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Les Français ne sont pas majoritairement favorables à l'euthanasie, selon la Fondapol

Les Français ne sont pas majoritairement favorables à l'euthanasie, selon la Fondapol

Un article rédigé par Colombe Vissac - RCF, le 27 janvier 2026 - Modifié le 27 janvier 2026
Le Grand TémoinLes Français ne sont majoritairement favorables ni à l'euthanasie ni au suicide assisté, selon la Fondapol

Alors que le Parlement s’apprête à se prononcer sur deux textes majeurs relatifs à la fin de vie, une enquête vient bousculer les certitudes du débat public. Le politologue Dominique Reynié, président de la Fondapol et professeur des universités à Sciences Po, est venu présenter les résultats d’une enquête réalisée en octobre auprès de plus de 3 000 personnes, en partenariat avec les Associations familiales catholiques (AFC).

Dominique Reynié © RCF-RNDDominique Reynié © RCF-RND

Derrière un discours politique présenté comme progressiste et consensuel, l’opinion française apparaît bien plus réservée, prudente et inquiète qu’on ne le dit.

Une enquête inédite pour sortir de la confusion

Une vaste enquête de la Fondapol révèle un profond décalage entre la représentation politique et l’avis des Français sur l’euthanasie et le suicide assisté. Le partenariat avec les AFC s’est révélé « nécessaire. [Ils se sont] associés pour supporter le coût de l’enquête d’opinion et chacun ensuite a publié son interprétation des résultats. »
Mais l’essentiel est ailleurs. Selon Dominique Reynié, cette étude est la première à interroger les Français sur l’ensemble des dimensions du sujet, et notamment sur l’articulation entre soins palliatifs et euthanasie : « C’est même sûr, c’est la première enquête d’opinion qui véritablement interroge les Français sur toutes les dimensions du sujet. »
Ce travail met au jour un phénomène central : une confusion massive des concepts, entretenue par le débat public lui-même. « On s’est aperçu qu’il y a beaucoup de confusion dans ce débat. C’est terrible d’ailleurs, c’est un débat qui a été empêché, en fait, par des confusions, des malentendus ou des raccourcis. »

La confusion des mots : une loi sans mentionner “euthanasie”

Dominique Reynié insiste longuement sur la question du vocabulaire, qu’il juge décisive. « Dans le texte de la loi lui-même, le mot "euthanasie" n’est pas prononcé. "Suicide assisté" , vous ne le trouvez pas. Par contre, vous trouvez “aide à mourir” et “accompagnement”. » Selon lui, cette stratégie lexicale contribue à brouiller la compréhension citoyenne : « Quand on a parlé d’injection létale, on a dû mettre entre parenthèses “produit mortel”. » Et il raconte la réaction de militants pro-euthanasie : « Ils nous ont dit : vous biaisez le questionnaire parce que vous dites que "létale" , ça veut dire mortelle. »
Pour le politologue, ce flou pose même un problème constitutionnel : « La loi doit être explicite et ne pas risquer d’égarer le citoyen. »

Soins palliatifs : une priorité largement partagée

L’un des résultats les plus nets de l’enquête concerne la hiérarchie des réponses à la souffrance de fin de vie. « Il y a une majorité pour dire qu’on commence d’abord par les soins palliatifs. » Une position de bon sens, selon Dominique Reynié, mais qui ne correspond pas à la trajectoire législative actuelle : « Ce n’est pas ce que fait aujourd’hui l’Assemblée nationale, même si elle prétend le faire. »
Les Français interrogés souhaitent majoritairement un accès universel aux soins palliatifs avant toute réflexion sur l’euthanasie ou le suicide assisté, alors même qu’une dizaine de départements en sont aujourd’hui dépourvus.

Aucune famille politique réellement favorable

Autre information notable : l’absence totale de soutien majoritaire à la proposition de loi dans toutes les familles politiques. « Il n’y a aucune proximité partisane en France qui approuve cette proposition de loi. »
Dominique Reynié récuse toute lecture simpliste gauche-droite :
« Il ne faut pas que l’auditeur pense que la gauche est pour cette proposition de loi et la droite contre. Non, il y a droite et gauche contre. »
Les oppositions les plus fortes se trouvent notamment chez la France insoumise, au Parti communiste, chez Reconquête et chez Les Républicains. Le Rassemblement national apparaît moins hostile, mais reste majoritairement opposé : « Même s’il est largement défavorable, il est moins hostile. »

Une inquiétude majeure : les plus vulnérables

L’enquête révèle une crainte très largement partagée : « 70 % des personnes interrogées pensent que cette légalisation va introduire la division au sein des familles. » Dominique Reynié évoque les traumatismes familiaux observés dans les pays ayant légalisé l’euthanasie : « Il y a des traumatismes nombreux, postérieurs à l’euthanasie, dans une famille. On n’en parle pas aujourd’hui. [ Par exemple ] on cite un cas d'un homme, dont la mère a été euthanasiée, il n'a même pas été informé de ça. Il l'a appris ensuite. Ce sont des choses dont on peut ne pas se remettre. »
Il alerte aussi sur la pression sociale, économique et affective qui pèse sur les plus fragiles : « Au Canada c'est frappant, les plus faibles meurent plus d'euthanasie, les plus pauvres aussi, pour des questions d'assurance, des questions de coûts de soins qu'on ne peut plus soutenir, mais aussi la pression parfois des familles qui voit le capital se dissoudre dans des dépenses de santé qui sont considérées comme inutiles puisque la personne est âgée ou très malade, donc autant en finir maintenant, etc. C'est tout à fait sordide ce qui se passe.  » 

Un texte jugé « le plus permissif au monde »

Dominique Reynié pointe une logique implicite de renoncement collectif : « C’est un texte qui dit au revoir à l’État-providence. » Pour lui, le texte issu de l’Assemblée nationale constitue un tournant radical : « C’est le texte le plus permissif au monde, s’il est voté. »
Il critique notamment la faiblesse des critères juridiques : « Le pronostic vital engagé […] sait-on qu’il y a des erreurs colossales sur le pronostic vital ? [...] Sur le site de la Fondapol, [...] des vidéos de personnes témoignent de cela. Il y a un homme en ce moment,[...] qui dit que son père a été donné pour mort à 99 ans.[...] Les médecins, avaient quelques heures [et ils ] l'ont sauvé. Il a 104 ans aujourd'hui. Et le fils dit, "voilà, cinq ans de vie de plus. C'est quoi le pronostic vital? Vous avez une heure, mais vous avez cinq ans en fait. " Mais c'est normal, c'est quelque chose de très compliqué à évaluer. »
Dominique Reynié rappelle que les professionnels des soins palliatifs contestent l’idée d’une souffrance irréductible : « Les médecins qui travaillent dans les soins palliatifs vous disent qu’on peut faire face aujourd’hui à toutes les formes de souffrance sans avoir besoin de tuer quelqu’un. »

« Le progrès, c’est la vie »

Face à ceux qui présentent la légalisation de l'euthanasie comme un progrès, Dominique Reynié revendique une autre ligne : «  Où est le progressisme? Le progrès, c'est la vie. Je suis pour une politique de la vie. Ça, c'est la ligne de la Fondapol. D'ailleurs, ça a pu nous être reproché, puisqu'on était favorable au mariage entre les personnes de même sexe. On était favorable à l'homoparentalité. C'est la vie.  »
Il précise cette position avec les engagements passés de la Fondapol : « S’il y a de l’amour, s’il y a du désir de faire société, nous sommes dans la bonne direction. » Il poursuit : « Est-ce qu'ils se rendent compte de ce qui se produit? Nous allons donc, en France, éventuellement légaliser la possibilité de décider qu'une personne va voir sa vie s'achever pour des raisons qui ne sont pas recevables. Notre devoir c'est le soin quand on est médecin et la solidarité quand on est citoyen. C'est comme ça que nous vivons dans ce pays depuis toujours. »

Mais il conclut avec gravité :« Si l’on répond à la douleur, à la solitude, à la pauvreté par des substances létales, alors là, il est impossible de s’y retrouver. »

 

Le Grand Témoin de Louis Daufresne ©RCF NOTRE DAME
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Le Grand Témoin
Le Grand Témoin de Louis Daufresne ©RCF NOTRE DAME
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