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RCF Législatives 2024 : La Sarthe reconduit ses sortants
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Législatives 2024 : La Sarthe reconduit ses sortants

Un article rédigé par Paul-Joseph Bouladoux - RCF Sarthe, le 8 juillet 2024  -  Modifié le 8 juillet 2024

Au terme d'une campagne courte et intense, les cinq parlementaires sarthois retrouvent leurs sièges. Le Rassemblement national, pourtant bien placé après le premier tour, n'a toujours pas de députés en Sarthe. Au niveau national, ils ont 143 députés, contre 190 pour le Nouveau Front populaire et 163 pour Ensemble!. Récit d'une soirée électorale.

Les cinq candidats du Rassemblement national lors des élections législatives de 2024 en Sarthe - @RCF Sarthe Les cinq candidats du Rassemblement national lors des élections législatives de 2024 en Sarthe - @RCF Sarthe

"Vous êtes le suppléant de qui ?" demande un des nombreux journalistes nationaux venus couvrir la campagne sarthoise de Marie-Caroline Le Pen.

"Je suis candidat dans la 3ème circonscription, celui du RN" répond, flegmatique et on peut imaginer un brin agacé, Romain Lemoigne. Ce dernier rappelle qu'il fait 8000 voix de plus que le candidat de son parti en 2022 (Ndlr: il améliore de 9107 voix le score de Bruno Pinçon en 2022). Cela traduit une montée du vote d'extrême droite en Sarthe mais cette poussée n'aura pas suffi lors de cette élection dans laquelle le parti de Jordan Bardella a manqué le coche, aussi bien en Sarthe qu'au niveau national. Une déconvenue que Romain Lemoigne explique, comme Marie-Caroline Le Pen, par "la tambouille politicienne" orchestrée par le "macrono-gauchisme" que leurs nombreux opposants qualifient, eux de front républicain.

Car la véritable vedette de cette élection, c'est elle. Investie à la surprise générale dans la 4eme circonscription, la sœur de Marine Le Pen aura été au centre de toutes les attentions durant cette campagne express. Hors période des 24 Heures, on voit rarement autant de journalistes défiler dans la cité mancelle.

20h56. C'est l'heure à laquelle nos confrères de Ouest-France estime la fin de campagne des élections législatives en Sarthe. Le secrétariat de la préfecture du Mans vient d'imprimer les résultats définitifs. Depuis presque une heure, les vieux routards de la presse locale additionnent de tête les chiffres des communes dépouillées aux estimations des plus grosses localités, dont Le Mans, avec un focus sur la 4e circonscription. Parfois désorientée, la nuée de journalistes nationaux leur demande de décrypter ces résultats, ou plutôt "de traduire le Sarthois".

Jusque-là devancée par la fille de Jean-Marie Le Pen, la députée sortante de la circonscription de Sablé-sur-Sarthe, Élise Leboucher, l'emporte finalement de 225 voix. Avec 50,23% des suffrages exprimées, elle retourne au Palais Bourbon. Et à l'heure où la gauche, gagnante de ce scrutin, montre déjà ses premières fissures sur les plateaux télé ou sur les réseaux sociaux, l'élue sarthoise garde le cap : "J'ai œuvré pour la Nupes, je vais en faire de même pour le Nouveau Front populaire car c'est ça qui fonctionne et qui nous permettra de changer la vie des gens loin des mensonges du RN."

Élise Leboucher, Nouveau Front populaire, réélue dans la 4e circonscription

Son adversaire se contente pour sa part du service minimum devant les micros. Peu importe si beaucoup l'ont suivie pendant deux semaines, la politique est ainsi. Entourée de son staff, Marie-Caroline Le Pen livre une déclaration lapidaire dans le hall de la préfecture avant de laisser la parole aux autres candidats du Rassemblement national. Celle qui était venue, selon ses dires, "pour prendre la 4ème circonscription à La France insoumise" prédit "des moments très difficiles pour les Français". Cependant, ces derniers pourront "toujours compter sur nous" [le Rassemblement national]. Un militant LFI présent ironise sur ce passage furtif en préfecture car "il est trop tard pour qu'elle prenne le TGV de 21h26 pour Paris", référence sarcastique au parachutage de la conseillère régionale d'Île-de-France.

Marie-Caroline Le Pen s'incline pour 225 voix dans la 4ème circonscription

Un peu plus à l'est, dans la seconde circonscription, Marietta Karamanli, visiblement plus inspirée que les footballeurs français à l'Euro, réalise le quintuplé. Investie par le Nouveau Front populaire, elle est en effet reconduite pour un cinquième mandat grâce aux 57,31% des suffrages qui se sont portées sur sa candidature. Selon elle, le centre de gravité de la politique française a bougé hier et les résultats de l'Union de gauche "montrent ce que les Français attendent aujourd'hui" et d'ajouter que "les élus progressistes doivent travailler autrement avec un message de Paix. Il ne faut plus regarder ce que se dit du côté de la majorité présidentielle."

Marietta Karamanli, NFP, réélue dans la 2ème circonscription

La force de l'habitude ou la fatigue d'une campagne éclair ? La majorité présidentielle que cite Marietta Karamanli n'est plus vraiment présidentielle, au vu d'une séquence ou peu ont parlé d'Emmanuel Macron, mais surtout, elle n'a plus rien de majoritaire. En Sarthe, Ensemble! conserve cependant ses trois sièges. Julie Delpech, en ballotage défavorable dimanche dernier, a distancé sa rivale RN Céline de Cossé-Brissac avec un score de 60,91%. Pour elle, ce résultat s'explique par "l'attachement des Sarthois à l'ancrage local et au travail fait par les députés du département." Lucide quant à la montée du Rassemblement national, elle estime "qu'il va falloir désormais travailler tous ensemble."

Julie Delpech, Ensemble, est reconduite dans la 1èe circonscription de la Sarthe

Éric Martineau est lui aussi un député centriste qui a toujours affiché une volonté de concorde. Si la présence de Marie-Caroline Le Pen a légèrement éclipsé la 3ème circonscription, il a, comme en 2022, dû batailler pour être vainqueur d'un candidat d'extrême droite. Le parlementaire MoDem/Ensemble! est cependant conscient que les 51,44% de voix qu'il a recueillies viennent pour beaucoup de la gauche "ce qui appelle à une certaine modération, mais aussi une clairvoyance qui consiste à réintéresser les gens à la politique" et de conclure "que pour réussir, il ne faut pas que les partis soient toujours dans la recherche d'oppositions".

Éric Martineau, député Modem de la 3ème circonscription de Sarthe

Durant cette soirée où certains ont évité les journalistes, Jean-Carles Grelier, député sortant Ensemble! de la 5ème circonscription, est le premier à prendre la parole. Peu après 20 heures, et alors qu'il ne devançait son opposant Pierre Vaugarny (RN) que de quelques pourcents, il est apparu confiant devant les nombreux journalistes qui, pour beaucoup, se trouvaient là car ils guettaient l'arrivée de Marie-Caroline Le Pen.

Jean-Carles Grelier savait alors que le report de voix du socialiste Christophe Rouillon (qui s'est désisté et a appelé ses 15 000 électeurs à voter pour lui) était déjà enclenché et comblerait le retard de 4000 voix qu'il accusait. Calcul payant car l'ancien maire de La Ferté-Bernard est réélu avec 57% des voix. On note qu'il insiste pour que sa suppléante, la plus que jamais LR Anne Beauchef, se tienne à ses côtés lors de sa seconde prise de parole où il se félicite "d'un excellent score au Mans et d'une remontada dans le rural."

Jean-Carles Grelier garde son siège de député de la 5ème circonscription de la Sarthe

En effet, en Sarthe comme ailleurs, ce sont les villes qui ont fait la bascule. "Le Mans a fait le job" pouvait affirmer un élu communautaire manceau hier soir. Les 74% de Julie Delpech ou encore les 70,26% d'Élise Leboucher dans leurs parties respectives de la cité mancelle arguent en ce sens. Stéphane Le Foll, maire PS de la ville, s'en est félicité dans un communiqué de presse. Pourtant, la carte des résultats de Sarthe tire au bleu marine, surtout sur les bords, quand on analyse les résultats par commune. Le mode de scrutin et les désistements permettent cependant aux sortants (trois élus du camp présidentiel et deux de gauche) de retrouver leurs sièges dans une Assemblée nationale en apparence moins stable que la Sarthe.

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