Le film de la semaine : "Ce qu’il reste de nous" de Cherien Dabis
C’est une vraie épopée familiale, une saga sur 3 générations, pour nous faire ressentir de l’intérieur d’une famille, ce que les Palestiniens ont vécu depuis la création de l’Etat d’Israël : des expropriations, des humiliations, l’exode, l’appauvrissement. La guerre est omniprésente, mais en arrière-plan, voire en hors-champ.
Affiche du film "Ce qu'il reste de nous" ® DRCette semaine, un film revient sur l’histoire récente de la Palestine à travers le destin d’une famille, entre 1948 et aujourd’hui. Rien à voir donc avec les images d’actualités des journaux télévisés. Cherien Dabis a fait le choix de la petite histoire, celle qui nous prend par les sentiments et nous rend les personnages si proches.
Guérir avec son peuple
La réalisatrice est palestino-américaine. Elle est née dans l’Ohio, d’un père palestinien et d’une mère jordanienne. Ce qu’elle connait de la terre de ses ancêtres, c’est ce qu’on lui a été raconté. Ce qu’elle appelle la « post-mémoire », c’est-à-dire des souvenirs de ses proches qu’elle n’a pas vécus mais qui ont fini par faire partie intégrante d’elle-même, y compris les traumatismes. Avec ce film, elle cherche à son tour à nous les transmettre. Elle parle de son besoin de faire reconnaitre les souffrances de son peuple pour mieux en guérir. L’histoire débute en 1988, en plein intifada, par une course-poursuite effrénée entre deux ados, dans les rues étroites de la vieille ville de Naplouse, territoire occupé de Cisjordanie. L’un deux, Noor se retrouve au milieu d’une manifestation anti-israélienne, sous les tirs croisés de la police et prend une balle. A partir de là, dans un flash-forward, sa mère âgée se met à nous raconter l’histoire de son fils, et pour le comprendre dit-elle, celle de son père et de son grand père.
Une histoire familiale
En 1948, les grands parents de Noor vivaient à Jaffa et cultivaient une orangeraie qu’ils possédaient depuis plusieurs générations.
Pour ce grand-père, cela restera éternellement un paradis perdu. Une terre et une maison qu’il tentera de garder et de défendre jusqu’au bout, avec un attachement viscéral. Pour la génération suivante, celle de Salim, le père de Noor, c’est une tout autre histoire. Le déracinement a déjà eu lieu et leur quotidien, c’est la vie en territoire occupée : les privations, les contrôles, l’absence de liberté. Il y a une scène terrible, inspirée d’un souvenir réel de la réalisatrice lors de son premier séjour en Palestine alors qu’elle avait 8 ans. Dans le film, c’est le père de Noor qui se fait humilier devant son jeune fils par des soldats israéliens. Une scène qui restera marquée dans sa mémoire et nourrira ensuite révolte, colère et accès de vengeance.
On comprend bien l’engrenage et le cycle de la violence qui se met en place. Alors comment le rompre ? Plus tard, lors d’un moment critique, face à un dilemme moral terrible, les parents de Noor devront choisir entre amour ou haine du prochain ! Et Hanan, la mère dira alors à son mari : « ton humanité, c’est ta résistance. Personne ne peut te l’enlever ». Une façon de choisir la vie plutôt que la mort. Cherien Dabis termine ainsi son film, de manière douce et apaisée, sur la lumière d’un soleil couchant et les paroles du poème que Salim apprenait enfant : « je suis la mer, dans mes profondeurs se cachent des trésors ».


Le mercredi c'est le jour où sortent les nouveaux films au cinéma. C'est aussi le jour pour écouter, à 8h45, La Chronique cinéma de Valérie de Marnhac !




