La Rochelle : ressources en eau, intrants agricoles, traitement de l'azote... et si l'urine devenait un fertilisant plus largement utilisé ?
Utiliser l’urine humaine pour aider l’agriculture, voilà le combat porté par l’association rochelais Matahagri. Le 12 juin prochain, elle organise avec l’association Bleu Versant une journée professionnelle intitulée “L’eau en boucle”.
Pour Cécile Jolas, directrice de l'association MatahAgri, l'urine peut pallier partiellement de nombreux problèmes. © Pexels - Ellie Burgin"Et si nous changions de regard sur nos excrétas humains ?" : voilà la question posée par les associations Bleu Versant et Matahagri lors d'une journée professionnelle de rencontres et d'échanges qui aura lieu à La Rochelle le 12 juin prochain. L'urine, en particulier, est ainsi présentée comme un recours potentiel pour fertiliser les cultures et ainsi éviter l'importation d'intrants agricoles nécessaires.
Récupérer l'urine et l'utiliser dans les champs
"On est nés dans le cadre du Plan Alimentaire Territorial (PAT) La Rochelle-Aunis-Ré", explique Cécile Jolas, directrice de Matahagri, du fait d'un "constat simple" : les excrétas humains, riches en azote, sont rejetés dans "le système d'assainissement" et faiblement recyclés. L'association a elle pour objectif de "récupérer en amont l'urine humaine" pour l'utiliser "dans les champs". L'azote est en effet essentiel pour l'agriculture selon l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), puisqu'il favorise le développement et la croissance des cultures.
Lauréate de l’appel à manifestations d’intérêt "Terres de transitions", dans le cadre de France 2030, Matahagri voit ainsi le jour en novembre 2024. Depuis, l'association est composée majoritairement de Cécile Jolas, à l'origine ingénieure en bâtiment, et de sa co-fondatrice Marie-Véronique Gauduchon, ingénieure agronome, tandis qu'un conseil d'administration a été formé, composé d'ingénieurs et d'architectes. Leurs missions, selon Cécile Jolas : "équiper les bâtiments avec des sanitaires où on va pouvoir séparer les flux, récupérer les urines, les traiter et les amener aux champs".
"Sur le papier, c'est assez simple"
Comment fonctionne concrètement l'utilisation d'urine dans les cultures ? D'abord, il faut récupérer les exécras grâce à des toilettes sans eau, utilisées par exemple lors d'événements ou dans des installations comme la Belle du Gabut à La Rochelle. Ensuite, ces urines doivent être stabilisées "pendant un à six mois", ce qui permet de les hygiéniser. Un travail sur l'odeur de ces matières organiques est également effectué par l'association.
Une fois ce traitement terminé, l'urine peut être "tout simplement épandue dans les champs", explique Cécile Jolas, qui évoque l'utilisation de tonnes à lisier ou d'autres machines "classiques" utilisées pour l'épandage. Une logistique qui peut sembler complexe et nécessitant un dialogue poussé avec les agricultures, mais qui est en réalité similaire à celle utilisée pour "d'autres produits", souligne la directrice de Matahagri : "sur le papier, c'est assez simple".
Ressources, souveraineté et environnement
Surtout, insiste Céline Jolas, ce recours à l'urine a de nombreux avantages. En amont, il permet ainsi d'épargner la ressource en eau, alors que l'ingénieure rapporte que la Charente, principal réservoir du territoire, "va avoir 30 à 40% de débit en moins" à horizon 2050. Plutôt que "de faire pipi dans de l'eau potable", elle préconise ainsi d'avoir recours à des toilettes sèches. Pour ce qui est de la "souveraineté" du territoire concerné par le PAT, là-encore, l'urine peut être un avantage : "on excrète des matières qui sont des nutriments essentiels pour l'agriculture, cela peut venir soulager des intrants agricoles à base de matières fossiles".
La France ne produit en effet pas d'intrants agricoles, rappelle Cécile Jolas, qui évoque une future augmentation des coûts de l'azote du fait de la guerre en Iran et de la fermeture détroit d'Ormuz. Enfin, l'azote est "très mal" recyclé dans les stations françaises selon la directrice de Matahagri, et les rejets perturbent les écosystèmes, notamment marins, dans lesquels ils se déposent.
Si vous êtes intéressé par le sujet, la journée professionnelle du 12 juin prochain prévoit une conférence de Fabien Esculier, chercheur en biogéochimie territoriale à l’école des Ponts et Chaussées, de 18h à 19h30 au Musée maritime de La Rochelle. Retrouvez le programme ici.


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