L'asthme, maladie sous-estimée qui génère pourtant 900 décès par an
Vous toussez de façon chronique ? Vous êtes régulièrement essoufflé ? Vos symptômes vous réveillent la nuit ? Comme plus de quatre millions de Français, vous souffrez peut-être d'asthme, une maladie inflammatoire des bronches extrêmement répandue. Tellement répandue qu'elle en est devenue dangereusement banale. En cette journée mondiale de l'asthme, les experts du réseau CRISALIS (F-CRIN) tirent la sonnette d’alarme : malgré des avancées majeures ces dernières années, cette maladie chronique reste sous-estimée et insuffisamment prise en charge en France, causant près de 900 décès par an.
Les bronchodilatateurs sont une solution de secours pour les asthmatiques - © Sahej Brar via UnsplashSi ses crises peuvent être impressionnantes, l’asthme traine malgré lui une réputation de maladie anodine. Pourtant, il cause chaque année près de 900 décès de patients souvent jeunes et génère un handicap respiratoire potentiellement important. « En fait, il ne faut pas la négliger » martèle le professeur Gilles Devouassoux, chef du service Pneumologie des Hospices Civils de Lyon à la Croix-Rousse et coordinateur du réseau CRISALIS, car « du fait de sa banalité, la prise en charge est largement absente ou absolument non adaptée ». L’enjeu pour les pneumologues est donc de « réactualiser l'importance de cette maladie pour qu'elle soit prise en charge de manière adaptée par le corps médical et que les patients ne mettent pas de côté des symptômes qu'ils jugent assez anodins » parmi lesquels un essoufflement dit « expiratoire », c’est-à-dire en soufflant pour vider les poumons, associé à une toux chronique. « Et la maladie a une caractéristique que n'ont pas les autres pathologies, c'est d'être à recrudescence nocturne » précise le pneumologue, c’est-à-dire de réveiller les patients entre 1h et 4h du matin.
L’asthme, dans le TOP10 des maladies ennuyeuses ?
Banalisée par les Français, l’asthme serait également sous-estimé par le corps médical. La faute à un déficit de professionnels de santé dans de nombreuses régions, dont Auvergne Rhône-Alpes. « La médecine générale a énormément de fardeaux à tirer, beaucoup de pathologies. Et l'asthme en est une parmi d'autres. Mon travail à moi, qui suis pneumologue, c'est d'alerter sur cette pathologie-là, parce qu'elle n'est probablement pas classée dans le top 10 des maladies les plus ennuyeuses mais je pense qu'il faut vraiment qu'elle grimpe pour arriver au-dessus de la pile » alerte le professeur. Il milite également pour la généralisation de la spirométrie, examen remboursé par la Sécurité Sociale qui mesure le souffle et qui ne serait pas plus compliqué que l'électrocardiogramme.
900 décès par an, c'est beaucoup et pas grand-chose à la fois. C'est beaucoup parce que ce sont 900 patients qui, la plupart du temps, n'ont pas de traitement, un traitement non adapté ou pris de manière très insuffisante.
L'asthme ne se guérit pas mais il se contrôle plutôt bien avec les bons traitements. Mais le corps médical, débordé par l'afflux de malades notamment à l'hôpital et contraint par un parcours de soin insuffisamment développé, ne le repère pas systématiquement. « Il manque vraiment des relais entre la médecine générale, la pharmacie, la pneumologie libérale, la pneumologie hospitalière et tous les métiers médicaux en connexion avec la pathologie asthmatique. Je pense aux ORL ou aux urgentistes, par exemple » développe le Pr Gilles Devouassoux.
« Pour rattraper le retard, il va falloir beaucoup de temps »
Le réseau CRISALIS, qui regroupe seize centres experts en France pour faciliter la recherche en asthme, pointe également l’hétérogénéité de la prise en charge en fonction du territoire : « il y a vraiment des coins dépourvus de pneumologues. Je vois des patients à Lyon qui viennent de très, très loin. Ils font deux heures de route pour venir en consultation. C'est vraiment par déficit de pneumologues locaux » alerte le médecin, impuissant face à des questions d’organisation du soin et de numerus clausus qu’il juge éminemment politiques. « Pour rattraper le retard qui a été mis en place, il va falloir beaucoup, beaucoup de temps » regrette le spécialiste, et ce d’autant plus que la législation française ne va pas toujours en faveur de la réduction des maladies respiratoires.
Santé publique France a estimé en 2025 et pour la première fois l'impact de l'exposition à la pollution de l'air ambiant dans la survenue des maladies chroniques, dont l'asthme. Ainsi, 12 à 20 % des nouveaux cas de maladies respiratoires chez l'enfant seraient attribuables à une exposition à long terme à la pollution. Dans ce contexte, la fin annoncée des ZFE en ville apparaît comme une nouvelle dramatique pour les malades, notamment les 5% d’asthmatiques souffrant de la forme sévère de la pathologie. Il s’agit de patients qui, malgré un traitement à base de corticoïdes inhalés suivi de manière régulière, conservent un asthme non contrôlé avec des symptômes la nuit, passent aux urgences ou chez leur médecin en consultation non programmée pour des exacerbations de la maladie et consomment des traitements de secours de façon pluri-hebdomadaire.
La recherche se poursuit contre l'asthme
À ces traitements classiques mais aux effets secondaires importants, la recherche a trouvé des alternatives depuis une vingtaine d’années dans les biothérapies. « Ce sont des anticorps monoclonaux qui vont bloquer l'inflammation » décrypte le pneumologue. Ces traitements, répartis en cinq classes thérapeutiques différentes, permettent de limiter voire d’arrêter l’usage de corticoïdes oraux tout en réduisant significativement les exacerbations de la maladie. Le médecin rappelle également l’importance de la vaccination contre la grippe, la Covid-19 et le pneumocoque, et appelle au strict respect des prescriptions médicales alors que 60 à 70% des asthmatiques ne contrôlent pas leur maladie.


Chaque jour de la semaine à 12h, Anaïs Sorce reçoit celles et ceux qui font bouger la région lyonnaise, le Roannais et le Nord-Isère, en rendant notre quotidien meilleur.




