Le père Jacques Hamel continue d’inspirer dix ans plus tard
Dix ans après l’assassinat du père Jacques Hamel par deux djihadistes alors qu’il célébrait la messe à Saint-Étienne-du-Rouvray, la commune lui a rendu hommage les 25 et 26 juillet 2026. Autour de plusieurs personnalités, dont le Premier ministre Sébastien Lecornu et le cardinal Jean-Marc Aveline, les fidèles sont venus célébrer la mémoire d’un prêtre dont le décès continue de marquer les esprits.
Église Saint-Étienne de la commune Saint-Étienne-du-Rouvray ©Diocèse de RouenLa petite église de trois cents places de Saint-Étienne-du-Rouvray est pleine à craquer. Ce 26 juillet 2026, plusieurs personnes se rassemblent pour la messe commémorative du père Jacques Hamel, assassiné lors d’un attentat terroriste il y a dix ans. Pour beaucoup, sa disparition reste une blessure vive. Entre dialogues, réflexions spirituelles et travail de mémoire, son héritage continue de résonner.
Renforcer les liens intercommunautaires
La mort du père Jacques Hamel a profondément marqué de nombreux Français. Marina se souvient de ce qu’elle a avec son fils, Paul-Arthur. Âgé de quatre ans au moment de l’attentat, il fréquentait l’école Jeanne d’Arc où le prêtre venait régulièrement. « On met les infos comme beaucoup de gens à 13 heures [...] et c’est comme ça qu’on l’a appris [...]. Paul-Arthur est le seul de notre famille à avoir eu des liens un peu plus étroits avec le père Hamel », raconte-t-elle. Sa famille avait déménagé quelques mois avant le drame. « Ça a été un grand choc, mais ça a soudé tout le monde autour de qu’il s’est passé au sein de la communauté paroissiale », confie Marina. Un événement qui aurait pu nourrir la haine, mais qui a au contraire renforcé les liens, notamment avec la communauté musulmane. « On a été marqué très profondément et tous les ans ça revient [...]. On se maintient debout, on est solidaire et on avance », ajoute Linda Dupré, déléguée pastorale de Saint-Étienne-du-Rouvray.
Une réflexion sur la dévotion des prêtres
L’attentat du 26 juillet 2016 interroge également le rôle du prêtre. Raphaël, aujourd’hui séminariste, se trouvait à Rouen au moment des faits. « Le père Jacques Hamel est l'exemple de par son martyr d’un prêtre qui a vécu sa vie jusqu’au bout », explique-t-il. Selon lui, la mort du père Hamel invite les prêtres à s’interroger sur le don de soi. Le prêtre appartenait d’ailleurs à une génération où renoncer au sacerdoce était relativement fréquent. « Lui, il l’a tenu jusqu’au bout et même face à la mort il a préféré choisir la foi », ajoute le séminariste.
Le devoir de mémoire par l’image
Si certains soulignent le dialogue intercommunautaire ou la réflexion sur le sacerdoce, d’autres choisissent de raconter la vie du père Jacques Hamel à travers leurs œuvres. En 2024, le film Que notre joie demeure, réalisé par Cheyenne-Marie Carron, retrace les derniers jours du prêtre. Deux ans plus tard, Paul de Vulpillières, chroniqueur cinéma, auteur et scénariste de bandes dessinées publie Père Jacques Hamel - prêtre jusqu’au martyre (éditions Plein Vent). « Au moment de l’attentat, j’ai été saisi. J’ai vraiment eu la sensation que l’histoire de France percutait l’histoire de l’Église [...]. Je me suis dit que le père Jacques Hamel serait un bon sujet pour parler de ce que c’est qu’une humble vie de prêtre au grand public », raconte-t-il. La collecte d’informations s’est révélée longue et complexe, forçant l'œuvre à paraître un an plus tard, le 22 avril 2026. « J’avais plutôt envie de mettre en avant la vie du prêtre dans toute sa normalité, dans toute sa banalité, dans une beauté un peu rugueuse de ce prêtre qui n’a jamais cherché à se mettre en avant [...]. Il y a une forme de pauvreté, de complicité que je trouve belle et c’était vraiment ça que je voulais mettre en avant », confie Paul de Vulpillière.
Dix ans plus tard, le martyr du père Jacques Hamel continue de toucher de nombreux Français. À la demande des habitants de la commune, une plaque portant l’inscription « parvis Jacques-Hamel » a été inaugurée devant l’église et en présence de Roseline Hamel, la sœur du prêtre. La célébration s’est voulue joyeuse malgré l’émotion. Derrière l’autel, l’étole que portait le père Jacques Hamel au moment de son assassinat était exposée sur une croix en bois, symbole de mémoire et d’espérance.


Chaque matin, Pierre-Hugues Dubois reçoit une personnalité au cœur de l’actualité nationale ou internationale. Décryptage singulier de notre monde et de ses enjeux, mais aussi découverte d’un parcours, d’un engagement. Au cœur de la grande session d’information du matin, une rencontre quotidienne pour prendre de la hauteur avec bienveillance et pour donner du sens à l’information.
