Le mot de la semaine : "Hypersensibilité"
LE MOT DE LA SEMAINE - L'hypersensibilité désigne une sensibilité exacerbée aux stimuli sensoriels, émotionnels ou environnementaux, souvent perçue comme un trait de personnalité plutôt qu'une pathologie.
Jean Pruvost © Pascal HausherrL’hypersensibilité n’est pas un mot très ancien, puisque sa première attestation en langue française semble dater de 1896, et il faudra attendre le XXe siècle pour qu’il prenne ses lettres de noblesse chez Marcel Proust dans Les jeunes filles en fleurs, roman publié en 1918, dont la place est centrale dans À la Recherche du temps perdu.
Dans la littérature française
Voici d’ailleurs le passage qui lui sert d’écrin, Marcel Proust y soulignant qu’« il peut y avoir vice par hypersensibilité comme il y a vice par manque de sensibilité ». À André Gide, fidèle lecteur de Marcel Proust, d’user aussi de ce mot dans son Journal en 1924, lui faisant quitter le milieu médical où il semble qu’il soit d’abord né pour caractériser un état psychologique. Et Gide de confesser ainsi son état d’esprit, à un moment particulier : « Il m’est arrivé, déclare-t-il, de sentir nettement ma vie en danger. Eh bien, je ne parvenais pas à prendre cela au sérieux ; j’agissais tout comme, avec une parfaite présence d’esprit et dans un état de tension nerveuse extrême et d’hypersensibilité ».
Il est temps maintenant d’ouvrir un dictionnaire, mais il faut en réalité attendre le XXe siècle pour bénéficier d’une définition ; choisissons celle de l’Académie française, offrant deux sens, le premier assimilant l’hypersensibilité à une « extrême sensibilité physique ou morale ». Et de donner alors un exemple que l’on a tous entendu pour déterminer un comportement : « Il est ‘une hypersensibilité maladive ». Quant au second sens, il est médical, définissant une « réaction immunitaire amplifiée lors d’un second contact avec un antigène », avec cet exemple explicite : « Les allergies sont des manifestations d’hypersensibilité. »
Hypersensible et hyposensible
A l’origine, il y a l’adjectif « hypersensible ». Bien sûr ces deux mots sont construits à partir de la racine grecque « hyper », au-delà, au-dessus. Mais si on en juge à la date de première attestation, l’adjectif « hypersensible », doté des même caractéristiques, n’est relevé qu’en 1907, ainsi défini : « Qui est extrêmement sensible parfois jusqu’à l’exagération, soit d’une manière générale, soit à un allergène particulier. » Comme souvent, lorsqu’un mot devient indispensable, naît son antonyme, son contraire. Certes on peut évoquer le fait d’être « insensible », mais en réalité l’inverse de l’hypersensibilité durable ou provisoire, l’« hyposensibilité », a été inventé à la fin du XXe siècle en jouant du grec « hypo », h-y-p-o, au-dessous. Rappelons que selon les psychologues, il y a jusqu’à 35 % de la population pouvant être hypersensible. Mais, curieusement, quelqu’un d’hypersensible à quelque chose, le bruit ou la trop grande lumière. Il peut se révéler hyposensible à toute autre stimulation, au froid, au chaud, à un tissu rêche.


Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque lundi matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot, le mot de la semaine !




