérienne, il s'adapte sans cesse aux évolutions réglementaires, scientifiques et sociales que traverse le monde des personnes malentendantes. Les programmes Erasmus, prisés par la jeunesse entendante, sont ainsi ouverts aux jeunes sourds de Chambéry. 

Découvrir les bonnes pratiques en Europe

Ce programme a permis aux élèves du pôle 12-16 ans de l'INJS, de recevoir sept adolescents lituaniens qui partagent le même handicap. La délégation étrangère, complétée par sept professionnels lituaniens, a découvert les différents types d'accueils offerts aux jeunes sourds en France. Dix jeunes de l'INJS sont scolarisés à l'unité interne à Cognin, et 15 autres en inclusion au collège Henry-Bordeaux de Cognin. Entre un pique-nique au bord du lac du Bourget, et une visite du musée de l'illusion à Lyon, les jeunes ont rencontré l'Adis, Association départementale pour l'inclusion des sourds, partenaire de l'INJS, et fortement impliquée sur le territoire. "Ce qui est intéressant est d'échanger sur nos pratiques et de croiser nos regards, c'est pour cela que nous nous sommes inscrits dans ce projet Erasmus", réagit Pierre-Louis Cam, agent de vie scolaire.  

Croiser les regards sur l'inclusion

La France est encore considérée comme insuffisamment inclusive, mais cela ne saute pas aux yeux de Milda Pošiūtė-Žebelienė  professeur au Deaf center de Vilnius, en Lituanie. " Si l'inclusion se fait avec un accompagnement adapté, c’est une bonne chose. Mais d'un autre côté, ce n’est pas mauvais pour les jeunes d'être regroupés dans une école spécialisée. Dans quel cas les droits humains sont-ils le mieux respectés ? C’est une vraie question", tempère-t-elle.  Ce regard extérieur est une richesse pour l'INJS qui avait déjà reçu, au début du mois d'avril, une délégation de quatre professeurs d’enseignement technique. Venus de Slovénie, ils ont visité les ateliers de l’INJS, où les jeunes sont formés à de nombreux CAP (menuiserie, carrosserie, cuisine, couture, etc.). 

Nous multiplions les échangent européens. Nous allons notamment faire se rencontrer des professionnels sourds entre eux, à l'Institut royal pour sourds et aveugles de Bruxelles. Et puis nous sommes en lien avec l'institut pour sourds de Turin. Nous avons bien une mission nationale mais nous avons porté notre vision un peu plus loin en Europe. Notre plu value est peut-être de pouvoir faire ce travail de veille pour pouvoir partager nos enseignements avec nos collègues des autres établissements pas seulement INJS mais pour déficient auditif. Nous sommes impliqués dans le réseau Hipen au niveau européen, mais aussi dans la Fédération Fisaf au niveau national", tient à ajouter Ludovic Lotodé. 

En Europe, les problématiques rencontrées par les jeunes sourds sont les mêmes : un mouvement à l'extérieur des instituts et des schémas familiaux en mutation, dans lesquels la place de l'enfant sourd est chamboulée. " La réglementation bouge aussi dans les pays membres. La revendication des personnes déficientes auditives est  "rien sur nous sans nous", c'est à dire d'associer les sourds à l'élaboration des règles qui les concernent", illustre le directeur de l'INJS.   

Un accompagnement tout au long de la vie

"Nous avons eu jusqu'à 400 élèves mais nos effectifs se stabilisent depuis plusieurs années. Ils sont 284 élèves aujourd'hui, dont 70% en inclusion. Ils sont scolarisés dans le milieu ordinaire grâce à des partenariats noués avec l'Éducation nationale et des établissements du territoire, comme le collège Henri Bourdeau de Cognin, ou le lycée professionnel du Nivolet, à Chambéry ", détaille Ludovic Lotodé. Depuis la loi de 2005, qui garantit à chaque enfant en situation de handicap le droit d'être scolarisé dans une école ordinaire, la tendance est à l’inclusion des jeunes, à l’extérieur. C’est pourquoi il n’y a que 55 élèves dans les murs de l’INJS de Chambéry. "En septembre 2026 ce sera la première fois que tous nos élèves de primaire seront scolarisés à l'extérieur, avec des volumes horaires propres à chacun. Cinq élèves seront à l'école du Bois Jolivet, à Bonneville, et 20 enfants à la Forgerie, à Cognin", précise Ludovic Lotodé. 

Notre philosophie est de leur ouvrir tous les possibles

L'INJS accompagne les jeunes atteints de déficience auditive depuis le début de la vie, jusqu'à l'entrée dans la vie active. "Nous accueillons en consultation les familles et leurs bébés adressés par les maternités à la suite du dépistage auditif néonatal. L'information et l'orientation des familles est primordial à cet âge. Et notre philosophie est de leur ouvrir tous les possibles ", explique le directeur. Sur 200 tests annuels, entre 15 et 20 surdités profondes sont ainsi diagnostiquées à Chambéry. En France, l'incidence de la surdité bilatérale est d'une naissance sur 1 000. Dans 45 % des cas, le trouble est sévère et profond. Dans les deux Savoie de 2014 à 2020,  sur 14 000 naissances en moyenne, 30 cas de surdité ont été dépistés chaque année. 

© Le Journal Local (RCF Savoie-Mont-Blanc)
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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