Léon XIV à l'Unesco : "Être humain implique une responsabilité devant l’histoire"
C'est un discours à contre-courant que Léon XIV a prononcé au siège de l’Unesco. Trois mois avant le retrait des États-Unis de l'organisation, il a affirmé qu'elle était un "interlocuteur privilégié" pour le Saint-Siège. Il a aussi parlé de "responsabilité devant l'histoire"... Si ce discours semble à contre-courant, c'est qu'il est empreint de spiritualité. Léon XIV a redit quelle est la vision chrétienne de la condition humaine.
Avec gravité, le pape a dénoncé "des formes rapaces de néocolonialisme" et "des impositions idéologiques". Siège de l'Unesco, le 25/09/2026 ©Vatican MediaAucun pape avant lui ne s’était rendu au siège de l’Unesco depuis 1980, dans ce territoire qui n’est pas tout à fait la France puisque c’est un lieu international. Léon XIV est venu y défendre le multilatéralisme, alors que les institutions internationales traversent une "crise d’efficacité", comme il l’a reconnu lui-même.
Le matin de sa première journée en France, dans le palais de l’Élysée, Léon XIV a déclaré que "la France a la vocation de demeurer un artisan infatigable de paix et de multilatéralisme". On pouvait donc deviner quelle serait la teneur de son intervention à l’Unesco. Mais on ne s’attendait pas forcément à une prise de parole aussi profondément spirituelle dans un tel lieu, emplie de sagesse biblique, qui n’ignore pas les réalités du monde et de la condition humaine. Et qui n’élude rien du contexte actuel alarmant. Léon XIV semble donc affirmer un style, en apparence apaisé, avec lequel il multiplie les appels à la prise de responsabilité.
L’Unesco, un "interlocuteur privilégié" pour le Saint-Siège
Les organisations comme l’Unesco ont beau connaître une "crise d’efficacité", Léon XIV affirme qu’il s’agit bien là "d’un interlocuteur privilégié au service du bien commun" pour l’Église. Rappelant que l’année 2027 sera marquée par le 75e anniversaire de la présence du Saint-Siège à l’Unesco, il a souligné que les deux institutions partagent un objectif commun. "Le projet de construire ensemble un monde juste coïncide avec une mission que nous avons appris à partager au fil de l’histoire."
46 ans après Jean-Paul II, Léon XIV marche donc dans les traces du pape polonais, qu’il a cité dans son discours à l’Unesco : "Éduquer, c’est aider l’homme à « être » davantage et non seulement à « avoir » plus". Et dans ce "lieu où l’humanité réfléchit sur elle-même, sur son histoire et sur son avenir", le chef de l’Église catholique a interpellé les membres de l’Unesco par "une question qui appelle une réponse urgente : que signifie être humain ?"
"Être humain implique une responsabilité devant l’histoire"
Avec des propos empreints de spiritualité, le pape a invité chacun à considérer en premier lieu la grandeur et la petitesse de la nature humaine. "Avant tout, la personne humaine est un être qui est né... Nous naissons tous nus et dans le besoin. Nous sommes pauvres de naissance, nous avons besoin de pain et de paroles, d’attention et d’affection - c’est-à-dire de tout ce qui nourrit le corps et l’esprit."
Petitesse de l’humanité mais aussi immense liberté qui est la sienne. Léon XIV a rappelé, à la suite de générations de théologiens chrétiens, ce qui est au cœur de l'anthropologie chrétienne : que l’être humain est profondément libre – libre de faire le bien comme de faire le mal. Et cette liberté engage la responsabilité, une notion au cœur de la culture biblique. "Dès le départ notre humanité est un don et une épreuve, une promesse et une responsabilité."
Des propos politiques forts
Au siège de l’Unesco un appel pressant a retenti, un appel à "garantir que les nouvelles technologies restent au service de la personne humaine". En reprenant des idées centrales de son encyclique "Magnifique humanité", Léon XIV a souligné que "certains systèmes artificiels ont même reçu le nom de notre faculté humaine de pensée : l'intelligence… Alors que l'on prête une « intelligence » à des systèmes informatiques, nous peinons à reconnaître la dignité inaliénable de la personne humaine."
Avec gravité, le pape a dénoncé "des formes rapaces de néocolonialisme" et "des impositions idéologiques". Il a rappelé que c’est dans "l’existence vécue" que l’on trouve "le sens de la vie". Invitant à ne pas démissionner de notre quête de sens, il a eu cette formule marquante : "Le sens est l’oxygène de l’esprit."
Comme le matin même devant les responsables politiques français, le souverain pontife a renouvelé ses propos sur le respect de la vie. Sans toutefois citer la devise de son voyage, "pour que le monde ait la vie", qu’il avait répété trois fois à l’Élysée. "Notre dignité n'est pas détruite par la maladie ou par la souffrance, a-t-il déclaré, et elle ne dépend pas de nos capacités. Elle appelle, au contraire, une sollicitude aimante à chaque étape de la vie."


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