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Laurent Landete | Avons-nous encore besoin de maîtres ?

Laurent Landete | Avons-nous encore besoin de maîtres ?

Un article rédigé par Laurent Landete - RCF, le 16 septembre 2026 - Modifié le 16 septembre 2026
Point de vueLaurent Landete | Avons-nous encore besoin de maîtres ?

La rentrée scolaire et universitaire bat son plein. Et en quelques mois à peine, l'intelligence artificielle s'est taillé une place considérable dans le travail des élèves et des étudiants. Alors que la machine semble en mesure de tout savoir et de répondre à tout, avons-nous encore besoin de maîtres ? 

Laurent Landete, directeur du collège des Bernardins. Crédits : DRLaurent Landete, directeur du collège des Bernardins. Crédits : DR

Avons-nous encore besoin de maîtres ? Oui. Et cette question va beaucoup plus loin que l’avenir du métier de professeur. 

Une question qui va plus loin que l'avenir du métier de professeur

Elle touche avant tout à l’idée que nous nous faisons de l’homme.
Si éduquer consistait seulement à communiquer des connaissances, la machine aurait presque tout du professeur idéal : une mémoire immense, une disponibilité sans fin, des réponses immédiates.
Alors qu’une personne pense, désire, se souvient, ressent, entre en relation.

Éduquer, c’est prendre soin de quelqu’un, avec son histoire singulière, et lui permettre de faire émerger ce qu’il porte de meilleur. On touche à une des formes les plus hautes de la charité.

L'autorité du professeur : faire grandir

L’origine du mot autorité signifie faire grandir. Benoît XVI parlait de l’éducation comme un vis-à-vis, une rencontre de deux libertés.
Un professeur introduit ainsi ses élèves - ses disciples - dans l’intelligence collective, nourrie par des langages, des découvertes, des émotions, des créations et de grands élans qui traversent les générations.

À l’heure où certains prétendent que les diplômes ne serviraient plus à rien, le professeur porte au contraire une responsabilité nouvelle : devant la société il est le garant de cette croissance globale.

Un élève n'a pas seulement besoin d'être connu

Mais une intelligence artificielle peut pourtant connaître de mieux en mieux chaque élève... Elle peut connaître beaucoup de choses sur lui : ses habitudes, ses difficultés, ses réussites, sa manière d’apprendre. Elle peut analyser les éléments de sa vie comme des données. Mais un élève n’a pas seulement besoin d’être connu. Il a besoin d’être reconnu, encouragé, et parfois qu’on sache l’attendre avec patience.

Un maître, c’est quelqu’un qui éveille la liberté inscrite au cœur de toute personne et l’oriente vers ce qui est juste et bon. Dans l’Évangile, le Christ - que l’on appelle souvent Maître - pose son regard sur les personnes. Il leur parle, les appelle, les interroge. Et il attend leur réponse.

Et pour cela, le témoignage compte autant que le savoir. Paul VI l’avait résumé d’une phrase : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont aussi des témoins. »

Ce qui restera vraiment propre au professeur ? 

Ce qui restera toujours au professeur, c’est d’aider une personne à déployer cette magnifique humanité qui est en elle. Éveiller son attention et son discernement. Lui apprendre à penser avec d’autres. Lui faire découvrir qu’un savoir peut devenir une sagesse, et lui donner à son tour le désir de transmettre ce qu’il a reçu.
Et si nous faisions ce pari fou : que l’IA nous aide finalement à nous concentrer davantage sur ces missions profondément humaines ? Dans des classes, où des effectifs moins nombreux, permettraient une véritable relation. 

Et dans un monde où les machines répondront de mieux en mieux, nous aurons peut-être plus que jamais besoin de maîtres pour nous inviter à réfléchir sur ce qui mérite vraiment d’être demandé.

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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