Le Vatican, poids lourd de la diplomatie
Le 9 février, une conférence spéciale sur la diplomatie s’est déroulée au Collège des Bernardins, en partenariat avec RCF et Radio Notre-Dame. Mgr Celestino Migliore, nonce apostolique en France, avec Brigitte Curmi, ancienne ambassadrice de France en Libye, échangent sur les particularités de la diplomatie du Saint-Siège.
Pape Léon XIV © Vatican MediaDéfendre les intérêts des chrétiens et de chaque personne humaine, de tous les peuples : telle est la mission du Souverain Pontife. Son intérêt pour tous les peuples contraste avec la diplomatie classique d’un État qui défend ses propres intérêts. Communication, représentation et négociation sont les fondements de la diplomatie. C’est d’ailleurs à Rome, en 1701, que la toute première école de diplomatie a vu le jour : l’Académie pontificale ecclésiastique.
Un réseau diplomatique mondial
Chaque nouveau pape, lorsqu’il est élu, hérite d’un appareil diplomatique dont le réseau, constitué par les nonces apostoliques, de nombreux laïcs et autres ecclésiastiques, est extrêmement vaste. La Secrétairerie d'Etat est le dicastère (l'équivalent d’un ministère) le plus proche du Souverain Pontife. Il l'aide dans l'exercice de sa mission. Cette entité possède une section chargée des relations avec les autres Etats. Elle suit les questions à traiter avec les gouvernements, assure la représentation du Saint-Siège auprès d’organismes internationaux et veille à la mise en place d’accords (comme les concordats). Depuis 2013, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège est Mgr Pietro Parolin.
À Rome, 93 ambassades et missions permanentes étrangères existent. Le Saint-Siège entretient des relations diplomatiques avec 186 États. En 1530, les premiers liens officiels sont établis avec le royaume de France, sous le règne de François Ier. Les nonces apostoliques ont des fonctions similaires aux ambassadeurs. Dans le monde entier, ils sont actuellement 128. En 2025, 3 pays supplémentaires ont ouvert des missions à Rome : le Burundi, la Biélorussie et le Kazakhstan. A l’ONU comme au Conseil de l’Europe, le Saint-Siège a un statut particulier d’observateur, qui en fait un acteur à part entière des relations internationales. Les observateurs, au nombre d’environ 70, ont une capacité limitée à participer à l'organisation, n'ayant pas la possibilité de voter ou de proposer des résolutions.
L’état du Vatican est le plus petit du monde, pourtant son maillage est extrêmement dense et étendu. Un prêtre de paroisse est en contact avec son évêque et celui-ci se réfère au nonce apostolique. Ensuite, le pape est contacté. Les échanges sont donc directs et simplifiés. "La diplomatie du Saint-Siège consiste à préparer le terrain, à favoriser les rencontres", explique Mgr Migliore, avant d’ajouter que "c’est la clé du rôle de médiateur".
Il n’existe pas de standard définissant un succès diplomatique.
Les leviers de la diplomatie vaticane
Mgr Migliore et Brigitte Curmi s’accordent pour déclarer que la diplomatie du Saint-Siège s’appuie "avant tout sur la parole". N’ayant pas d’économie à faire fructifier ou d’armée effective, le Vatican veille à entretenir des liens interétatiques fondés sur l’aspect moral plutôt que les enjeux géopolitiques. Le discours de Léon XIV, prononcé le 9 janvier devant le corps diplomatique, illustre cette perspective. La diplomatie "qui promeut le dialogue et recherche le consensus de tous, est remplacée par une diplomatie de la force, des individus ou de groupes d’alliés", déplore le Saint-Père. En déclarant le "retour à la mode" de la guerre et l'expansion d’une "ferveur guerrière", le Saint-Père dresse un constat alarmant. La diplomatie justement, a précisément pour but "d’éviter la guerre", affirme Brigitte Curmi. Faisant écho aux propos du pape devant les diplomates, elle estime que "le droit international doit rester une boussole". Mgr Migliore, grâce à ses nombreuses expériences internationales, insiste sur l’importance de deux leviers fondamentaux de la diplomatie vaticane : la persuasion et la défense des droits de l’homme.
Cela passe principalement par les prises de parole. Les voyages apostoliques jouent aussi un rôle primordial. Selon Mgr Migliore, même si les voyages pontificaux "ne produisent pas de résultats quantifiables", "l’audience du pape a une dimension sans frontières" qui lui est singulière. Peu de chefs d'États peuvent s’attribuer une telle aura. Saint Jean XXIII, dans son encyclique Pacem in Terris publiée en avril 1963, pose les bases d’une diplomatie vaticane focalisée sur la paix universelle et ayant pour fondement la justice, la vérité et la liberté. Cette encyclique, rédigée dans le contexte de la crise des missiles de Cuba, est un véritable tournant. Elle reconnaît notamment la protection des droits de l’homme comme conditions de relations pacifiques entre les nations. "Il faut favoriser et soutenir les organismes internationaux qui travaillent à la paix, à la justice sociale et à la coopération entre peuples. L'Église y voit un moyen providentiel pour réaliser le bien commun universel."
La force de la diplomatie vaticane, c’est sa communauté.




