Editions Grasset : l'auteure Anne Berest dénonce le licenciement brutal d’Olivier Nora
Une véritable hémorragie frappe l'éditeur à la couverture jaune. Depuis une lettre ouverte publiée le 15 avril 2026, près de 200 écrivains - dont Virginie Despentes, Sorj Chalendon, Gaël Faye, Vanessa Springora ou encore Bernard-Henri Lévy - ont annoncé leur départ des éditions Grasset. En cause : le limogeage de son directeur, Olivier Nora, décidé par l’actionnaire Hachette, propriété de Vincent Bolloré. Anne Berest, auteure de quatre livres chez Grasset dont son dernier Finistère publié en 2025 et bretonne par son père, a également pris part à ce mouvement.
Anne Berest a publié quatre livres chez Grasset dont Le Carte postale. © Pixabay - Hermann"Il est important d’exprimer et de défendre le pluralisme éditorial”, a déclaré ce vendredi 17 avril, le président de la République, Emmanuel Macron, lors de sa visite au lancement du Festival du livre de Paris. Le chef de l'Etat réagit à la crise qui secoue actuellement le monde de l’édition.
Depuis une lettre ouverte publiée mercredi, la liste de noms ne s'arrête plus. Environ 170 écrivains ont annoncé leur intention de quitter la maison d’édition Grasset, située rue des Saints-Pères. Cette décision fait suite à l’annonce du licenciement d’Olivier Nora, directeur de la maison depuis 26 ans. Les auteurs dénoncent la brutalité de Hachette, actionnaire de Grasset, lui-même contrôlé par Vincent Bolloré et alertent sur "une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale".
Un licenciement "d'une violence inouïe"
Parmi les signataires figure Anne Berest. L’autrice, originaire de Bretagne et déjà partie de la maison d’édition, y a publié quatre ouvrages, dont son best-seller La Carte postale (récompensé par le Prix Renaudot des lycéens et le Grand Prix des lectrices Elle en 2021). "Je me bats aujourd'hui car tous les droits de mes anciens livres sont chez Grasset et je n'ai pas envie que Monsieur Bolloré possède mes livres", déclare-t-elle au micro de RCF.
L'éviction d'Oliver Nora sonne pour elle "d'une violence inouïe". "Ce licenciement n'est justifié que pas des raisons idéologiques", estime l'autrice. Arrivée chez Grasset en 2000, en même temps que lui en tant qu'assistante, elle souligne également sa proximité avec l’ancien directeur : "Olivier Nora est un homme pour qui j’ai une très grande admiration. C’est un éditeur et un directeur de maison exceptionnel."
Tenter un recours collectif
Face à cette situation, les auteurs envisagent désormais une procédure pour récupérer leurs droits sur leurs œuvres. "Nous sommes en train de nous organiser pour créer une class action (c'est à dire un recours collectif, ndlr) pour tenter de faire jurisprudence", explique Anne Berest.
En effet, le cadre légal français, issu du Code de la propriété intellectuelle, prévoit que les droits d’auteur s’étendent jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur, avant l’entrée de l’œuvre dans le domaine public. Une spécificité que certains jugent contraignante. "Dans les autres pays, on peut revoir tous les 5 ou 10 ans, ce mariage avec la maison d'édition pour reprendre ou non, nos droits", souligne Anne Berest, qui appelle à une évolution de la législation.


