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"Les gens me disent qu’ils n’ont pas le temps de prier. Prenez-le cet été !"

"Les gens me disent qu’ils n’ont pas le temps de prier. Prenez-le cet été !"

Un article rédigé par Vanessa Sansone - RCF Savoie-Mont-Blanc, le 3 juillet 2026 - Modifié le 3 juillet 2026
Paroles d'évêques - RCF Savoie Mont-Blanc"Les gens me disent qu’ils n’ont pas le temps de prier. Prenez-le cet été !"

En cette fin d'année pastorale, Monseigneur Yves Le Saux, évêque d'Annecy, revient sur quelques temps forts de ces derniers mois. Avant de donner rendez-vous à la rentrée pour deux événements rassembleurs : la rentrée diocésaine et le voyage apostolique du Pape Léon XIV.

Mgr Yves Le Saux évêque d'Annecy ©SEDICOMMgr Yves Le Saux évêque d'Annecy ©SEDICOM

Ce texte correspond à une partie de l'interview ci-dessus. Cliquez sur le player pour l’écouter en intégralité.

 

RCF : Cette année, 128 adultes ont été baptisés et 318 ont reçu le sacrement de confirmation dans votre diocèse. Vous avez lancé d'ailleurs des assises du catéchuménat pour inviter tous les catholiques de Haute-Savoie à réfléchir ensemble aux enjeux de cet élan catéchuménal. Quel regard vous portez sur la manière dont se sont vécues ces assises ? 

Mgr Yves Le Saux : Elles ne sont pas terminées ! L'enjeu de ces assises, c'est d’aider tous les fidèles et chrétiens à prendre la mesure de ce qui se passe. Cela implique une conversion de nos relations aux personnes qui arrivent. Et une conversion de nos modes de fonctionnement, dans les paroisses.  Ces gens sont en recherche, mais ils nous parlent à nous aussi. Ils nous interrogent sur l’exigence évangélique. Car je vois bien qu'il y a un risque : être chrétien par habitude, tiédir. Les catéchumènes nous posent des questions à accueillir, nous invitent à la conversion. C'est une vraie révolution, on ne va pas tout changer en dix minutes. Mais si nous accueillons ces nouveaux frères et sœurs, cela peut modifier fondamentalement la physionomie de nos paroisses. L’équipe pilote des assises a travaillé, je vais mettre en forme des orientations cet été, qui seront communiquées au pèlerinage de rentrée de la Bénite Fontaine. 

 

Parfois, le nombre ou l'apparent succès est une illusion 

 

RCF : En tant que pasteur, quels sont vos objectifs quand vous promulguez des orientations, cette année ou les précédentes ? 

Mgr Yves Le Saux : Je suis lucide : un texte ou des orientations, ça touche d’abord des gens convaincus. Peut-être que cela éclaire ceux qui sont déjà en réflexion. Mais il n'empêche que le but, c'est petit à petit de créer une autre atmosphère. Il faut accepter le temps !  Benoît XVI disait que la méthode de Dieu, c'est toujours celle du du petit grain qu'on jette en terre et qui pousse. Et il pousse en temps voulu. Nous sommes dans un monde où ça doit être immédiat : le succès, le nombre… Mais parfois, le nombre ou l'apparent succès est une illusion. J'espère que ces orientations, ce travail et ces relations tissées participent à la fécondité. Voilà ce que je vise, avec espérance, en sachant, bien entendu, que c’est Dieu qui mène son peuple. Et puis, je crois aussi aux événements providentiels. Par contre, sommes-nous prêts à nous laisser déplacer un petit peu, quand même ? 

RCF : L'année pastorale a démarré avec la clôture du Jubilé de l'espérance. Alors vous dites qu’il ne faut pas toujours regarder le nombre, mais là, c’était quand même 5000 catholiques rassemblés à Rochexpo, fin novembre. Une journée au cours de laquelle vous avez aussi consacré le diocèse au cœur de Jésus. Est ce que vous avez déjà eu l'occasion de constater des fruits de cet événement ? 

Mgr Yves Le Saux : Le premier fruit, c'est que les gens étaient là ! J'avais le sentiment que cela correspondait à une attente. Ce qui m'a frappé c'est le mélange des générations et la diversité des personnes. Au fond, c'était les chrétiens de Haute-Savoie qui étaient là, heureux. Et ils étaient heureux, avec une profondeur réelle. C'est le premier témoignage : cette joie. Quant à la consécration au Sacré-Cœur, elle nous invite à aimer comme Dieu. Il a aimé humainement : il est donc imitable ! 

 

Comment pouvons- nous être témoins d'une espérance et d'une humanisation ? 

 

RCF : Une année pastorale, ce sont aussi des propositions diocésaines au fil de l'eau : la pastorale des jeunes, la santé, la formation, la diaconie… Et aussi tout ce qui se vit dans les paroisses. Quel regard vous portez sur la vie quotidienne de votre diocèse, sa vitalité, ses enjeux? 

Mgr Yves Le Saux :  Je suis marqué par la beauté des personnes au service de la mission, en paroisse ou au niveau du diocèse.  Chacun avec ses limites, son tempérament, mais quand même, c'est frappant ! Je note aussi une forme de volonté fraternelle entre prêtres. Alors qu'ici, le clergé est composé à moitié de prêtres qui viennent d’autres pays et de religieux.  C'est une question, mais aussi une grâce : cela nous oblige à accueillir la Parole de Dieu qui vient d'ailleurs. Parmi les défis, outre l'accueil des catéchumènes, je sens aussi une nécessité de formation : comment participer à la formation des générations qui arrivent ? A la structuration des personnes dans nos paroisses, chez les jeunes, chez les familles. Et puis, il y a des défis au niveau de la solidarité. Quant aux risques, je pense notamment à celui de s'enfermer dans nos pré-carrés (notre paroisse, notre groupe), en pensant qu’en dehors, il n’y a rien. Ça c'est mortifère ! Et puis, il y a le défi que la société nous pose : comment pouvons- nous être témoins d'une espérance et d'une humanisation, dans un monde qui est quand même un peu déshumanisé ? 

RCF : Vous avez porté une attention particulière aux deux paroisses de l'agglomération d'Annemasse, après une visite pastorale à Annecy l'an dernier. Qu'est ce que vous avez perçu de particulier, sur ce territoire frontalier ? 

Mgr Yves Le Saux : Annemasse est une ville multinationale, avec 130 ou 140 nationalités différentes. Il y a un enjeu de vie fraternelle. Par ailleurs, c'est une région où se côtoient les “richesses suisses” et la précarité extrême. Nous avons missionné quelqu’un pour aider les communautés à créer des lieux répondant à cette urgence de solidarité. Et puis, les catéchumènes, les néophytes, les recommençants ont souligné leur envie “d’apprendre” : il y a besoin de formations pour découvrir la foi et persévérer dans la foi. Je pense que ce temps de visite pastorale a été heureux et j'espère que les uns et les autres avanceront sur les orientations que nous nous sommes donnés. 

 

En étant ensemble dans la joie, on témoigne. Un rassemblement chrétien, ce n’est pas une manif ! 

 

RCF : Les vacances arrivent. Nous avons évoqué sur RCF de belles propositions estivales en Haute-Savoie. Et vous, que nous recommanderiez-vous pour nourrir notre vie spirituelle cet été ? 

Mgr Yves Le Saux : Les gens me disent qu’ils n’ont pas le temps de prier. Et bien vous allez peut-être enfin avoir un peu de temps pour ça, cet été !  Quelle que soit la modalité, il est bon de prendre des espaces de prière, de recul, de solitude. Pendant les vacances, nous retrouvons aussi souvent les amis, la famille. C’est le moment de retrouver une qualité de relation. En Haute-Savoie, nous avons aussi à être présents à ceux qui ne partent pas en vacances, tout comme à ces flots de touristes ! Comment leur ouvrir une porte ? Et ouvrir au sens concret : dès qu'on ouvre une église l'été, les gens viennent ! Enfin, nous nous préparons, avec l'Eglise de France, à accueillir la venue du pape Léon en septembre. Il faudra y être attentif. 

RCF : Justement, le service des pèlerinages de l'Eglise catholique en Haute-Savoie travaille à une proposition de transport pour ceux qui souhaitent se rendre à Paris. Une célébration avec le pape, c'est quand même un moment inoubliable ! 

Mgr Yves Le Saux : La messe du samedi aura lieu sur les Champs Elysées et place de la Concorde. Symboliquement, c'est très fort. Bien sûr, je sais bien que ceux qui seront dans la foule verront le pape sur l'écran. Mais le but n'est pas que ça, bien sûr. C'est d'écouter un propos et aussi d'être ensemble. En étant ensemble, si c'est heureux, nous disons quelque chose. Ce n’est pas une manif ! Tout comme ce que nous avons vécu lors de la journée diocésaine du Jubilé. Et puis, le Pape se rendra à Lourdes et à Metz, sur la tombe de Robert Schuman. Le message de paix et de réconciliation qu’il portera sûrement va au-delà de la France.Enfin, je pense qu'il vient aussi parce qu'il a envie de voir ce qui se passe en France. Alors montrons-lui ! Avançons autant que nous pouvons. 

Parole d'évêques
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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