Les nouvelles équipes municipales s’investissent davantage dans le dialogue interreligieux
Depuis la fin des élections de mars, près de la moitié des équipes municipales en Alsace s'est renouvelée. Dans certaines communes, ce changement amorce également une évolution des relations avec les communautés religieuses locales. Le dialogue interreligieux tendrait toutefois à remonter dans la liste des priorités des maires.
Remise du calendrier interreligieux le 10 décembre 2025 à Colmar / Facebook-Eric StraumannEn Alsace comme en Moselle, le service du culte est un service public d'après le droit local propre à ces trois départements. Il dépend en partie des collectivités territoriales, dont les municipalités. Ces dernières jouent donc un rôle majeur dans les communes où se côtoient les croyants de diverses religions.
Si la tradition du dialogue est ancrée en Alsace, l’institutionnalisation du statut d’un élu sur le religieux reste récente
Trois mois après les élections municipales, la relation avec les cultes "n'entre pas dans l'attribution des élus à Wissembourg ou à Sélestat", assure-t-on à RCF Alsace. Mais ailleurs, la politique sur le sujet se renforce.
A Mulhouse qui compte 7 communautés différentes, Frédéric Marquet, a confié le sujet à Rodolphe Kahn, son deuxième adjoint (il relevait du 7e adjoint dans le mandat précédent). En plus du logement et de l'habitat, ce dernier doit porter la charge de la relation avec les cultes et de la laïcité. Une valorisation politique pour le mulhousien sans étiquette qui a demandé à son 1er adjoint d’être “chargé du vivre-ensemble”. Un lien de cause à effet pour le nouveau maire : “Si on veut faire se rencontrer les gens, les cultes prennent évidemment une place particulière. Et à Mulhouse, peut-être encore plus qu'ailleurs.”
À Colmar également, la question du lien de la municipalité avec les cultes s'est trouvée renforcée dans la campagne électorale de 2026. Il y a trois ans, Éric Straumann avait monté un groupe de travail avec les représentants des différents cultes présents sur le territoire mulhousien. Pour son second mandat, le maire républicain a créé pour la première fois une charge explicite qu'il a confiée à Emmanuel Rossi, sa 13ᵉ adjointe qui s’occupe par ailleurs à la défense, la citoyenneté, et la mémoire.
A Strasbourg, la socialiste Catherine Trautmann a annoncé qu'elle souhaitait s'occuper elle-même de ces questions, même si dans les faits, la maire déléguerait la question à Etienne Loos, élu centriste qui a rejoint sa majorité durant l'entre-deux tours.
A Bischwiller aussi, le sujet des cultes et du dialogue interreligieux est traité directement par le maire. Délégué sur ce dossier dans la mandature précédente, Guillaume Noth a fait ce choix pour des raisons personnelles. Ce jeune élu sans étiquette affirme être “très à l'écoute des questions de la foi”. Pour lui, “ la religion est la clé pour se comprendre et vivre en paix et en fraternité alors que les conflits éclatent un peu partout. Il est donc naturel pour le maire qui veut le bien-être de ses concitoyens s’empare du sujet de la religion.”
Renforcer le rôle des comités interreligieux
Parmi les initiatives destinées à favoriser le dialogue, des commissions réunissant les représentants des cultes et des élus se développent depuis plusieurs années. Il en existe une depuis 10 ans à Bischwiller. Elle se réunit à l’initiative de la mairie. Si l’entente est réelle entre les responsables religieux, le maire déplore que le reste de leurs communautés respectives et des citoyens ne se sente pas concerné par les discussions de ce “cercle de professionnels du culte et sachants.”
“Il nous faudrait également faire des propositions, mais pour l’instant, seule la municipalité initie les rencontres”, regrette également l’un d’eux.
Il nous faut sortir des lieux de cultes et faire se rencontrer les communautés.
Depuis 1945, un temps de prière pour la fête des fifres propose aux bischwillerois croyants de différentes obédiences de se retrouver d’ailleurs pour prier pour la paix. Guillaume Noth compte pourtant bien conduire plus loin le dialogue interreligieux dans sa commune de 12 000 habitants qui compte 30 nationalités différentes dont une communauté catholique, une protestante luthéro-réformée, deux communautés musulmanes turque et marocaine, ainsi qu’une centaine d'orthodoxes grecs. “Je souhaiterais aller à la rencontre du plus grand nombre du public, et notamment toucher les plus jeunes. Il nous faudrait sortir des lieux de culte, organiser des journées thématiques fédératrices, par exemple des forums, des soirées débats, des visites ou des moments de partage des traditions. L’idée est que les gens se rencontrent autour d’un bon moment.”

Si dès sa création, la Région Grand Est a mis en place un collège des représentants des cultes, en revanche, la capitale de l’Alsace peine à instaurer un dialogue franc et serein avec les différentes instances religieuses, mises à mal par les prises de position au sujet du conflit israëlo-palestinien de la municipalité écologiste. Ce qui n’empêche pas le dialogue interreligieux relativement actif en dehors des radars de la mairie strasbourgeoise. “On n’a pas attendu que la mairie nous dise de nous réunir pour le faire, souffle Isabelle Gerber, la présidente de l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine dont le siège est à Strasbourg. Il y a une entente plutôt cordiale entre les représentants des cultes car nous voyons bien les enjeux de faire commun dans notre cité.” Catherine Trautmann a pourtant annoncé la création d’une “Commission interculturelle et interculturelle” d’ici juillet pour “renouer le dialogue”.
Développer les lieux de cultes
Pour Frédéric Marquet, l’urgence est ailleurs : “Aujourd'hui, la possibilité de pratiquer son culte est insuffisante à Mulhouse. Il faut que chacun puisse le pratiquer dans des lieux adaptés et de proximité. Nous en avons encore besoin dans certains quartiers. C'est quelque chose que j'ai envie d'encourager.” La ville compte déjà environ 80 lieux de culte en activité. Pas d’annonce de construction d’église ou de mosquées cependant, mais un "forum des cultes et de la laïcité". “Mon rêve, c'est un lieu qui permettrait à chacun de se retrouver dans un espace commun, explique le maire sans étiquette, qui pourrait déboucher sur différents lieux de cultes pour que chacun se sente bien dans un même lieu.”
Aujourd'hui, la possibilité de pratiquer son culte est insuffisante à Mulhouse.
Cette "crise du logement des cultes" était justement en cours de traitement à Strasbourg. Une vingtaine de cultes y étaient mal lotis, d'après l'ancien élu chargé de ces questions, Jean Werlen. Ce dernier avait travaillé pendant la dernière année du mandat précédent pour mutualiser certains lieux de cultes, à la faveur des croyants arrivés récemment sur le territoire, notamment les communautés évangéliques ou encore les communautés musulmanes syrienne, libanaise ou afghane. A voir si le prochain comité s'empare à nouveau de la question dans la capitale de l'Alsace que n'a pas évoqué Catherine Trautmann durant sa campagne lorsque RCF Alsace l'avait interrogé sur ses projets dans le domaine.
Lutter contre les discriminations religieuses
A Strasbourg, Catherine Trautmann envisage d’investir davantage l'Espace Egalité en ce sens. D’après la maire socialiste, l’établissement destiné à la pédagogie de la lutte contre toutes les formes de discrimination, pourrait ainsi “être mis à la disposition de l'apaisement de cette ville également contre l’antisémitisme et la haine antimusulmane”.


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