« Le pire est devant nous » : Philippe Chalmin alerte sur une crise énergétique durable
Les prix à la pompe vont-ils bientôt descendre ? La guerre en Iran a provoqué une hausse brutale du coût de l'énergie, causée notamment par le blocus du détroit d'Ormuz. Invité de la matinale RCF Notre Dame, l'économiste Philippe Chalmin analyse la crise énergétique. Pourrait-elle accélérer la transition écologique ? Les bénéfices records de TotalEnergies sont-ils légitimes ?
©Pixabay« Ce sont des mesurettes », tranche Philippe Chalmin, à propos des aides annoncées par le gouvernement qui peinent à convaincre. Cependant, pour l'économiste, l'État n'a plus les marges budgétaires des années du « quoi qu'il en coûte ».
Un pétrole à 200 dollars ?
« Un centime de diminution de la fiscalité, si celle-ci était générale, ça représente en base annuelle 500 millions d'euros de moindres rentrées », rappelle-t-il, alors qu'une baisse réellement visible à la pompe coûterait plusieurs milliards.
Le cœur de l'inquiétude se situe désormais autour du détroit d'Ormuz. Plus de 10 millions de barils manqueraient chaque jour au marché mondial. « Le pire est devant nous », prévient Philippe Chalmin. Une phrase qui résume bien l'ensemble de son constat. Le diesel se montre particulièrement fragile. « Le prix du kérosène a, dans certains cas, été multiplié par trois », note-t-il, alors que débute la saison des départs en vacances. Le scénario d'un pétrole à 200 dollars n'est plus écarté. « Là, je suis carrément à 3 euros le litre », alerte l'économiste.
La sobriété par la contrainte
Autre idée forte : la crise énergétique pourrait accélérer la transition écologique. « Ce n'est que sous la contrainte que vous devenez raisonnable », lance Philippe Chalmin, lui qui voit dans un pétrole cher « un cadeau pour les générations futures ».
Une vision proche de ceux qui défendent la sobriété énergétique et qui voient dans la hausse des prix un moyen de faire évoluer les comportements. À l'inverse, plusieurs associations dénoncent une écologie punitive qui frappe d'abord les ménages modestes et les habitants ruraux, souvent dépendants de la voiture. Le mouvement des Gilets jaunes reste pour beaucoup le symbole de cette opposition entre transition écologique et pouvoir d'achat.
Les profits de Total dans le viseur
Les bénéfices records de TotalEnergies alimentent aussi les critiques. « Ce sont des profits légitimes », soutient Philippe Chalmin. Il salue le plafonnement du carburant à 1,99 euro dans les stations du groupe. À gauche, plusieurs responsables politiques réclament au contraire une taxation des "superprofits" de la compagnie pétrolière. Jean-Luc Mélenchon plaide par exemple pour "prendre dans les profits des multinationales de l'énergie" afin de financer des aides plus nombreuses aux ménages. Les écologistes, eux, défendent aussi une contribution des grands groupes pétroliers.
Reste désormais à savoir combien de temps encore les économies pourront-elles tenir sous cette pression énergétique permanente. Car sur le pétrole comme sur le gaz, Philippe Chalmin, lui, décrit avant tout une crise appelée à durer. « Tout se touche un petit peu », rappelle-t-il, des carburants jusqu'aux engrais, aux transports ou à l'alimentation.


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