Le village d'Émeringes lance un SOS pour sauver son église
À Émeringes, village du Beaujolais de moins de 300 habitants entre Belleville-en-Beaujolais et Mâcon, une course contre la montre est lancée pour sauver l’église Notre‑Dame‑Immaculée. Fermé depuis 2022 pour raisons de sécurité, l’édifice se trouve menacé d’effondrement à cause de désordres structurels importants. La Fondation du Patrimoine a lancé une souscription pour récolter 100 000 € et lancer un vaste programme de restauration.
L'église d'Émeringes se trouve menacé d’effondrement - © Agence Chanu« Nos parents se sont battus pour que l'église d'Émeringes ne ferme pas. Et notre génération, on veut éviter que l'église d'Émeringes ne s'écroule. » Pour Patrick du Chaylard, maire d’Émeringes, sauver l'église du village dépasse largement le cadre de son mandat d'élu. C'est lui qui a eu la lourde responsabilité de fermer les portes de l'édifice il y a quatre ans, après des chutes de morceaux de bâtiment autour de l'autel. Aujourd'hui, les travaux peinent à démarrer malgré l'urgence de la situation. Les premières phases concernent les charpentes, la toiture et les maçonneries pour consolider notamment une partie du flan gauche de l'église « qui a tendance à s'ouvrir » précise le maire du village qui a fait appel à Olivier Chanu, architecte du patrimoine qui a notamment travaillé sur la rénovation de l'église de Régnié-Durette.
La seule première phase du projet est chiffrée autour d'un million d'euros, pour un projet global de 3,5 millions d'euros, en comptant l'ensemble des travaux y compris intérieurs avec les vitraux. « C'est énorme par rapport à un village comme Émeringes » se désole le maire, « les budgets ne sont pas extensibles, ça représente une dette énorme ». Une mission rendue d'autant plus difficile que le bâtiment construit en 1865 n'est pas classé. Sans cette reconnaissance comme monument de France, « on n'est pas regardé par les grandes instances. On se retrouve, nous petits villages, à entretenir et s'occuper d'églises, alors qu'on a un budget très très faible. Et puis ça ne va pas en s'améliorant puisque ça baisse de plus en plus » déplore Patrick du Chaylard qui se dit « très inquiet ». Pour financer les travaux de ce « repère » pour les habitants, la commune a fait appel à la Fondation du patrimoine et cherche des mécènes.
« L'État préfère faire des obus que des églises »
Pour aider la municipalité dans ce projet, des habitants ont fondé l'association « Émeringes, notre Église », qui regroupe une centaine de membres. Objectif : « parler d'Émeringes, parler de ce qu'on peut donner pour sauver une église et sauver un village » plaide son président, Pierre-Marie Ruet. Même si lui ne vit plus dans le Beaujolais, il se sent encore profondément attaché à l'église, comme beaucoup d'habitants, « qu'ils soient catholiques pratiquants ou pas ».
Le projet initial prévoyait la réouverture de l'édifice et le retour des messes le samedi dès 2027 mais cet ambitieux planning ne pourra pas être tenu. « Je m'attendais à un retour plus positif et plus direct de différentes institutions. L'État ne nous a pas suivi mais on redépose des dossiers cette année. On préfère faire des obus que faire des églises... Ça me choque un peu mais c'est ainsi » regrette le maire, qui compte de nouveau solliciter l'État mais aussi la région Auvergne Rhône-Alpes, le département du Rhône, qui avait déjà accordé une subvention au projet l'an dernier, ou encore la communauté de communes. Le maire et ses habitants espèrent aujourd'hui que leur église saura intéresser les amoureux de patrimoine « parce que c'est beau Notre-Dame, c'est beau Fourvière, mais il faut aider les petits villages qui ont du mal à sauver ces églises », d'autant que les sculptures à l'intérieur sont signées de Joseph Fabich, qui a également réalisé celles de Notre-Dame de Fourvière.


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