Le souci écologique, lubie de « bobos déconnectés » ou principe de réalité sur les côtes de la Manche ?
Entre les deux tours des municipales, Mahaut Herrmann nous propose une réflexion sur la place des enjeux écologiques dans les programmes des candidats.
La Manche fait partie des départements français les plus concernés par l'érosion du trait de côte ©RCF MancheMahaut Herrmann est chercheuse, ancienne journaliste, et co-autrice de deux livres avec son mari, Johannes Herrmann, La vie oubliée. Crise d’extinction : agir avant que tout s’effondre (éditions Première Partie, 2018) et Comprendre et vivre l’écologie (éditions de L’Emmanuel, 2020).
Entre les deux tours des élections municipales, je voudrais proposer une petite réflexion depuis le Cotentin où je vis depuis presque deux ans. Quand nous habitions Lyon avec mon mari, nous entendions souvent dire que c'était facile d'avoir des engagements écologistes dans une grande ville, mais que nous verrions le jour où nous irions habiter dans une région beaucoup plus campagnarde, et que nous comprendrions que nos préoccupations écologistes étaient caractéristiques de bobos citadins déconnectés du reste du pays. Depuis que nous habitons dans la Manche, j'ai envie de dire aux gens de venir voir ici ce qui se passe.
À Carentan, commune des marais menacée par la montée du niveau des mers, la liste divers droite qui a gagné au premier tour a inclus dans son programme un paragraphe entier intitulé « Transition écologique », abordant la protection de la biodiversité, les enjeux climatiques, et promettant de travailler en partenariat avec la Réserve naturelle régionale des marais du Cotentin et du Bessin. Un parti écologiste n’aurait pas renié cette partie du programme. Eh oui, quand on est au cœur d'une réserve naturelle régionale dont le but est, entre autres, d'empêcher que la tourbe des marais se minéralise et libère une masse de carbone, dont beaucoup n'ont même pas idée, qui viendrait s’ajouter au carbone déjà produit par l’humanité, et que l'altitude moyenne de la ville est proche du niveau de la mer, on ne peut pas se payer le luxe du déni écologique.
De même, dans le Coutançais, la communauté de communes comporte des communes littorales confrontées à l'érosion du littoral et à la montée des eaux. À Coutances, sur la majorité des listes qualifiées pour le second tour, il y a des candidates et des candidats connus pour travailler dans la transition écologique ou le développement durable. De même, une majorité de programmes comporte des mesures écologiques, même si elles ne sont pas nommées comme telles, comme la végétalisation de la ville ou la promotion des circuits agricoles courts et bios.
Dans une autre commune littorale, Saint-Pair-sur-Mer, une liste à étiquette centriste, héritière de l’équipe sortante et dont le programme avait une forte composante écologique, a été élue à plus de 60 %.
Sur un territoire littoral, les catastrophes écologiques font partie des perspectives d'avenir à moyen terme. Elles menacent l’habitat du bord de mer , ainsi que deux moteurs de la vie économique que sont l’agriculture et le tourisme. Au bord de la mer, sur la façade ouest du littoral français, c’est de ne pas parler des effondrements écologiques qui est un luxe, même si l’action politique ne suit pas toujours les paroles de ne pas en parler publiquement. C’est bien parce que les élus et électeurs locaux savent ce qu’apportent les haies contre les effets desséchants du vent, contre l’érosion, en faveur de l’agriculture bocagère, que des communautés de communes portent des programmes ambitieux de replantation des haies.
Même si on peut se poser la question de l’intérêt porté à l’urgence écologique par les sénateurs investis par ces élus, il n'en reste pas moins que, dans un département menacé à court terme par l'érosion du littoral et la montée du niveau des mers, la présence d'une partie fortement écologique dans un programme électoral n'est pas du tout rédhibitoire pour être élu, bien au contraire.


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