Le Doyenné de Brioude raconte la relation intime de Matisse au tissu
Le Doyenné de Brioude accueille une nouvelle exposition événement. Jusqu’au 18 octobre, à travers Henri Matisse : dans l’aventure du tissu, il propose un parcours qui retrace la passion de l’artiste pour les textiles. Une relation née pendant l’enfance et que le Doyenné met en lumière au travers plus de 130 œuvres.
La chasuble rose imaginée par Matisse dans la Chapelle du Rosaire de Vence ©Martin Obadia - RCF Haute-LoireLa relation de Matisse (1869-1954) au textile est peut-être moins connue du grand public et pourtant elle est le fil rouge de sa carrière. C’est ce que souhaite mettre en lumière le Doyenné de Brioude à l’occasion de l’exposition Henri Matisse : dans l’aventure du tissu qui se tient jusqu’au 18 octobre. Elle a été construite par 2 commissaires, Thomas Wierzbinski, le directeur des lieux et Jean-Louis Prat. Pour le premier cette exposition avec ce fil conducteur permet « de comprendre son œuvre sous un prisme différent ». C’est notamment l’occasion de se plonger dans l’histoire de l’artiste. Il est né dans le nord, au Cateau-Cambrésis, un bassin textile qui va « le marquer profondément ». C’est là qu’il va commencer à collectionner des morceaux de tissus.
L’exposition au Doyenné rassemble 138 œuvres. Sont présentées des peintures, des dessins, des estampes, des photographies qui parcourent la carrière de Matisse entre 1900 et 1950. L’approche des lieux vise à s’intéresser à « comment il va réinjecter le textile tout au long de son parcours artistique, explique Thomas Wierzbinski. C'est pour ça qu'on a fait ce choix assez original et de sortir également de la thématique assez régulière du papier gouaché découpé qui est présentée en ce moment au Grand Palais (Paris), qui est une très belle exposition qu'on injecte également dans notre parcours. Mais c'est également présenter un autre Matisse ». L’artiste vit, entouré de tissus. Il collectionne des pièces notamment extra européennes. « Il y a une vraie fascination. Il va acheter des robes pour ses modèles également. Il faut imaginer Matisse en train de faire les boutiques et de sélectionner différentes tenues » raconte le co commissaire.
5 chapitres pour un voyage à travers le monde et l’imaginaire
Henri Matisse : dans l’aventure du tissu est construite en 5 chapitres. Elle révèle la passion de l’artiste pour le voyage à travers les textiles. Le visiteur circule d’espaces en espaces sur ses pas. « On l'amène au gré des voyages de Matisse, c'est-à-dire qu'on est plongé dans l'univers des odalisques [servantes des sultans ndlr] quand il va partir en Afrique du Nord. On part après en Polynésie, ce qui est un voyage quand même très fort pour Matisse. Il ne va quasiment pas peindre sur place, mais il va emmagasiner beaucoup d'images qui vont amener aussi vers le développement des papiers gouachés découpés » détaille Thomas Wierzbinski.

Ce parcours s’achève par une immersion dans l’univers du vêtement religieux et notamment dans la Chapelle du Rosaire à Vence, près de Nice. Matisse « va se lancer à la fois sur des questions d'architecture, de lumière, les vitraux, le chemin de croix jusqu'aux chasubles ». Sur ces chasubles, il travaille sur le mouvement, les formes, comment elles vont s’associer, se dissocier. « Ce qu'on présente, c'est Matisse qui va étudier l'histoire des chasubles, il va aller voir différentes chasubles, notamment au Louvre, pour arriver en fait à la sienne ». Le Doyenné accueille 2 chasubles, une rose et une noire.
La dernière salle a pour objectif également de montrer l’aboutissement que représente cette chapelle. « On se rend compte que Matisse est en train de synthétiser. Finalement, il arrive à l'aboutissement de toute une réflexion, que ce soit sur le textile ou les papiers gouachés découpés. Et c'était vraiment notre souhait de se dire quel est le cheminement qui a amené Matisse à cette synthèse-là ».
Spectacle vivant et haute couture
Le parcours de l’exposition permet aussi de se plonger dans l’univers de Matisse créateur de costumes. L’artiste a été sollicité pour réaliser les décors et les costumes de l’opéra Le Chant du Rossignol de Stravinsky. Le Costume de Pleureur est présenté à Brioude. Le Doyenné présente également des robes de haute couture réalisées par Yves Saint-Laurent, inspirées des créations de Matisse.

Pour les amateurs de cirque et de couleurs, il est possible de voir le livre illustré Jazz, un ouvrage dont Matisse a réalisé des petits textes et l’ensemble des illustrations autour du cirque. Un ouvrage qui « plonge à la fois dans l'enfance et puis la magie des papiers gouachés découpés, de découper dans la couleur ». Matisse qui pourrait être perçu comme un « tailleur de couleur » comme il le fait avec le textile. La version présentée ne contient que les dessins et pas les textes.
Des prêteurs prestigieux
L’exposition rassemble des œuvres venant de 3 pays. Elle est composée de prêts d’établissements publics comme de prêteurs privés. Le Doyenné n’hésite pas à utiliser le terme d’exceptionnel pour qualifier ces prêts. C’est le cas par exemple avec le Musée de l’Orangerie à Paris. « Le régisseur qui a accompagné les œuvres nous l'a dit d'ailleurs, c'est très rare que les œuvres sortent de l'Orangerie, encore moins les Matisse. On a le prêt exceptionnel de la Fondation Pierre et Tana Matisse à New-York, qui nous prête plus de 40 dessins et 2 peintures. Donc là encore, c'est une fondation qui est très sollicitée et elle a retenu Brioude pour ce prêt d'œuvres qui sont rarement exposées », explique, pas peu fier Thomas Wierzbinski.
Tous ces prêts sont gage d’une reconnaissance et aussi d’une approche singulière selon le directeur du Doyenné. « On est ravi de se dire qu’à Brioude, on va justement présenter au public la fraîcheur de certains dessins. [Pour les œuvres venues de New-York ndlr], quand on regarde un des 2 tableaux, on a l'impression qu'il a été fait hier. Il y a une fraîcheur des couleurs qui est incroyable, les dessins sont pareils et on a aussi rassemblé d'autres musées qui nous ont prêté leurs collections. Donc là aussi, c'est se détacher de pièces emblématiques pour venir à Brioude. Et ils étaient ravis de se dire que les dialogues sont quand même très originaux ». Sont aussi représentés notamment la Fondation Nahmad, le Musée des tissus de Lyon et bien sûr la communauté des Sœurs dominicaines de Vence pour les chasubles.
Une immersion dans l’univers de Matisse avec RCF
Les radios RCF d’Auvergne s’associent à l’exposition Matisse, dans l’univers du tissu. A cette occasion, retrouvez chaque vendredi de l’été à 12h40, sur RCF Allier, RCF Haute-Loire et RCF Puy-de-Dôme, une émission consacrée à l’œuvre d’Henri Matisse. Des spécialistes reviennent sur plusieurs thématiques : Couleur et lumière, relation avec le tissu, la Chapelle du Rosaire, les chasubles mais aussi le travail de redécouverte et de recréation autour de ses chasubles. Rendez-vous dès à présent sur la page de l’émission pour découvrir les premiers épisodes.
Dessins autour des religieuses portugaises ©Martin Obadia
Diptyque Polynésie ©Martin Obadia
Yves Saint-Laurent Robe de soir de la collection automne hiver 1981 ©Martin Obadia