Les médecins libéraux en grève en Bretagne et en France pour dix jours
Les syndicats représentatifs de la médecine libérale appellent collectivement à la grève du 5 au 15 janvier prochain. Un mouvement en opposition à certaines dispositions de la nouvelle loi de financement de la sécurité sociale. Plus d'explications avec le Dr Nicolas Ambroselli, médecin généraliste à Surzur, dans le Morbihan.
Tous les syndicats représentatifs de la médecine libérale appellent à la grève | © DarkoStojanovic (Pixabay) Les principaux syndicats représentatifs des médecins libéraux, dont la CSMF, MG France, l'UFMLS ou encore Médecins pour Demain se mobilisent dès ce lundi et jusqu'au 15 janvier partout en France. Cliniques, cabinets, médecins généralistes comme spécialistes sont concernés en France et en Bretagne.
Un mouvement de contestation contre certaines dispositions du tout nouveau projet de loi de financement de la sécurité sociale. Le Dr Nicolas Ambroselli, médecin généraliste à Surzur, est membre du collectif Comeli 56, le Collectif des Médecins Libres et Indépendants du Morbihan.
Une importante "perte de liberté"
Pour le médecin morbihannais, cette mobilisation est un cri d'alarme de plus : "Les généralistes ont rejoint le mouvement puisque ça fait plusieurs années qu'ils expriment des grandes difficultés dans la lutte contre les déserts médicaux, avec l'impression qu'on s'y prend complètement à l'envers de ce qu'il faudrait faire pour nous." Le projet de loi de financement de la sécurité sociale, adopté le mois dernier, en a été le déclencheur.
Le Dr Ambroselli pointe notamment ce qu'il considère comme des atteintes aux libertés des médecins, que ce soit d'installation, de conventionnement avec la sécurité sociale ou même de prescription d'ordonnances et d'arrêts de travail, avec un grand effet : la "démotivation persistante de l'installation des jeunes médecins", face à une "instabilité des règles du jeu, aussi bien des lieux d'installation que des règles financières pour assumer une entreprise médicale". Il déplore également une conséquence néfaste : "la désertification générale de la France qu'on constate chaque jour malheureusement".
Les moyens financiers, "le nerf de la guerre"
Autre point de friction : la question des finances. Et d'abord celle des amendes liées à ces nouvelles restrictions. Sur la question du contrôle des prescriptions, le généraliste juge que "la mise à l'amende" est déjà en train de se généraliser, et que cela affecte surtout les patients : "Arrivé au mois d'août, septembre, on aura le choix entre payer des amendes pour pouvoir faire éventuellement la prescription de tels médicaments qui auraient été trop prescrits, ou d'un arrêt de travail qui sera justifié. Et sinon, si on se considère comme incompétent à le faire, et bien on ne le fera plus. (...). La preuve par les chiffres uniquement. Et on pense vraiment que le patient va en être complètement perdant."
Plutôt que des amendes, en plus de rendre la liberté aux praticiens, le médecin morbihannais juge qu'il faut aussi investir dans la profession, non pas dans l'administratif, mais dans le soin et les soignants : "On veut baisser les charges de dépenses de santé, alors qu'aujourd'hui il y a de plus en plus de personnes âgées et de plus en plus de maladies à soigner, puisque avec l'âge, ces maladies se développent. (...) On veut des soins, on veut pouvoir embaucher des collaborateurs et des assistants médicaux pour voir plus de patients, mieux travailler, développer toutes les techniques modernes de soins."
Le Dr Nicolas Ambroselli espère personnellement que ce mouvement sera suivi : "C'est difficile de faire grève en plein hiver. De toute façon, on est en permanence surmené, donc ce n'est jamais le bon moment. Et en fait, il y a un moment où il faut se lancer parce que plus on va reculer l'échéance, plus le système va se dégrader et terminer comme un système à l'anglaise notamment, où il n'y a plus cette liberté et cet accès aux soins."
