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Le pastoralisme, une réponse durable aux enjeux de l'élevage moderne ?

Le pastoralisme, une réponse durable aux enjeux de l'élevage moderne ?

Un article rédigé par Amaury Nadalon - RCF, le 4 juin 2026 - Modifié le 4 juin 2026
Je pense donc j'agisLe pastoralisme, une réponse durable aux enjeux de l’élevage moderne ?

Longtemps perçu comme un mode d'élevage traditionnel réservé aux montagnes et aux espaces ruraux les plus isolés, le pastoralisme est aujourd'hui au cœur des réflexions sur l'avenir de l'agriculture française. Peut-il s’imposer comme un modèle d’avenir malgré ces fragilités ?

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Le 4 février 2026, la commission des affaires économiques du Sénat lance une mission d'information transpartisane sur le pastoralisme, commissionnée par le député RN du Cantal, Jean-Yves Bony et la députée écologiste de la Drôme, Marie Ponchon. Un rapport contenant 45 propositions, afin d'évaluer les défis et les perspectives de cette pratique. Les conclusions rendues mercredi 3 juin 2026 soulignent l'importance du pastoralisme dans un contexte marqué par les transformations du monde agricole. Cet usage, qui représente près de 18 % des élevages et plus d'un cinquième du cheptel national, joue un rôle économique, social et territorial important, générant un potentiel économique de 8,5 milliards d’euros. Mais il doit faire face à de nombreuses difficultés, une hausse des coûts de production, un manque de main-d'œuvre, une sécheresse récurrente et une pression de la prédation. Dans un même laps de temps, les attentes des consommateurs évoluent vers des produits plus locaux, plus durables et davantage respectueux du bien-être animal. Le pastoralisme apparaît alors comme une pratique capable de répondre à certains enjeux environnementaux tout en valorisant les territoires ruraux.

Dans l’émission Je pense donc j’agis présentée par Melchior Gormand, Marie-Odile Nozières-Petit, zootechnicienne des systèmes d'élevage, chercheuse à INRAE et Denis Rebreyend, éleveur bovin à la retraite, vice-président de la Fédération des Alpages de l'ISÈRE, analysent cette pratique.

Le pastoralisme, un métier ancestral et exigeant 

C'est une pratique répandue à l’international mais qui reste toutefois difficile à définir. “Ce sont près de 500 millions de personnes qui vivent du pastoralisme et près de 200 millions d'éleveurs”, explique Marie-Odile Nozières-Petit. Cela représente environ un tiers des surfaces terrestres qui peuvent être considérées comme des parcours, c’est-à-dire des lieux pour élever leurs troupeaux. “C'est vraiment le plus vaste écosystème terrestre”, raconte la chercheuse à INRAE. Mais comment vraiment définir ce qu'on entend par pastoralisme ? "C'est le fait d'élever des animaux à partir de ressources alimentaires, de végétations spontanées, car ce sont les animaux qui vont chercher le pâturage, des végétaux qui ne sont pas cultivées par l'Homme”. Le pastoralisme est d'autant plus écologique qu’économique puisqu'au lieu de produire du foin, des céréales, les animaux vont pâturer.

Ce sont 500 millions de personnes qui vivent du pastoralisme et 200 millions d'éleveurs.

Les éleveurs assistent à un événement qui arrive deux fois par an : la transhumance. Cette migration saisonnière du bétail entre les pâturages d'hiver et d’été se déroule chaque année. "Dans les Alpes, ce sont les troupeaux qui viennent de la Croix depuis le sud de la France et qui montent sur les alpages dans les Alpes. Puis il y a les petites transhumances telles que nous, nous la pratiquons, c'est-à-dire que l'alpage n'est pas très loin du siège de la ferme ou dans le département”, évoque Denis Rebreyend, le vice-président de la Fédération des Alpages de l'ISÈRE.

L'esprit de tous les éleveurs, c'est de pallier les besoins de son cheptel.

Une pratique qui ne s’est pas réellement émancipée depuis plus de 10.000 ans. “En effet, le métier n’a pas beaucoup évolué, nous montons les animaux au printemps au moment où l'herbe commence à pousser. Il y a un besoin d'herbes, d'eau et de santé animale. L'esprit de tous les éleveurs, c'est de pallier ces besoins cruciaux”, témoigne Denis Rebreyend. D’après la zootechnicienne Marie-Odile Nozières-Petit, "certes le métier n'a pas beaucoup bougé dans ses rythmes, mais il est en train de changer parce que la végétation est perturbée à cause du changement climatique en cours”. Les conditions climatiques influencent les chemins de transhumance qui sont en train de changer, “mais sur le principe, aller chercher la ressource là où elle est, n'a pas changé pour le moment”, affirme-t-elle. 

Les défis quotidiens des pasteurs

Une pratique qui se développe dans le secteur touristique. La montagne attire de plus en plus de touristes. Nous nous apercevons que pour certains, c’est un espace de liberté totale”, intervient, Denis Rebreyend. Cette activité est une “constante pour l’agriculture française car les français ont une conscience aigüe de l’agriculture", raconte Marie-Odile Nozières-Petit. Les alpages deviennent donc des espaces de loisirs et pour que cela soit plus visible, des plateformes comme Pasto-Kézako vulgarisent la profession pour la rendre plus attractive et plus accessible. 

L’élevage est une activité qui nous renvoie à notre humanité.

Il y a tout de même un équilibre à trouver dans le tourisme. "Cela se fait dans le respect mutuel, la connaissance et la compréhension qu'on a les uns des autres de nos fonctionnements”, évoque la zootechnicienne Marie-Odile Nozières-Petit. À travers les visites touristiques, un partage de connaissance se transmet dans de nombreuses activités, telles que les fêtes de la transhumance ou encore la montée de sel qui aura lieu le mi-juin 2026. Ces activités permettent de mieux comprendre les réalités du métier dans le but de modifier notre vision sur cette pratique historique qui ne se résume pas seulement à un berger tenant sa canne et dirigeant son troupeau. 

Les patous, ces chiens qui défendent et assurent la protection des troupeaux.

Enfin, la prédation est un sujet clivant qui demande la mise en place de moyens importants. “La prédation fait partie de nos préoccupations et a vraiment changé le mode d'élevage, avec les parcs de nuit, plus de personnel, plus de travail. Normalement lorsqu'il fait chaud, les brebis mangent à la fraîcheur la nuit, et il est maintenant nécessaire qu'elles soient placées dans des parcs électrifiés”, témoigne Denis Rebreyend. La prédation reste “un drame pour l’élevage", s'inquiète Marie-Odile Nozières-Petit. Depuis que le loup est revenu en 1992, il a fragilisé la protection des élevages, les patous ont été la solution pour lutter contre ces prédateurs. "Les patous, ce sont des chiens de protection qui défendent et assurent la protection des troupeaux. Là aussi il y a des vrais sujets, notamment pour les touristes, les randonneurs qui parfois se rapprochent un peu trop près d'eux. Il faut donc réussir à travailler ensemble”, conlut-elle. Pour palier les mauvais comportements que peuvent avoir les randonneurs, une application la map.patou renseigne la position exacte des cheptels. 

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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