Léon XIV répond à Trump et lance sa tournée africaine
À la veille du voyage papal en Algérie, les échanges entre le pape Léon XIV et Donald Trump se sont tendus. Le souverain pontife a appelé samedi à en finir avec la guerre qui se joue au Moyen-Orient. Une remarque qui n’a pas plu au président américain, qui a déclaré, sur son réseau Truth Social, ne pas vouloir “d'un pape qui critique le président des États-Unis”. François Mabille, directeur de l’Observatoire géopolitique de l’Iris, et Mgr Hugues de Woillemont, directeur de L’Œuvre d’Orient, font un point sur la situation.
Pape Léon XIV en Algérie © Presse VaticanL’agenda est chargé pour le pape Léon XIV. Après avoir reçu Emmanuel Macron au Vatican vendredi 10 avril, il commence lundi une visite de deux jours en Algérie hautement symbolique. C’est la première visite d’un pape dans ce pays à majorité musulmane, terre natale de saint Augustin.
Tensions entre Léon XIV et Donald Trump
Ce voyage papal s'inscrit dans une séquence de guerre au Moyen-Orient, avec plusieurs conflits en cours. Le pape Léon a organisé, samedi, à quelques jours de son départ, une veillée de prière pour la paix dans la basilique Saint-Pierre de Rome. Il a exhorté les dirigeants du monde à faire la paix. “Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie.”
Des propos qui n’ont pas été au goût du président américain, qui a répondu de façon virulente au pape à deux reprises, via son réseau Truth Social et devant des journalistes, dimanche soir. François Mabille identifie une continuité dans le rapport que partagent Donald Trump et le Vatican depuis une quinzaine d’années. Lors de la première campagne électorale de Donald Trump, en 2016, le pape François s'était déplacé aux États-Unis et avait critiqué ses promesses électorales. “Il l’avait critiqué alors sans le nommer, mais tout le monde avait compris, en disant : “Un homme qui veut construire des barrières et des frontières, cet homme-là ne peut pas être chrétien”. Ça avait initié une première polémique.”
Il l’avait critiqué alors sans le nommer, mais tout le monde avait compris, en disant : “Un homme qui veut construire des barrières et des frontières, cet homme-là ne peut pas être chrétien”. Ça avait initié une première polémique.
La déclaration du pape Léon XIV a critiqué la politique de Trump au Proche-Orient de manière encore plus globale que ce qu’avait pu faire le pape François auparavant. Il a critiqué l’ensemble de la politique étrangère du chef de la première puissance militaire du monde, à la fois dans son soutien à Israël dans la guerre entre Israël et la Palestine et avec l'Iran. Mgr Hugues de Woillemont rappelle que cette prise de position s’inscrit dans la continuité de sa première parole lors de son élection au balcon : “La paix soit avec vous ! C'est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante”. Il utilise sa parole libre et prophétique pour appeler à la paix.
Une visite historique en Algérie
Le pape Léon XIV a répondu aux critiques du président américain dans l’avion qui le conduisait en Algérie lundi matin : "Je n’ai ni peur de l’administration Trump, ni de dire le message de l’Évangile." C’est la première visite d’un pape en Algérie, la terre de saint Augustin, le maître spirituel du pape Léon XIV, et où l'on commémore cette année le 30e anniversaire de la mort des martyrs chrétiens assassinés pendant la guerre civile algérienne. L'Algérie est un pays avec une religion d’État et qui est majoritairement musulman. Selon François Mabille, l’objectif de ce voyage est avant tout symbolique, sur la question de l’identité et du dialogue interreligieux. “Le pape se rend dans des lieux où se situent des sources chrétiennes. C’est une façon même de rappeler que le christianisme n'est pas une exportation occidentale ou européenne en Afrique, mais que l'Afrique est également un des grands berceaux du christianisme sur le plan historique, sur le plan théologique et sur le plan de la pensée.” Le souverain pontife vient dans une optique de rencontrer tous les Algériens, quelle que soit leur religion.
L'Afrique est également un des grands berceaux du christianisme sur le plan historique, sur le plan théologique et sur le plan de la pensée.
Le pape vient porter une parole universelle, souligne Mgr Hugues de Woillemont, mais aussi soutenir l’action de l’Église sur place. “Dans ce pays, comme dans beaucoup d'autres que je visite maintenant régulièrement, les chrétiens sont au service de tous. Et en particulier des personnes les plus pauvres, les plus fragiles.” Pour le directeur de l’Œuvre d’Orient, les chrétiens rendent un service que l’État n’est parfois plus en capacité de rendre.
Une tournée à travers l’Afrique
Ce voyage papal débute par deux jours en Algérie, pour se poursuivre ensuite au Cameroun, en Angola et s'achèvera le 23 avril en Guinée équatoriale. François Mabille qualifie le rôle des communautés chrétiennes dans ces pays “d’église Providence”. Quand l’État ne joue pas son rôle, les communautés religieuses prennent très souvent le relais sur les aspects sanitaires, sociaux et éducatifs. “Bien évidemment, dans les quatre pays, la situation est différente puisque l'Algérie est majoritairement musulmane et les trois autres pays sont majoritairement chrétiens, voire catholiques”, précise le directeur de l’Iris.
Bien évidemment, dans les quatre pays, la situation est différente puisque l'Algérie est majoritairement musulmane et les trois autres pays sont majoritairement chrétiens, voire catholiques
La thématique de la paix sera un enjeu largement abordé tout au long de ce voyage, notamment au Cameroun, qui connaît des tensions liées à la présence de groupes islamistes et avec des tentations sécessionnistes dans la partie majoritairement anglophone du pays. Les communautés chrétiennes jouent dans ces régions un rôle de médiateur et de lien.


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