Léon Marchand : la vague olympique se heurte à des bassins qui débordent
Alors que débute les championnats d'Europe de natation à Paris et Saint-Denis vendredi 31 juillet, la discipline espère profiter de la dynamique créée par Léon Marchand. Mais malgré l'engouement autour du quadruple champion olympique, le nombre de licenciés n'a progressé que d'environ 1 à 2 % depuis les Jeux de Paris. La faute notamment à des piscines saturées et à un manque d'infrastructures.
© Rockwell branding agency / PexelsLes meilleurs nageurs européens se retrouvent à Paris et Saint-Denis pour les championnats d'Europe de natation du 31 juillet au 16 août. Quadruple champion olympique à Paris, Léon Marchand est devenu l'une des figures du sport français. Son parcours inspire une nouvelle génération de nageurs, mais cet enthousiasme ne se traduit pas pleinement dans les chiffres des licences. Les clubs, confrontés à un manque de créneaux et d'équipements, peinent à répondre à la demande. Pour la Fédération française de natation, le principal défi est désormais de développer les infrastructures afin de permettre à davantage de Français d'apprendre à nager, alors que dans le pays, 1 personne sur 7 ne sait pas nager.
Un engouement freiné par le manque de bassins
L'effet Léon Marchand est bien réel, mais il reste difficile à mesurer à travers les seules licences. Selon Clément Anne, data scientist spécialisé dans le suivi des pratiques sportives à l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (INJEP), la hausse du nombre de licenciés depuis les Jeux olympiques est de l'ordre de 1 à 2 %.
Ce chiffre ne reflète toutefois pas l'intérêt suscité par la discipline. “Ce qu'on comptabilise, ce sont les licences délivrées, pas les refus de licences”, souligne-t-il. Autrement dit, de nombreux candidats ne peuvent tout simplement pas être accueillis.
Les clubs de natation sont confrontés à plusieurs limites : “le nombre de lignes d'eau disponibles, le nombre de maîtres-nageurs et un parc de piscines très vieillissant”, énumère Clément Anne. Résultat, le nombre de licenciés reste stable, autour de 400.000, alors que la France compte plus de 13 millions de pratiquants occasionnels et près de 4 millions de pratiquants réguliers, selon les données de l'INJEP.
Des piscines à construire pour répondre à la demande
La situation n'est pas nouvelle. Après les Jeux olympiques d'Athènes en 2004 et les performances de Laure Manaudou, les licences avaient progressé d'environ 8 %. Une dynamique similaire avait été observée après les succès d'Alain Bernard en 2008, puis ceux de l'équipe de France aux Jeux de Londres en 2012.
Pour Laurent Ciubini, directeur général de la Fédération française de natation, le véritable enjeu est désormais celui des infrastructures. Il appelle l'État et les collectivités à investir davantage dans les équipements. “Les piscines, c'est un établissement qui est déficitaire par essence. On peut voir ça comme un déficit, on peut voir ça comme un investissement”, estime-t-il. La fédération travaille ainsi au développement de piscines plus compactes et plus économes en énergie “avec de hautes exigences environnementales” afin de réduire les coûts de fonctionnement, souvent jugés trop élevés par les collectivités.
Le dernier grand plan national de construction de piscines remonte à la fin des années 1960, à l'époque des célèbres piscines Tournesol lancées dans la foulée des Jeux olympiques de Grenoble de 1968.
Apprendre à nager, un enjeu de sécurité publique
Au-delà des performances sportives, la Fédération française de natation rappelle que l'apprentissage de la nage répond à un enjeu majeur de santé publique. La noyade demeure la première cause de mortalité accidentelle chez les moins de 25 ans.
Pour attirer davantage de jeunes, la fédération a entièrement repensé son système de formation. “On a complètement renouvelé notre école de natation française pour la rendre plus attractive”, explique Laurent Ciubini. Inspiré du fonctionnement des écoles de ski, ce nouveau parcours s'appuie sur des niveaux progressifs et des récompenses.




