Les races normandes : un patrimoine menacé à préserver
En Normandie, 25 races locales sont recensées. Parmi elles, quatre sont des races d’équidés, ânes et chevaux. Délaissées au profit de races plus productives et menacées de disparition, elles suscitent de nouveau l'intérêt. Des programmes de sauvegarde et de valorisation ont donc vu le jour dans la région.
Percheron, âne du Cotentin, âne normand et cob normand sont accueillis au Centre de valorisation des équidés normands. © Haras national du PinL'âne normand, le mouton avranchin, l'abeille noire de Normandie, la chèvre des fossés ou encore le lapin blanc de Hotot... 25 races locales normandes sont recensées par la Fédération Races de Normandie. Des races patrimoniales qui ont été mises à l'honneur au Salon International de l’Agriculture. Milo, l’un des ânes normands du Centre de valorisation des équidés normands dans l’Orne, y a été récompensé du Trophée national de l’âne 2026. L’occasion de mettre en lumière ces races anciennes et menacées de disparition.
Des races anciennes et locales qui suscitent un intérêt nouveau
Les premiers écrits évoquant l’âne du Cotentin remontent au XVIe siècle. « On voit que c'est une race qui est vraiment ancrée en Normandie », explique Nell Emery, chargée de mission à la Fédération Races de Normandie et directrice du Centre de valorisation des équidés normands. Parmi les races normandes d’équidés, on trouve également l’âne normand, plus petit et costaud avec une robe bai, le cheval percheron, race de chevaux de trait puissant originaire du Perche, de grande taille à la robe grise, et le cob normand, cheval de trait léger né dans la Manche.
Aujourd’hui, ces races patrimoniales rencontrent un regain d’intérêt. En effet, « elles sont rustiques, résilientes, produisent des produits de très grande qualité » et sont polyvalentes, explique Nell Emery. Ces races sont « adaptées à nos territoires [normands] et à notre météo ».
L'idée n'est pas d'opposer l'animal à la machine, mais de collaborer ensemble pour que ce soit fait en bonne intelligence.
Autrefois missionnés pour le transport, l’agriculture ou le volet militaire, puis orientés vers la filière bouchère pour les chevaux de trait, ces équidés sont aujourd’hui plébiscités pour d’autres activités comme l’équitation de loisir, le tourisme équestre, l’attelage, la traction notamment en maraîchage ou dans les vignes, les équidés ayant un faible impact sur les sols. « Les chevaux comme les ânes vont aller dans des zones où ne peuvent pas se déplacer des véhicules motorisés. » Les animaux sont aussi formés pour la médiation animale, le ramassage scolaire ou pour travailler aux côtés des forces de l’ordre pour les chevaux de trait. « On dit qu'un cheval peut remplacer dix CRS puisqu’il va être très impressionnant. »
« L'âne est tellement mignon qu’on a envie de le laisser tranquille et de ne pas l'utiliser. Mais si on les utilise pas, on les perd, ajoute Nell Emery. L'idée n'est pas d'opposer l'animal à la machine, mais de collaborer ensemble pour que ce soit fait en bonne intelligence. »
24 des 25 races normandes menacées de disparition
Parmi ces 25 races normandes, 24 sont aujourd’hui menacées de disparition, selon la Fédération Races de Normandie. « Elles ont peu à peu été délaissées pour des races dites plus productives, notamment au cours du XXe siècle avec l'industrialisation, la mécanisation de l'agriculture, avec également une modification des techniques d'élevage. Ce qui a conduit le milieu agricole à sélectionner d'autres races plutôt que les races locales. »
On a perdu cette utilisation et on voit que les effectifs se sont écroulés.
L’âne normand était par exemple présent dans les fermes de la région pour assurer le transport du lait ou la traction. « On a perdu cette utilisation et on voit que les effectifs se sont écroulés. » Cet âne bai est menacé d’extinction avec seulement une trentaine de naissances par an pour 1 000 individus. Une cinquantaine de naissances sur une année sont recensées pour l'âne du Cotentin qui compte 2 000 spécimens.
Des ressources génétiques normandes à conserver pour éviter la consanguinité
Face au faible nombre de naissances, l’enjeu pour les éleveurs normands est de conserver les ressources génétiques. C’est l’une des missions de la Fédération Races de Normandie qui travaille à mettre en place des programmes de conservation génétique, en collaboration des associations et partenaires tels que la Région Normandie et le conseil départemental du Calvados. « Pour ce qui va être des ânes, on est en train de lancer un génotypage du gène noir, détaille Nell Emery. Il y a aussi un accompagnement des éleveurs pour les mises bas difficiles. Et c'est également très important pour nous de faire attention à ce qu'il y ait le moins de consanguinité possible. Aujourd'hui, grâce aux efforts des associations et des éleveurs, notamment sur l'âne normand, on arrive à avoir des animaux qui ne sont pas consanguins. Mais c'est essentiel de travailler là-dessus, de continuer les efforts. »
Un projet sur trois ans a été lancé en 2025 pour sauvegarder les deux races d’ânes normands autour de trois axes : le renforcement des effectifs, la professionnalisation des âniers et le développement des débouchés pour les ânes.
Au Salon de l’agriculture, le succès de l’âne normand Milo
Pour valoriser ces races normandes, plusieurs structures existent dans la région. La Fédération Races de Normandie a vu le jour récemment, en 2022, sous l’impulsion de la Région Normandie et des organismes de sélection des races normandes, comme l’association nationale de l’Âne Normand, l’association de l’Âne du Cotentin ou la société Hippique Percheronne de France. Son objectif est de permettre aux éleveurs de mutualiser leurs efforts.
On achète les équidés à 1 ou 2 ans. On les travaille à partir de 3 ans, à la fois montés, attelés et en traction. On les forme à la demande pour nos clients.
Dans l’Orne, au Haras du Pin, le Centre de valorisation des équidés normands œuvre depuis près de 10 ans à la formation des jeunes chevaux et ânes. « On achète les équidés à 1 ou 2 ans, explique Nell Emery, directrice de la structure. Ensuite, ils grandissent dans les belles pâtures du Haras du Pin, et on les travaille à partir de 3 ans, à la fois montés, attelés et en traction. On les forme à la demande pour nos clients. » Ce travail a donc été récompensé au Salon de l’agriculture par le Trophée national de l’âne 2026, remis à Milo, âne normand de 4 ans. L’âne était présenté dans les épreuves de traction et d’attelage par Julian Bergeon, référent asin du centre. Un titre qui « met en lumière cette race en voie d'extinction mais aussi le savoir-faire des équipes du Centre de valorisation sur l'éducation et le débourrage des ânes », selon Julian Bergeon.



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