Le diocèse de Grenoble-Vienne change de déléguée générale, un poste clé... au féminin!
Grenoble-Vienne a été l'un des premiers diocèse à nommer une déléguée générale. Odile Grebille, notre invitée, occupe cette fonction depuis trois ans. Elle va quitter son poste cet été. L'occasion de revenir sur son parcours, cette mission encore récente et sur la place des femmes dans une Église en pleine réflexion sur sa gouvernance et son avenir.
En 2023, le diocèse de Grenoble-Vienne était l'un des premier à nommer une déléguée générale (crédit photo : Tom Vitali via Unsplash)Les femmes sont très présentes dans la vie de l'Eglise. Elles animent les paroisses, accompagnent les familles, assurent de nombreuses missions salariées au sein des diocèses. Depuis quelques années, les lignes bougent encore un peu plus. Des responsabilités de premier plan sont désormais confiées à des femmes. C'est le cas à Grenoble-Vienne, l'un des premiers diocèses à avoir nommé une déléguée générale en France.
RCF Isère : Concrètement, en quoi consiste cette mission ? À quoi ça ressemble au quotidien ?
Odile Grebille : "C'est aider l'évêque dans la gouvernance du diocèse, comme le fait le vicaire général. En plaisantant parfois, l'évêque dit "Odile, c'est le vicaire général femme". Un vicaire général, c'est toujours un prêtre et je ne suis pas prêtre. Je suis une femme mariée, mère de famille, grand-mère. J'ai été appelée comme laïque à ce poste... Mais, avec ce que je suis, j'aide aussi à la gouvernance du diocèse."
Cette fonction est relativement récente dans les diocèses français.
"A peu près cinq ans. Ça vient du rapport de la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église), de recommandation qu'il y ait des femmes dans la gouvernance de l'église. Et depuis, nous sommes une trentaine en France. Pas seulement des femmes, il y a aussi des hommes laïcs. Mais Grenoble a été l'un des premiers diocèses à nommer une femme à ce poste-là."
Est-ce que la recommandation a fonctionné ? Est-ce que l'arrivée de davantage de femmes en responsabilité a contribué à transformer la prise en considération et en charge des abus ?
"Je ne sais pas si c'est la présence des femmes, mais cette crise des abus a réellement libéré la parole et a ouvert les yeux et les oreilles pour essayer de dénoncer tout ce que les personnes victimes ont pu subir. Et je pense que les femmes ont peut-être un autre regard. Parce qu'on a une famille, une psychologie peut-être différentes, pas le même ressenti. Et bien, c'est ça la richesse et la complémentarité. Cette richesse, c'est une condition du renouveau de l'Église, oui. Parce que l'Église demande vraiment à tous les baptisés de vivre leur vie de disciples missionnaires et donc de prendre une place. Et tout n'est pas réservé aux prêtres et à l'évêque. On a tous notre place à prendre. C'est important que, dans la gouvernance, il y ait cette ouverture."
Est-ce que vous avez le sentiment aujourd'hui de faire partie d'un mouvement, d'une évolution profonde qui est en train de s'installer ?
"Oui. Mais je dis souvent que j'ai l'impression d'avoir mis un pied dans la porte... mais guerre plus. Ce qui ne nous aide pas c'est le droit canon, qui régit l'Eglise, dans lequel les responsabilités ne peuvent être données à une femme qu'en cas de pénurie de prêtres. C'est ça qui permet de le faire, mais ce n'est pas ça qui motive le besoin. Et les évêques qui ont fait appel à des déléguées générales voient vraiment la richesse de cet échange, de ces avis différents et de ces apports qui permettent d'avoir une vision plus large sur les populations des diocèses.
Cela fait 16 ans que je travaille pour le diocèse. J'ai occupé différentes missions en responsabilité, j'étais au conseil épiscopal, mais ce n'est pas dans tous les diocèses. Ça montre vraiment que chacun a sa place, même s'il n'en reste pas que c'est l'évêque qui, en dernier ressort, prend ses décisions. Mais il écoute attentivement toutes les personnes qui sont à son conseil."
Et sur le regard que les instances peuvent porter, est-ce que vous avez vu une évolution ?
"Dans le diocèse, je dirais que ce n'est plus un sujet. Il y a des personnes qui manifestent vraiment leur joie, surtout les laïcs, d'avoir une femme dans l'équipe épiscopale. Les prêtres ne savaient pas trop ce que ça allait impliquer pour eux au départ, mais nous avons de très bonnes relations. Ils savent que c'est très complémentaire de ce que peut faire le vicaire général. Il y a cette confiance maintenant. Parce qu'il y avait ce risque de prendre une place qui ne serait peut-être pas la mienne.
Moi je ne revendique rien, si ce n'est de pouvoir avoir une place comme femme, avec ce que je suis dans l'Église
Qu'est-ce que vous aimeriez dire à la personne, homme ou femme, qui vous succédera demain ?
"Je sais que c'est une femme qui va me succéder puisque je la connais et je suis ravie qu'elle puisse prendre ma suite. J'ai envie de lui dire de bien habiter cette mission avec ce qu'elle est, de rester présente parce qu'on a une place à prendre. Elle ne nous est pas donnée d'emblée. Elle connaît déjà bien le diocèse. Elle connaît bien aussi le conseil épiscopal puisqu'elle en fait partie. Donc j'ai totalement confiance en elle."
Au tout début de cet entretien, vous nous avez dit que vous aviez le sentiment d'avoir mis le pied dans la porte et que ce n'était qu'un début . Alors, c'est quoi la suite ?
"Je pense qu'il va falloir être patient parce que le droit canon ne laisse pas beaucoup de place aux femmes. Et puis, il faut savoir aussi équilibrer : quelle responsabilité et pour qui ? L'Église a 2000 ans d'histoire, dans laquelle les femmes ont été très utiles, mais plutôt des petites mains. Le sacerdoce est quand même ce qui a été confié aux prêtres, aux évêques pour conduire l'Église. Et je pense qu'il faut que les femmes continuent à trouver leur place dans tout ça.
Je pense qu'il y a encore plein de pistes à ouvrir. Ce qui empêche d'avancer, ce sont surtout les peurs. De l'autre, du pouvoir qui va être pris, ou de ce que l'on ne comprend pas."


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